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Prenons un exemple historique de formation sociale où domine le mode de production esclavagiste : la démocratie esclavagiste d’Athènes comprenait, vers la fin du VI° siècle jusqu’au IV° siècle avant notre ère, environ 200 000 esclaves, contre 70 000 étrangers (« métèques ») et 40 000 citoyens, c’est-à-dire 110 000 hommes libres ! Aussi, après de nombreuses luttes revêtant diverses formes, l’esclavagisme sera détruit, et du sein des classes de cette société, sont nées les classes de la nouvelle société, le féodalisme, dont les classes dominantes sont les propriétaires fonciers, les maîtres de jurande, et les classes dominées sont les serfs et les compagnons.

Ainsi, depuis le communisme primitif, toutes les sociétés sont structurées hiérarchiquement en classes sociales : d’une part, les deux classes essentielles, irrémédiablement antagoniques, oppresseurs et opprimés, et d’autre part, les classes intermédiaires, les classes moyennes. Ces classes sociales sont en lutte constante, cette lutte pouvant être ouverte, déclarée, menée les armes à la main (comme par exemple les luttes des esclaves dirigés par Spartacus (40), les jacqueries du moyen âge, les révolutions, etc.) ou bien secrètes, larvées, non apparentes (comme la résistance passive, le refus de travailler, l’absentéisme, la destruction des outils, des récoltes, les grèves, les révoltes, le suicide, etc.). Le résultat de cette lutte est, quand les conditions sont mûres, la transformation du système social, et son remplacement par un système nouveau.

 

1-                 LA BOURGEOISIE

 

Les classes sociales d’un système donné forment un tout : on ne peut les séparer, les isoler. Il en est ainsi de la bourgeoisie et du prolétariat. Marx et Engels dissocient bourgeoisie et prolétariat pour les besoins de l’étude et de l’analyse. Ils s’interrogent : d’où vient la bourgeoisie, comment est-elle née ? Comment s’est-elle développée ? Quel est son avenir ?

Le capitalisme est né du sein du féodalisme ; par exemple, en France, il a surgi des luttes menées par le tiers-état (41) (le peuple), dirigé par la bourgeoisie montante, contre l’aristocratie, la noblesse et le clergé riche. Contrairement à ce que veut faire croire la bourgeoisie, parvenue au pouvoir, devenue la nouvelle classe dominante, le capitalisme n’a pas mis fin à la lutte des classes, à l’inégalité et à l’injustice. Les idéologues de la bourgeoisie répandent ces illusions : ils aimeraient bien faire croire cela au peuple afin de l’empêcher de s’émanciper complètement, afin qu’il se contente de réformes et renonce à poursuivre la lutte de classes jusqu’au bout, jusqu’au communisme. Comme chaque nouvelle société, le capitalisme n’a fait que remplacer les anciennes classes sociales par de nouvelles classes sociales, il a substitué aux anciens rapports de production de nouveaux rapports de production (42). En somme le capitalisme est la résolution de la contradiction inhérente au féodalisme, contradiction qui oppose les propriétaires fonciers, ou seigneurs, aux serfs : la solution, c’est la révolution bourgeoise. Le capitalisme fait apparaître une nouvelle contradiction entre bourgeoisie et prolétariat, dont la solution est la révolution prolétarienne.

Il y a de nombreux points communs entre les étapes de l’esclavagisme, du féodalisme et du capitalisme. Dans chacun de ces trois cas, il y a démocratie pour une minorité, pour les oppresseurs, et dictature (43) sur la majorité, sur le peuple des travailleurs.

Ainsi, dans la cité d’Athènes, au IV° siècle avant notre ère, la démocratie, (dite « démocratie esclavagiste ») existait pour une minorité d’individus de la société (pour les citoyens, hommes libres, qui décidaient des lois, votaient et avaient le droit d’être élus) et dictature sur la masse des esclaves, traités comme des objets, comme du bétail, qui n’ont aucun droit, sinon celui de se taire et de travailler. Et encore, au sein des citoyens, les droits étaient exercés différemment, selon qu’il s’agissait d’un propriétaire de terres disposant de 2 000 esclaves, ou d’un petit paysan, propriétaire d’un seul esclave, ou ne disposant que de sa famille ; dans le premier cas, le citoyen disposait de loisirs, pouvait acquérir une certaine culture, philosopher etc., ce qui était absent dans le second cas.

Il en est de même dans le féodalisme et le capitalisme. Dans la société capitaliste, seule une fraction de privilégiés peut profiter pleinement et user des droits démocratiques, qui sont hors d’atteinte de l’immense majorité du peuple. C’est la « démocratie bourgeoise ».

Dans l’étape du socialisme, qui est la transition (44) entre le capitalisme et le communisme, et le premier stade du communisme, il coexiste également encore la démocratie et la dictature. Mais la différence essentielle entre cette étape, le socialisme, et les trois périodes précédentes, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme, c’est qu’alors la majorité domine la minorité : dans le socialisme, la démocratie existe effectivement pour la majorité du peuple, qui exerce une dictature sur la minorité des anciens exploiteurs et sur tous ceux qui rêvent d’un retour en arrière, vers le temps béni – pour eux – de l’exploitation de l’homme par l’homme.

La différence entre le communisme primitif et le communisme supérieur, est que le communisme primitif est caractérisé par la rareté, la pénurie ; il n’y a rien à partager et donc il n’y a pas d’inégalité sociale. Bien sûr, il existe néanmoins des inégalités naturelles, dues à l’âge, au sexe, à l’expérience plus ou moins grande, et à la loi du plus fort. Le communisme supérieur est caractérisé par l’abondance, l’absence de propriété individuelle : toutes les causes de lutte et d’exploitation de l’homme par l’homme sont éliminées. Dans le communisme supérieur, les besoins sont satisfaits, il n’existe plus d’inégalité sociale et on lutte contre l’inégalité naturelle.

« Notre époque, l’époque de la bourgeoisie » (45), c’est ainsi que Marx et Engels caractérisent l’époque nouvelle en Europe : la bourgeoisie est alors, en France, depuis 1789, la classe montante et dominante, malgré quelques tentatives de restauration de l’ancien régime féodal. Il en est de même dans d’autres pays européens, même si, comme en Angleterre, la forme d’accession de la bourgeoisie au pouvoir politique n’est pas la même. Dans ces pays il s’est constitué deux camps ennemis, basés sur deux classes irrémédiablement opposées et antagoniques : la bourgeoisie et le prolétariat.

En ce qui concerne les classes intermédiaires, elles sont condamnées par l’histoire à disparaître : les membres de ces classes parviendront soit à s’élever et à accéder à la classe supérieure, la bourgeoisie, soit tomberont dans la classe inférieure, le prolétariat. Il en est ainsi, par exemple, des paysans et des artisans. Aujourd’hui, les classes moyennes ont de plus en plus de difficultés à s’intégrer dans la classe bourgeoise. Le capitalisme monopoliste d’Etat s’est substitué au capitalisme libéral et concurrentiel (46). Aussi la tendance à la prolétarisation est presque la seule, l’unique voie, l’unique destin réservé aux classes moyennes.

 

Comment peut-on imaginer la naissance de la classe bourgeoise ?

Au moyen âge, la classe dominante comprend les « seigneurs », les propriétaires fonciers et le haut clergé. Du fait du développement des forces productives, des progrès scientifiques et techniques, de l’accumulation des richesses, il intervient une différenciation dans la classe inférieure, les paysans ou serfs.

Certains serfs s’enrichissent, et ils gagnent les petits bourgs, qui se développent et deviennent des centres commerciaux et culturels. De même, certains artisans s’enrichissent et agrandissent leurs ateliers. Ces éléments forment les premiers noyaux de la bourgeoisie. C’est cela qui constitue l’acte de naissance, puis l’essor de la classe bourgeoise. Bien sûr, l’enrichissement de quelques-uns uns se fait la plupart du temps au prix de l’appauvrissement de beaucoup d’autres paysans ou artisans qui, ruinés, constituent l’embryon de la future classe ouvrière, et des ouvriers agricoles. C’est là la cause interne du fondement du capitalisme. Une des causes externes de l’épanouissement du système capitaliste, c’est le développement du commerce international et des échanges.

Dans cette première étape, qui est celle de l’accession de la bourgeoisie au pouvoir politique, celle-ci joue un rôle révolutionnaire : elle guide et dirige l’ensemble du peuple vers la destruction de l’ancien régime. En effet, en face de la cible à abattre, le féodalisme, les intérêts de la bourgeoisie fusionnent avec les intérêts de l’immense majorité du peuple. Le mérite des premiers bourgeois est très grand : au lieu de dépenser leurs richesses en plaisirs, ou de les thésauriser, ils l’investissent, et par là, ils sapent la base du féodalisme, et préparent de nouveaux rapports sociaux.

Il apparaît au fur et à mesure une contradiction aiguë entre les forces productives (nouvelles, développées) et les rapports de production (anciens, étriqués, étroits). Il n’y a plus adéquation – équilibre – entre les deux aspects. Les anciens rapports de production constituent un frein, et il faut les détruire pour leur en substituer de nouveaux : c’est la tâche impartie au peuple, guidé par la bourgeoisie.

Quelles sont les étapes de ce processus ? Le commerce et l’industrie (la coopération (47), puis la manufacture (48) voient l’apparition de la bourgeoisie industrielle) jouent un rôle de première importance. La division du travail (49) accrue, l’introduction du machinisme et de la vapeur suscitent la naissance de la grande industrie et de la bourgeoisie moderne. Bien sûr, il y a interdépendance, interaction (A agit sur B, et inversement B agit sur A) entre ces éléments : commerce et industrie.

 

 

Le capitalisme a rendu plus complexe la division du travail, et cela a considérablement augmenté les forces productives. Prenons un exemple : un artisan fabrique des aiguilles en acier. C’est lui qui réalise tous les stades du processus (allonger le fil d’acier, le couper, limer la pointe, percer un trou, etc.). Mettons, arbitrairement, qu’il fabrique 100 aiguilles en moyenne par jour. Le simple fait d’introduire une nouvelle division du travail va considérablement augmenter la production. Par exemple, quatre ouvriers, concentrés dans un atelier, vont se partager le travail : le premier allonge le fil d’acier, le second le coupe, le troisième lime la pointe, etc.). A eux quatre, ils fabriqueront non pas 400 aiguilles, mais 1000 aiguilles par jour, et même plus. De plus, le travail sera mieux fait. Les ouvriers n’ayant qu’un geste assez simple à réaliser, vont gagner en dextérité. Ce sera aussi un gain de temps appréciable.

Bien sûr, l’introduction de nouveaux procédés techniques, de machines, etc., vont porter la production à des seuils encore plus élevés, mettons 10 000 aiguilles par jour en moyenne. Et ainsi le marché national sera saturé par ce produit : il faudra exporter, gagner de nouveaux marchés, d’où extension du colonialisme (50), et lutte entre nations bourgeoises pour posséder des colonies, ce qui développe les différents moyens de communication.

Le pouvoir de la bourgeoisie dans la société s’accroît en même temps que ses forces matérielles, que sa puissance économique. Elle prend de plus en plus de place dans la société, aux dépens des anciennes classes féodales.

L’œuvre Don Quichotte de Cervantès (51) illustre bien la décadence à tous les points de vue de la noblesse : mise en cause de toutes les valeurs du féodalisme, comme l’esprit chevaleresque, ce qui est la conséquence de la destruction de l’ancien monde. De même la pièce de théâtre Le Bourgeois gentilhomme de Molière (52) illustre bien l’accession d’une nouvelle classe, la bourgeoisie qui, encore incapable de supplanter l’ancienne classe féodale, aspire à l’imiter, et calque ses propres manières sur celles des maîtres de la société.

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