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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:44

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 45)

 

CHAPITRE VI

 

ROLE DE LA VIOLENCE REVOLUTIONNAIRE

 

 

« Il n’y a encore jamais eu une seule question de la lutte des classes que l’histoire ait résolue autrement que par la violence. »

La violence, lorsqu’elle émane des travailleurs, des masses exploitées, et qu’elle est dirigée contre les exploiteurs, oui, nous sommes partisans. » Lénine

 

  1. L’ETAT, C’EST LA CONTRAINTE

 

Dans la société de classes, tout Etat est une machine permettant à une classe d’en dominer une autre. Tout Etat est la domination organisée d’une classe sur une, ou un ensemble d’autres classes. L’Etat est donc de la violence organisée, violence qui peut être latente ou manifeste, mais qui est toujours présente. Ainsi l’Etat capitaliste est l’organisation de la violence essentiellement à l’égard du prolétariat et des travailleurs en général : cet Etat est le reflet de la situation des classes sociales dans le système capitaliste. Le pouvoir politique reflète une structure sociale donnée, un certain ensemble de rapports entre les classes, et, en particulier, entre exploiteurs et exploités. L’Etat ne saurait être un arbitre qui serait placé au-dessus des intérêts particuliers, mais il reflète les rapports sociaux, les rapports de classes au profit de la clase dominante, et exerce la contrainte sur les différentes classes dominées. Lorsque la contrainte silencieuse et masquée ne suffit plus, la classe dominante dispose de la force armée (agent de police, C.R.S., juge, armée).

L’Etat bourgeois atteint un degré de complexité tel que l’analyse devient difficile. Il remplit au moins trois fonctions :

  1. Il contrôle la police et l’armée, et en cela il ressemble à tous les autres types d’Etats antérieurs ;
  2. Il fait proliférer une administration tentaculaire, une bureaucratie ;
  3. Il gère directement un certain nombre d’entreprises, dites « nationalisées », comme la Poste en Prusse dès le XIX° siècle.

Il s’agit en général d’assurer le fonctionnement de services nécessaires à l’existence de la société de classes, ou à la production de matières premières, bref d’affaires trop lourdes ou trop peu profitables pour attirer un capitaliste privé, mais dont la classe capitaliste dans son ensemble a besoin (postes, réseaux routiers, mines en voie d’épuisement, SNCF, …). Cet Etat reste le même qu’avant en ce sens qu’il continue d’assurer le fonctionnement de la vie sociale tel qu’il permettra à la bourgeoisie l’exercice de l’exploitation et de l’oppression. En outre, l’intervention de l’Etat constitue un instrument important et efficace d’aggravation des contraintes qui pèsent sur le peuple.

L’Etat bourgeois fait peser sur l’individu des menaces que celui-ci tend à oublier par l’effet de l’habitude, mais dont il redécouvre toute la réalité brutale quand il est menacé de poursuite. Par exemple, les contributions directes et indirectes font peser sur le contribuable une menace que nous tendons à oublier mais dont nous redécouvrons toute la réalité quand nous sommes menacés de saisie, ou taxés d’office pour retards de paiement, etc. Les textes de lois et la jurisprudence de la bourgeoisie suffisent pour établir que l’ « ordre » est toujours le garant d’un certain type de propriété, et d’exploitation de l’homme :

« Il n’est point d’Etat (bourgeois), même le plus démocratique, qui n’ait dans sa Constitution des biais ou des restrictions permettant à la bourgeoisie de lancer la troupe contre les ouvriers, de proclamer la loi martiale, etc. « en cas de violation de l’ordre », mais, en fait, au cas où la classe exploitée « violait » son état d’asservissement et si elle avait la velléité de ne pas se conduire en esclaves. » (200)

 

La société capitaliste est placée sous la dictature de la bourgeoisie. Qu’est-ce que la dictature ?

C’est un pouvoir politique, qui à chaque moment, peut entreprendre d’exercer n’importe quelle forme de violence pourvue qu’elle corresponde aux intérêts de la classe dominante. Ainsi, par exemple, la « pacifique » république de Weimar s’est transformée en Troisième Reich hitlérien quand la classe bourgeoise dominante et en particulier les sidérurgistes allemands en ont décidé ainsi.

C’est précisément quand les Etats apparaissent affaiblis, déchirés par les contradictions internes, menacés, que l’appareil militaire et bureaucratique joue pleinement son rôle de défenses des intérêts de la classe dominante. Il supprime les périls que la montée des masses fait courir à la classe dominante. C’est précisément ce qui est arrivé en 1958, quand l’armée d’Algérie a rendu possible le retour au pouvoir de de Gaulle. Quand le parlementarisme a menacé ruine, quand l’absence de gouvernement stable a ouvert la voie à des solutions nouvelles, l’armée de la république est entrée en scène. L’Etat bourgeois est donc un chien de garde dont l’importance, les activités, le nombre de fonctionnaires changent au même rythme que les besoins des exploiteurs. Comme il est la violence organisée, fonctionnelle, solidifiée, il ne peut, en général, être renversé que par la violence des masses, par le peuple en armes. En tant qu’il subsiste, l’Etat bourgeois évolue, se transforme, prolifère au point de se changer en un corps monstrueux, et plus que jamais il faut opposer à cette violence institutionnalisée la violence révolutionnaire des masses.

 

  1. LA REVOLUTION VIOLENTE

 

« La nécessité d’inculquer systématiquement aux masses cette idée – et précisément celle-là – de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et Engels. » (201)

L’Etat, cet appareil bureaucratique, économique, policier, militaire, ne peut pas être transféré tel quel, sans changement d’une classe dominante à une autre classe dominante. Il est nécessaire de le briser pour en construire un autre, approprié à de nouvelles fonctions. Le prolétariat ne saurait prendre le pouvoir en détournant l’Etat bourgeois de son cours normal : il doit le casser pour se doter lui-même de l’outil politique dont il a besoin, adapté à ses propres besoins.

« Qu’est-ce en effet que la révolution du point de vue marxiste ? C’est la démolition par la violence d’une superstructure politique surannée dont la non-correspondance aux nouveaux rapports de production a, à un certain moment, amené la faillite. » (202)

D’une façon ou d’une autre, le prolétariat organisé en parti, devra arracher les privilèges de la bourgeoisie : la lutte des deux classes est une guerre civile larvée qui peut devenir une guerre civile ouverte. Le prolétariat oppose à l’Etat bourgeois, violence réactionnaire organisée à l’égard du peuple, la violence révolutionnaire organisée de son parti. La violence ne s’exerce pas essentiellement contre des « individus » particuliers et indifférenciés. C’est une violence de classe qui s’exerce à l’égard d’une classe, non d’individus particuliers. La lutte de classe n’a rien à voir avec la « lutte pour la vie », notion confuse qu’ont avancé de pseudo savants tel Malthus. La violence n’est pas au-dessus des classes ; lorsqu’elle s’exerce contre la bourgeoisie, il s’agit de la violence révolutionnaire, lorsqu’elle s’exerce contre le prolétariat et les travailleurs en général, il s’agit de la violence réactionnaire.

Le révisionnisme moderne, soit se déclare hostile au « culte de la violence », et prêt à « rechercher les solutions par la voie normale et constructive de la négociation », soit se donne des apparences dures, s’empare des justes mots d’ordre de la classe ouvrière, ressentis par la base, et les vide de leur contenu de classe prolétarien, en y mettant le contenu bourgeois du révisionnisme, allant parfois même jusqu’à ne pas nécessairement respecter la légalité bourgeoise (grève avec occupation). Mais les révisionnistes modernes ne peuvent ni encourager, ni soutenir un mouvement révolutionnaire des masses (comme mai 1968). Peu importe les différentes formes que revêtent les « luttes » des révisionnistes, leur contenu est le même : ils veulent être de meilleurs défenseurs du capitalisme que les capitalistes eux-mêmes. En fait, ils prêchent la « paix sociale » et la « collaboration de classe ». Pour les révisionnistes, la guerre entre le camp socialiste et le camp impérialiste n’est plus inévitable ; la rivalité est uniquement une compétition économique et il peut y avoir « coexistence pacifique ». Ils déclarent ceci, alors que Lénine a démontré que l’essence de l’impérialisme est « la rivalité de plusieurs grandes puissances tendant à l’hégémonie », que par sa nature agressive et oppressive, l’impérialisme est fauteur de guerre, que le seul moyen de débarrasser la surface du globe de la guerre, c’est de faire la « guerre à la guerre », c’est-à-dire de détruire l’impérialisme, de répondre par une guerre juste à une guerre injuste, par une guerre révolutionnaire à une guerre d’oppression impérialiste. De plus, les révisionnistes soutiennent que le « passage pacifique » est possible dans de nombreux pays capitalistes, notamment la France : « Aujourd’hui, disent-ils, les conditions ont changé », « nous ne sommes plus en 1917 ». Les révisionnistes, pour apporter de l’eau à leur moulin, s’appuient sur le fait que Marx a pensé, en 1870, à la possibilité d’une révolution « pacifique » en Angleterre et en Amérique. Lénine a expliqué dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky les raisons de cette position : à savoir l’absence du militarisme et de la bureaucratie dans ces pays en 1870. De nos jours, aucun pays capitaliste ne connaît cette situation, et de mémoire d’hommes on n’a jamais vu une classe dominante mettre aux mains du peuple les moyens de production sans qu’on les lui ait arraché de force par la violence révolutionnaire.

Le prolétariat révolutionnaire n’exclut pas a priori une voie différente de passage du capitalisme au socialisme, mais il démontre par l’expérience que le passage pacifique, vu les conditions actuelles, est impossible. Aussi vouloir exclure du plan théorique et pratique tout recours à la violence révolutionnaire c’est se livrer pieds et poings liés à la dictature de la bourgeoisie. Au temps de Marx et Engels – du capitalisme libéral – la règle de la violence révolutionnaire comptait encore, à la rigueur, quelques rares exceptions. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis n’avaient mis en place qu’un appareil de bureaucratie relativement faible. Leur prospérité économique, leur histoire politique, le rôle particulier joué par la marine dans la défense du territoire anglais et par les milices dans la défense du territoire des U.S.A., limitaient étroitement le développement du militarisme. Il était encore possible d’imaginer qu’une bourgeoisie anglo-saxonne se laisse surprendre par le prolétariat et que l’Etat lui échappe sans guerre civile. Au contraire, sur le continent européen, la nécessité pour la classe dominante de s’organiser contre la concurrence d’un capitalisme britannique plus ancien et la persistance de certaines institutions héritées de l’ancien régime avaient rendu nécessaire l’existence d’un pouvoir politique fort, efficace, et centralisé. Mais le passage du capitalisme libéral au capitalisme des trusts, puis au capitalisme moderne, où l’Etat joue un rôle économique considérable, a entraîné la généralisation de la bureaucratisation à travers les pays anglo-saxons comme à travers les autres pays industrialisés. En outre l’armée permanente s’est massivement développée au cours des expéditions coloniales et des guerres impérialistes mondiales. La marine ne suffit plus à personne et les milices de type « américain blanc » non plus.

L’idée même que cette énorme machine de répression et d’exploitation, sans laquelle le système capitaliste ne peut pas fonctionner un seul jour, tombe par surprise entre les mains du prolétariat, est absurde. L’appareil d’Etat est désormais plus qu’une simple excroissance de la société, plus qu’un ensemble d’institutions qui se placent au-dessus des hommes vivants. Il est toujours cela, et il est, de plus en plus, inséparable de chacune des activités patronales.

« La révolution prolétarienne est impossible sans la destruction violente de la machine d’Etat bourgeoise et son remplacement par une nouvelle qui, selon Engels, « n’est plus un Etat au sens propre du mot ». » (203)

 

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:38

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 44)

 

En votant les travailleurs ont conscience d’exercer leur pouvoir : ceux qu’ils vont élire, ce sont des travailleurs comme eux, souvent leurs compagnons de travail, des gens en qui ils ont confiance parce qu’ils les connaissent bien et qu’ils les contrôlent en permanence. La Commune de Paris détenait son autorité du peuple en armes contre la bourgeoisie.

Dans les démocraties bourgeoises, plusieurs partis présentent des candidats aux élections, mais si tous ces partis sont des partis bourgeois, comme c’est le cas en France, où est l’intérêt de « choisir » entre eux ?

Les candidats en pays socialistes sont des travailleurs dévoués, des serviteurs du peuple ; s’ils ne tiennent pas leurs engagements ou bien dégénèrent en politiciens antipopulaires, ils peuvent être révoqués. Le socialisme ne peut être édifié que par des hommes conscients et libres et non par des esclaves, et qui se révolutionnarisent sans cesse. Le seul système où l’homme puisse élever sa conscience et se révolutionnariser, c’est le système de démocratie prolétarienne, c’est-à-dire le système où les travailleurs peuvent progressivement gérer eux-mêmes, directement, toutes les affaires du pays :

« Le communisme dit : l’avant-garde du prolétariat, le parti communiste, dirige la masse des ouvriers sans-parti, en éclairant, en préparant, en instruisant, en éduquant (« l’école » du communisme) cette masse, les ouvriers d’abord, les paysans ensuite, pour qu’elle puisse parvenir et parvienne à concentrer entre ses mains la gestion de toute l’économie nationale. » (195)

La dictature du prolétariat contre les réactionnaires et la bourgeoisie met à la disposition des masses opprimées anciennement mille moyens pratiques pour assurer leur pouvoir et pour le contrôler. Tant qu’existent la propriété privée et, par suite, l’exploitation de la majorité du peuple par la petite minorité de capitalistes, la démocratie n’est qu’une mystification, le Parlement et les élections ne sont que des « instruments fantoches » (selon l’expression de Lénine).

« … dans les vieux pays parlementaires la bourgeoisie a appris à la perfection, à manier l’hypocrisie et à rouler le peuple de mille façons en faisant passer le parlementarisme bourgeois pour la « démocratie en général » etc., en cachant habilement les millions de liens qui unissent le parlement à la Bourse et aux capitalistes, en utilisant la presse vénale et en faisant agir par tous les moyens la puissance de l’argent, le pouvoir du capital. » (196)

Le Parlement bourgeois n’a en fait aucun pouvoir. La véritable « besogne de l’Etat » se fait ailleurs, dans les coulisses et dans les banques, par ceux qui détiennent les moyens de production et par leur personnel politique. Le travailleur, le producteur réel de toutes les richesses de la nation, n’a aucun moyen de participer au parlement bourgeois, soi-disant expression de la « souveraineté populaire ». Ce parlement est un corps étranger aux masses travailleuses.

« Une partie de la petite bourgeoisie prolétarisée, les ouvriers arriérés et les petits paysans, tous ces éléments croient réellement que leurs intérêts sont représentés au Parlement ; il faut lutter contre cela par l’action parlementaire et montrer aux masses la vérité dans les faits. Les théories n’ont pas prises sur les masses arriérées ; elles ont besoin de l’expérience. » (197)

La bourgeoisie dresse mille obstacles devant la masse des travailleurs pour les empêcher même de formuler une opinion politique : fatigué et usé par le travail, matraqué par une propagande insidieuse et diversifiée, le travailleur voit même les libertés fondamentales, comme la liberté de réunion, de presse, libertés chèrement conquises par ses luttes, tronquées de diverses manières. La bourgeoisie veut que la classe ouvrière, et l’ensemble des travailleurs, ne soit qu’une force productive (exploitable à merci) qui ne se manifeste comme force politique que dans le jeu tronqué des élections et l’isoloir remplie bien sa fonction : morceler la grande force collective de la classe ouvrière.

 

Quelle est l’attitude de l’avant-garde du prolétariat, du prolétariat révolutionnaire, face au Parlement et aux élections bourgeoises alors que la bourgeoisie est encore au pouvoir ?

Le prolétariat révolutionnaire n’a rien à voir avec le « gauchisme » qui « par principe » refuse de participer au parlementarisme : cette attitude n’est au fond que la contrepartie du réformisme qui participe activement au parlementarisme dans le cadre de la légalité bourgeoise. Le prolétariat révolutionnaire, dans certaines situations, non seulement peut, mais doit participer au parlementarisme et aux élections, mais ceci dans un esprit révolutionnaire.

Les élections, alors que la bourgeoisie est encore au pouvoir, ont pour but, en général, comme l’a dit Engels, de compter et de rassembler les « troupes » du prolétariat ; participer aux élections bourgeoises peut montrer aux masses, par la pratique, la force réelle que représente le prolétariat révolutionnaire dans la nation, opposée au mensonge du suffrage universel, tel qu’il est pratiqué par le Capital au pouvoir.

La participation du prolétariat révolutionnaire, alors que la bourgeoisie est encore au pouvoir, a également pour but, de montrer par la pratique, le mensonge du parlementarisme bourgeois :

« Nous devons poursuivre la lutte au sein même du Parlement pour détruire le Parlement. (…) Si vous n’en faîtes pas partie, comment dévoilerez-vous telle ou telle manœuvre parlementaire, la position de tel ou tel parti ? » (198)

Participer au parlement pour le prolétariat révolutionnaire a donc pour but d’arracher le « secret » derrière lequel la bourgeoisie conduit ses manœuvres contre le prolétariat. Mais en même temps, le prolétariat doit expliquer aux masses travailleuses, que si le Parlement bourgeois présente un aspect positif, progressiste par rapport aux institutions du moyen âge, il présente aussi un aspect négatif, réactionnaire par rapport à la démocratie prolétarienne, « des millions de fois plus démocratique » »(Lénine). Les révisionnistes, que ce soient les dirigeants de la Deuxième Internationale tel Kautsky, ou les révisionnistes modernes tel Marchais, mettent en avant le premier aspect : ils mettent l’accent sur l’aspect négatif, de façon criminelle, et ceci aussi prouve leur nature de bourgeois, fidèles serviteurs de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier. Par là ils répandent l’illusion que l’on peut aller au « socialisme » en se servant du parlementarisme et des élections bourgeoises dans le cadre bourgeois.

« La critique du parlementarisme est non seulement légitime et nécessaire pour motiver le passage au pouvoir des Soviets, mais absolument juste, puisqu’elle reconnaît que le parlementarisme est historiquement conventionnel et limité, qu’il est lié au capitalisme et à lui seul, et qu’il est progressiste par rapport au moyen âge, mais réactionnaire par rapport au pouvoir des soviétiques.

(…) (Mais) on peut et on doit mener la propagande soviétique dans les parlements bourgeois, à l’intérieur de ses parlements. » (199)

La bourgeoisie révisionniste française du P. « C. » F., avec à sa tête Marchais, prétendait amener la « victoire » du « socialisme » par les élections. Qu’en est-il exactement ? D’abord à considérer l’histoire universelle des deux siècles derniers, jamais les élections n’ont permis la « défaite » de la bourgeoisie ; les victoires populaires ont toujours et partout été arrachées par la lutte. Mais faisant de la démagogie, Marchais prétendait que les conditions ont changé, que, aujourd’hui en France, cela est possible. La prétendue « gauche » en France remettrait en cause la société capitaliste et le pouvoir de la bourgeoisie. Il s’agit là de la vieille mystification selon laquelle on aurait une « droite » représentant le capitalisme et une « gauche » opposée au capitalisme. Or que constate-t-on ?

D’abord que la fameuse « gauche » a passé de nombreuses années au gouvernement (la IV° République, pour ne citer qu’elle, fut une République de « gauche ») et que loin de remettre en cause le capitalisme, elle en fut le défenseur acharné et comme disait « l’homme de gauche » Léon Blum, le « gérant loyal ».

Ensuite, que par son programme actuel, cette « gauche » ne remet nullement en cause le système capitaliste et le pouvoir de la bourgeoisie. La vérité, c’est que « gauche » et « droite » représentent la même société et la même classe. Gauche/Droite est une classification fondée sur une vision électoraliste substituant le parlementarisme à la lutte de classes. Les révolutionnaires ne raisonnent pas en fonction de la « droite » et de la « gauche », mais de la bourgeoisie et du prolétariat. La classification droite/gauche est le produit d’une longue tradition électoraliste, d’une conception parlementaire de la lutte. Si on raisonne de cette façon on se place sous la direction de la bourgeoisie. Si on raisonne en marxiste, en fonction de la lutte de classes, il est clair que « droite » et « gauche » représentent la bourgeoisie. Entretenir les illusions de la droite/gauche c’est entretenir les illusions électoralistes et placer les travailleurs sous la direction d’une équipe bourgeoise.

Par cette classification, on fait disparaître la ligne de démarcation entre le mouvement révolutionnaire et ses ennemis, on présente comme des contradictions au sein du peuple des contradictions entre la révolution et la contre-révolution.

 

 

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:33

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 43)

 

LE REFORMISME, LE PARLEMENTARISME ET L’ELECTORALISME

 

La condition d’une réelle alternative révolutionnaire consiste à placer sans sectarisme d’aucune sorte toutes les forces populaires sous une orientation révolutionnaire correcte. Cette orientation suppose en premier lieu de se débarrasser une fois pour toutes des illusions légalistes et réformistes selon lesquelles il est possible de vaincre les ennemis du peuple en respectant la légalité bourgeoise, en pensant qu’il est possible d’aller vers le socialisme en conservant le système actuel et en se soumettant à ses institutions et à ses lois réactionnaires. Cela exige de rejeter l’illusion que le pouvoir populaire – sans force armée – pourrait se développer comme un « germe » ou une « plante » au sein du pouvoir bourgeois et que celui-ci cèderait des positions et s’éteindrait progressivement sans être écrasé. L’idée de développer progressivement le « pouvoir populaire » n’est qu’une nouvelle version du réformisme.

On peut et on doit développer, préparer et armer sérieusement des organes de lutte pour la prise du pouvoir, pleinement conscients qu’ils n’ont pas le pouvoir, et qu’ils auront à combattre pour le conquérir. Une orientation révolutionnaire exige de démasquer et d’isoler les dirigeants révisionnistes et réformistes qui se donnent des airs combatifs pour négocier. Elle nécessite d’appuyer et d’orienter l’initiative des masses vers la défense des intérêts matériels et politiques des masses, afin de dépasser les limites des luttes revendicatives et légalistes et, en combattant l’exploitation, de mettre en place un programme réellement révolutionnaire et d’organiser la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.

Le marxisme-léninisme n’est pas contre les réformes, bien au contraire ; mais les réformes doivent se faire dans une orientation révolutionnaire. On ne peut qualifier la mobilisation des travailleurs qui se défendent contre la faim et la misère poussées à l’extrême par la crise, d’ « économisme sans principe ». Au contraire, la lutte des masses pour améliorer leurs salaires, pour freiner les hausses, pour combattre les spéculateurs, pour la nourriture… à travers les principes d’un programme révolutionnaire, doit être un puissant affluent dans la lutte contre les putschistes, pour dd énouer la crise par des mesures révolutionnaires, et avancer vers la prise du pouvoir. Si ces demandes des masses sont ignorées ou combattues, dans la mesure où s’intensifie la crise, les démagogues de la bourgeoisie, les révisionnistes et les autres forces réactionnaires réussiront à mieux tromper le peuple.

De même, si les travailleurs des entreprises moyennes et petites doivent être mobilisés pleinement, il faut combattre la politique qui consiste à frapper ces entrepreneurs au même titre que les monopolistes, les poussant ainsi dans leurs bras. On doit essayer au moins de les neutraliser et de leur donner des garanties afin d’isoler les exploiteurs les plus puissants. Autrement, le front uni des ultra réactionnaires se renforcera au dépend du peuple. Cette politique aventuriste qui frappe sans distinction les entreprises moyennes et petites comme les monopoles, n’est que la contrepartie de la politique conciliatrice du réformisme avec les grands exploiteurs. On ne peut prétendre unir le peuple pour combattre et écraser les ennemis essentiels (impérialisme et social-impérialisme et leurs représentants, la bourgeoisie monopoliste des villes et des campagnes) en acceptant et en se soumettant à la division entre opposition et gouvernement, sans abandonner l’idée que les grands exploiteurs accepteront pacifiquement et dans le cadre de leur légalité d’être expropriés.

Les révisionnistes modernes, comme les révisionnistes anciens que Lénine eut à combattre, rendent un grand service à la bourgeoisie. Dans les faits les syndicats dirigés par les révisionnistes s’efforcent de limiter l’ensemble de la lutte de classe du prolétariat des pays capitalistes aux seules revendications économiques immédiates et aux « réformes de structure », tandis que la nécessité de la révolution socialiste n’est pas évoquée ou l’est très peu et de façon démagogique. Mais Lénine disait :

« En réalité, une « élévation de l’activité de la masse ouvrière » est possible uniquement que si nous ne nous bornons pas à l’agitation politique sur le terrain économique. » (190)

Par exemple les organisations syndicales actuelles sont des instruments de défense non pas des intérêts de la classe ouvrière, mais de la classe bourgeoise, et surtout de sa fraction monopoliste. Le trait caractéristique du développement des appareils syndicaux à l’heure actuelle, c’est l’intégration de ces appareils dans l’appareil d’Etat bourgeois. Les révisionnistes (leurs actes démentent leurs paroles) ne sont rien d’autres que des agents de la bourgeoisie capitaliste dans le mouvement ouvrier. Ils sont pour « la négociation pour la négociation ». Le prolétariat révolutionnaire n’est pas contre la négociation « en général ». Le prolétariat révolutionnaire n’est pas « gauchiste ». Mais sa position sur les négociations est une position de classe.

La tactique des compromis et des accords peut se justifier après de longues grèves pour permettre au prolétariat de « souffler » et de se réorganiser. Cette tactique va à l’encontre des intérêts de la clase ouvrière quand on veut l’appliquer en période d’offensive des masses ouvrières. Il est faux de considérer la négociation « en général » et la « négociation pour la négociation » : c’est là un point de vue bourgeois qui trahit les intérêts du prolétariat.

 

LES ELECTIONS

 

On ne saurait avoir sur les élections qu’un point de vue de classe. Le contenu des élections varie avec le contenu de la démocratie. Le but des élections diffère selon qu’elles ont lieu en système capitaliste ou en système socialiste. Les élections organisées par la bourgeoisie au pouvoir ont pour but principal de duper le peuple. En organisant périodiquement son jeu électoral, jeu faussé d’avance, la bourgeoisie cherche à persuader le travailleur qu’il détient une « parcelle de pouvoir » qui, avec celle de ses concitoyens, forment la « souveraineté populaire ». Mais depuis que ce système existe, plus d’un siècle, ce « souverain » fait plutôt figure d’esclave, et quelle que soit la République, et la couleur des « élus du peuple », ce qui existe c’est toujours la dictature d’une minorité d’exploiteurs sur la majorité du peuple, c’est toujours la domination du Capital sur le Travail :

« Prenez la société bourgeoise qui se targue de son suffrage universel. En fait, nous le savons, ce suffrage universel, tout cet appareil est transformé en une duperie, car l’énorme majorité des travailleurs est opprimée, écrasée même dans les pays démocratiques les plus avancés, les plus civilisés, écrasée par le bagne capitaliste au point que, pratiquement, elle ne participe pas et ne peut pas participer à la politique. (…) Du point de vue des porte-parole de la société bourgeoise, dès lors qu’il y a « démocratie » et que le capitaliste et le prolétaire participent au scrutin, c’est l’expression des désirs du peuple. Nous savons quel ignoble mensonge constituent ces discours… ». (191)

 

Les élections organisées par le prolétariat au pouvoir ont un autre but, fondamentalement opposé : celui de déléguer un pouvoir que les masses travailleuses possèdent déjà dans la pratique – et encore cette « délégation de pouvoir » est assortie de toute une série de conditions (tels que contrôle régulier de l’élu, possibilité de le révoquer, etc.). C’est un pouvoir que les travailleurs possèdent déjà. Le prolétariat, par l’intermédiaire de son parti communiste, détient le pouvoir, tout le pouvoir, qu’il a arraché à la bourgeoisie ; les élections ont alors pour but de confier certaines tâches centrales, encore nécessaires sous le socialisme, à des délégués (députés, fonctionnaires, juges…) considérés comme des serviteurs du peuple et responsables devant lui. Tel était selon Marx, le but des élections pendant la Commune de Paris :

« Au lieu de décider une fois pour tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait « représenter » et fouler aux pieds le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d’ouvriers, de contrôleurs et de comptables pour son affaire. » (192)

Mais pourquoi faut-il encore des organismes représentatifs, donc des élections, dans le régime socialiste ? Lénine l’a souvent expliqué notamment dans l’Etat et la Révolution :

« Nous ne pouvons concevoir une démocratie, même une démocratie prolétarienne, sans organismes représentatifs. (…) Il ne saurait être question de supprimer d’emblée, partout et complètement, le fonctionnarisme. C’est une utopie. Mais briser d’emblée la vieille machine administrative pour commencer sans délai à en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n’est pas une utopie, c’est l’expérience de la Commune ; c’est la tâche urgente, immédiate du prolétariat révolutionnaire. (…) Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne « rêvons » pas de nous passer d’emblée de toute administration, de toute subordination ; ces rêves anarchistes, fondés sur l’incompréhension des tâches qui incombent à la dictature du prolétariat, sont franchement étrangers au marxisme et ne servent qu’à différer la révolution socialiste jusqu’au jour où les hommes auront changé. Nous nous voulons la révolution socialiste avec les hommes tels qu’ils sont aujourd’hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contrôle, de surveillants et de comptables. » (193)

Il faut donc sous le socialisme, combiner discipline et liberté, exercice indirect et direct du pouvoir, contrôle par en haut (« subordination » dit Lénine) et par en bas. Bref : centralisme et démocratie. Toutefois, cela ne va pas sans créer des contradictions. Parmi les « contradictions au sein du peuple », Mao Tsetoung cite ce type de contradiction :

« Entre le gouvernement populaire et les masses, il y a également des contradictions. Ce sont notamment celles qui existent entre les intérêts de l’Etat, de la collectivité et de l’individu, entre la démocratie et le centralisme, entre les dirigeants et les dirigés, entre certains travailleurs de l’Etat au style de travail bureaucratique et les masses populaires. » (194)

Mais ces contradictions peuvent être résolues car, sous la dictature du prolétariat, les institutions représentatives et le principe électif ont un contenu entièrement nouveau, défini par trois conditions :

  • 1) Suppression du parlementarisme ;
  • 2) Contrôle des masses sur les organismes élus comme sur tout organe de l’appareil d’Etat ;
  • 3) Participation de plus en plus active et directe des masses au gouvernement du pays.

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 19:15

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 42)

 

LE DEMOCRATISME

 

Dans le Parti « communiste » français apparaît clairement la nature bourgeoise, idéaliste en totalité du révisionnisme. Marchais prétendait :

« Nous sommes partisans du socialisme ; lorsque la majorité du peuple l’aura décidée, il en sera ainsi. Or aujourd’hui la majorité du pays n’est pas partisan du socialisme. »

Sous des airs faussement « démocratiques » c’est le point de vue de la bourgeoisie qui triomphe ; Marchais et l’ensemble des révisionnistes veulent gérer les affaires du capital. Car à coup sûr, avant la révolution prolétarienne, jamais la majorité du peuple ne sera partisane déclarée du socialisme et de la dictature du prolétariat. Les idées exprimées par les masses populaires ne sont-elles pas le reflet de l’idéologie dominante, de l’idéologie de la classe dominante ?

A coup sûr avec Marchais et le P. « C. » F., il n’y aura jamais le socialisme, mais les masses populaires et le prolétariat révolutionnaire devront le faire sans eux et contre eux. Car ce que prêchent les révisionnistes, c’est le refus de la lutte, c’est l’idéologie de la soumission et de la conciliation qu’ils diffusent.

Par exemple, Marchais parle de « liberté pour tous » ; cela n’existe pas. Lénine posait à propos de la liberté la question : « Liberté pour qui ? ». De deux choses l’une : ou bien les exploiteurs sont libres et les exploités ne le sont pas, ou bien les exploités sont libres et alors ce sont les exploiteurs qui ne le sont plus. L’un ou l’autre, mais pas les deux en même temps car l’un exclut l’autre.

« Le système soviétique c’est la destruction du mensonge bourgeois qui appelle « liberté de la presse », la liberté de soudoyer la presse, la liberté pour les riches, pour les capitalistes, d’acheter les journaux, la liberté pour les capitalistes de se rendre acquéreurs de centaines de journaux et de truquer ainsi la soi-disant « opinion publique ». (…) Ceci est aussi valable pour la liberté de réunion (qui est mensonge, aussi longtemps que les riches disposent des meilleurs édifices ou achètent les édifices publics), l’ « armement du peuple », la liberté de conscience (=la liberté pour le capital d’acheter et de soudoyer les organisations ecclésiastiques afin d’intoxiquer les masses avec l’opium de la religion) et toutes les autres libertés de la démocratie bourgeoise. » (186)

 

La « liberté » en Chine populaire, lorsque règne la dictature du prolétariat, a toujours un contenu de classe. Il y a des « libertés » qu’il faut détruire, comme ces trois là contre lesquelles dans les campagnes chinoises s’est déchaînée la révolution culturelle, la liberté d’usure, par exemple, la liberté de rétablir des formes de capitalisme et d’oppression de classe.

« La liberté est un grand mot, mais c’est sous le drapeau de la liberté de l’industrie qu’ont été menées les pires guerres de brigandage ; c’est sous le drapeau de la liberté qu’on a spolié les travailleurs. » (187)

Marchais parlait aussi de « démocratie pour tous ». La « démocratie pour tous », exploiteurs et exploités partageant la même démocratie, cela n’est autre que la vieille rengaine mystificatrice de la bourgeoisie. Dans une société de classe, la démocratie est toujours une démocratie de classe. Démocratie bourgeoise ou démocratie prolétarienne, démocratie pour la bourgeoisie ou démocratie pour le peuple, l’un ou l’autre.

Le socialisme est la dictature du prolétariat contre les exploiteurs, et la démocratie la plus grande pour le peuple.

Ce jugement de Lénine pourrait parfaitement convenir au faux et hypocrite Marchais :

« Kautsky a parlé de tout ce que l’on veut, de tout ce qui est recevable pour les libéraux et les démocrates bourgeois et ne sort pas du cadre de leurs idées ; mais il n’a rien dit de ce qui est primordial à savoir que le prolétariat ne peut triompher sans briser la résistance de la bourgeoisie, sans réprimer par la violence ses adversaires, et que là où il y a « répression par la violence » et pas de « liberté », il est évident que la démocratie est absente. (…) Supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité, c’est s’en tenir à un préjugé archi naïf, digne d’un vulgaire libéral ; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique, vérité selon laquelle les exploiteurs conservent durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. »

Marchais avait beau affirmer : « Nous n’irons pas au pouvoir pour gérer les affaires du grand capital », cela ne peut dissimuler le fait que le « socialisme » qu’il évoquait n’était rien d’autre que le pouvoir de la bourgeoisie.

 

LE LEGALISME

 

Le mouvement du prolétariat, en raison des particularités essentielles de cette classe sous le capitalisme, a une tendance inflexible à se transformer en une lutte pour le tout, c’est-à-dire pour la victoire totale sur toutes les forces d’exploitation et d’oppression.

Par contre, le mouvement de la bourgeoisie libérale, par suite des particularités essentielles de la situation de cette classe, a tendance aux tractations et non à la lutte, c’est-à-dire à l’opportunisme et non au radicalisme. Elle fait une part plus belle, non à la revendication hardie d’une victoire totale, mais à l’inventaire modeste des acquisitions les plus « réalisables », les plus probables, et les plus immédiates, c’est-à-dire aux réformes.

Quiconque lutte vraiment revendique tout ; quiconque renonce à la lutte et préfère les tractations désigne, dans les meilleurs des cas, les « petites concessions » qu’il veut obtenir des maîtres du régime, dans le pire des cas, il se contente d’une « paix sociale » avec eux. Quiconque lutte pour le tout doit prendre garde que les petites concessions ne lui lient pas les mains, ne l’amènent pas à oublier le but final – l’émancipation de tous les travailleurs – but final sans lequel les petites concessions ne signifient rien. C’est pourquoi le programme d’un parti marxiste-léniniste doit définir de façon intransigeante le but final, avec grand soin, et se montrer hostile à toutes les tentatives de rétrécir ce but final. C’est pourquoi il doit également distinguer avec une intransigeance aussi doctrinale, entre les petits objectifs économiques et politiques immédiats et le but final :

« Si vraiment il est nécessaire de s’unir, écrivait Marx aux chefs du parti, passez des accords en vue de réaliser les buts pratiques du mouvement, mais n’allez pas jusqu’à faire commerce de principes, ne faîtes pas de « concessions » théoriques. » (188)

C’est pourquoi, sans méconnaître le mouvement syndical, sans refuser d’utiliser la moindre marge de légalité, le léninisme met au premier plan les tâches de la révolution :

« Avec l’époque nouvelle, l’impérialisme qui porte en elle et est grosse de la révolution prolétarienne, alors que l’Europe va au-devant de batailles décisives entre le capital et le travail, les anciennes méthodes de lutte économique et politique du prolétariat sont insuffisantes. Or, ces méthodes consistaient précisément à faire usage de la démocratie bourgeoise. » (189)

La classe ouvrière ne lutte pas pour des négociations, ni ne quémande des négociations comme le font les dirigeants révisionnistes et réformistes. La classe ouvrière sait par son expérience que ses revendications économiques, sociales et politiques s’obtiennent dans le dur combat classe contre classe, classe ouvrière contre classe bourgeoise. C’est seulement, lorsque les forces en présence s’affrontent dans ce combat de classe (lorsque les usines sont occupées, que les comités de grève et les piquets de grève sont en place, que les moyens de production sont immobilisés, que l’action des masses est en plein essor) c’est seulement alors qu’il est possible suivant le développement des luttes, que des représentants de la classe ouvrière, élus et révocables, mandatés par la classe ouvrière négocient. C’est ce que le marxisme-léninisme appelle négocier avec un rapport de forces favorable aux intérêts immédiats de la classe ouvrière. La vie différente menée pendant la lutte, la grève, fait entrevoir ce que serait une vie en collectivité avec des décisions prises en commun. Elle nous fait aussi prendre conscience, ainsi qu’à la classe ouvrière, du rôle de l’ouvrier dans la société actuelle (où il est un outil de travail au même titre que la machine).

Le réformisme, en particulier lorsqu’il se donne l’étiquette « marxiste », aiguise par sa démagogie les contradictions de classe, crée des illusions dans les masses, y compris lorsqu’il éveille les luttes, mais en même temps en les enfermant dans le légalisme et les institutions bourgeoises, il ne peut donner au peuple une orientation révolutionnaire et le désarme idéologiquement, politiquement et militairement.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 19:09

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 41)

 

  1. LA LUTTE POUR LE TOUT

 

Quels sont les principes qu’applique le prolétariat révolutionnaire, et son Parti, à l’égard des branches et appareils d’Etat bourgeois ?

Nous avons vu que sa tâche finale, tâche qu’il ne doit JAMAIS perdre de vue et qui doit être exprimée clairement dans son programme, est, dans un seul et même mouvement, de s’emparer du pouvoir d’Etat pour détruire les appareils d’Etat bourgeois, c’est-à-dire « briser » l’Etat capitaliste, et remplacer cet Etat par le sien propre, l’Etat prolétarien pour construire ses appareils d’Etat socialiste.

Mais plus précisément, quelle est l’attitude juste du prolétariat révolutionnaire face aux appareils d’Etat alors que la bourgeoisie détient encore le pouvoir ?

Selon le marxisme-léninisme, le prolétariat révolutionnaire doit agir sur les organisations d’Etat et sur l’Etat, doit les utiliser en vue de la réalisation de ses intérêts de classe propres : sans négliger aucune forme de lutte (revendications économiques, luttes idéologiques et politiques, …) il doit rassembler ses forces, se développer en vue de la lutte finale, du combat pour le tout, c’est-à-dire la prise du pouvoir et l’édification socialiste.

Le prolétariat révolutionnaire doit chercher à agir sur l’Etat : c’est là un point qui oppose le marxisme-léninisme à l’anarchisme. Selon le marxisme-léninisme, le prolétariat révolutionnaire et son Parti, doit utiliser l’Etat MAINTENANT et pendant la révolution, avant et après la révolution ; il doit agir sur l’Etat bourgeois en vue de sa destruction, et de la construction de l’Etat prolétarien, instrument propre à sa classe.

Ce qui rapproche le marxisme-léninisme de l’anarchisme, c’est le but final : la suppression des classes et l’abolition de l’Etat ; le caractère temporaire de l’Etat, la contradiction entre la liberté et l’Etat, la « mise en pièces de la machine bureaucratico militaire ». Ce qui distingue le marxisme-léninisme de l’anarchisme, c’est que ce dernier ne se donne pas concrètement les moyens de réaliser le but final, ce moyen qui est l’utilisation avant et après la révolution de l’instrument de l’Etat, c’est-à-dire l’action nécessaire sur l’Etat bourgeois avant la révolution prolétarienne et la nécessité d’un Etat, mais d’un Etat de type nouveau, d’un Etat socialiste, pendant la révolution socialiste.

Mais alors que la bourgeoisie est encore au pouvoir se pose le problème du type d’action que le prolétariat révolutionnaire doit exercer sur l’Etat, et dans quel cadre doit s’exercer ce type d’action.

C’est là un point qui oppose le marxisme-léninisme et le révisionnisme. Mais ce qui sépare le marxisme-léninisme de l’opportunisme en général, et plus particulièrement du révisionnisme, est sans commune mesure avec ce qui sépare le marxisme-léninisme de l’anarchisme. L’opposition entre marxisme-léninisme et révisionnisme est irréversible et inconciliable, car cela touche les vérités les plus profondes, ce qui n’est pas toujours le cas de l’anarchisme.

En fait, le révisionnisme renonce au but final, à l’édification socialiste, renie le marxisme-léninisme et les conceptions marxistes-léninistes de l’Etat et de la lutte de classes, et sert la bourgeoisie capitaliste, dont, en réalité, il représente une fraction au sein du mouvement ouvrier.

Le révisionnisme, explicitement ou non, affirme la nécessité d’un Etat de type habituel, comme la république démocratique bourgeoise parlementaire pour passer au « socialisme » ( !), et non la nécessité d’un Etat de type nouveau comme la Commune de Paris de 1871, ou les Soviets des députés ouvriers de 1917 : on voit avec évidence, que le révisionnisme a renoncé en fait, sinon en paroles, à la suppression des classes, à la libération de l’esclavage salarié, à l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme, à l’édification du socialisme, et qu’il est le dernier rempart de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier.

Ce qui sépare le marxisme-léninisme du révisionnisme est que le premier affirme et le second nie : le caractère non entièrement étatique de la dictature du prolétariat, le caractère transitoire de l’Etat, la contradiction entre l’Etat et la liberté, la nécessité de mettre en pièces la machine bureaucratico-militaire.

Au sein du mouvement ouvrier, il y a deux façons de considérer l’action présente (revendications économiques, luttes politiques et idéologiques, …) du prolétariat, alors que la bourgeoisie est encore au pouvoir, et le but final : l’une est la façon révisionniste bourgeoise, l’autre est la façon marxiste-léniniste.

La première tendance, révisionniste bourgeoise, déclare que l’Etat est celui du peuple tout entier. Aussi c’est pourquoi le prolétariat en tant que classe distincte, doit se contenter de la « lutte de classe » limitée à des revendications et ne touchant pas à l’organisation de l’Etat ; il doit au nom du « bon sens » porter son attention principalement sur les syndicats et leur légalisation ; il doit considérer ces syndicats comme le point de départ de son éducation politique et de son organisation ; il doit élaborer des « réformes » sérieuses et préférer les dirigeants qui ont tendance à devenir des « guides pratiques du mouvement politique réel de la classe ouvrière ». C’est-à-dire, résumé de façon succincte, « le mouvement est tout, le but n’est rien » (Bernstein).

Cette tendance maintient une dépendance du mouvement ouvrier à l’égard de la bourgeoisie : le mouvement ouvrier n’a aucune indépendance, et donc il est soumis organisationnellement (syndicats de collaboration de classe, partis bourgeois et petits bourgeois essaient de regrouper le prolétariat sur leurs bases), idéologiquement (économisme, conception bourgeoise du monde…), politiquement (légalisme, parlementarisme, réformisme, électoralisme…) à la bourgeoisie. La bourgeoisie conserve alors les rênes du pouvoir, et rien ne change.

La seconde tendance, le prolétariat révolutionnaire, réplique que sa révolution est celle du peuple tout entier. C’est pourquoi, en tant que classe la plus avancée et la seule révolutionnaire jusqu’au bout, il doit non seulement y participer avec la plus grande énergie, mais y tenir un rôle dirigeant. C’est pourquoi il ne doit pas s’enfermer dans les limites d’une « lutte de classe » étroitement conçue, réduite notamment au mouvement syndical (les « revendications »), mais s’efforcer au contraire d’élargir le cadre et le contenu de la lutte de classe jusqu’à y faire entrer toutes les tâches de la future révolution socialiste.

Cette tendance déclare que, sans nier l’importance et la nécessité de réformes immédiates, il faut dès aujourd’hui, préparer organisationnellement, idéologiquement et politiquement la révolution prolétarienne et son après, c’est-à-dire la dictature du prolétariat ; les réformes doivent se faire essentiellement en vue de cet objectif.

Alors que la bourgeoisie détient encore le pouvoir, comment se fait cette préparation ?

Concrètement, par la création et l’édification de l’arme indispensable : le Parti marxiste-léniniste, et l’organisation de l’ensemble de la classe prolétarienne et du peuple en général sous la direction idéologique et politique de ce parti. Le contenu de cette idéologie, développé par la propagande, est l’enthousiasme que suscite la perspective de la société socialiste, la détermination à réprimer la résistance de la bourgeoisie, et le dévouement à tout le peuple. C’est-à-dire la dictature se prépare à tous les niveaux dès aujourd’hui.

Cela signifie une indispensable et nécessaire autonomie à tous les niveaux, organisationnel, idéologique et politique, du mouvement ouvrier par rapport à la bourgeoisie ; c’est-à-dire que le prolétariat définit lui-même le cadre de sa lutte : est légal ce qui concourre à la réalisation des intérêts de classe du prolétariat. La légalité a un contenu de classe. Nier cela, c’est prôner la soumission du prolétariat à la légalité bourgeoise.

Quelle est l’origine du réformisme et de l’anarcho-syndicalisme ?

C’est une conséquence de l’idéologie bourgeoise et de son influence au sein du mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier évolue de deux façons différentes : l’évolution lente et les bonds rapides. Il en est ainsi dans la vie et le développement de toutes choses, de la nature, de la société et de la pensée. Réformisme et anarcho-syndicalisme ne peuvent considérer les deux aspects du mouvement ouvrier dans leur unité. Ils s’accrochent à un seul des aspects du mouvement ouvrier et érigent en théorie ce caractère unilatéral. Ils proclament que les traits de ce mouvement qui sont les particularités spécifiques de telle ou telle période, de telles ou telles conditions de l’activité de la classe ouvrière s’excluent mutuellement. Seuls les communistes, qui affirment l’ « unité des contraires » sont capables de voir le mouvement et considèrent les deux aspects de son évolution.

Les révisionnistes nient les bonds rapides et l’antagonisme de principe entre le mouvement ouvrier et la société bourgeoise dans son ensemble, et la vieille société tout entière. Ils prennent les réformes pour la réalisation partielle du socialisme.

Les anarcho-syndicalistes repoussent le « menu travail » et particulièrement l’utilisation de la tribune parlementaire. Leur attitude revient en fait à guetter les « grand jours » sans savoir rassembler les forces qui créent les grands événements.

Réformisme et anarcho-syndicalisme freinent l’action la plus importante : le groupement des ouvriers en organisations puissantes, qui puissent bien fonctionner dans toutes les situations, et qui puissent concourir à la conquête du pouvoir, et soient pénétrées de l’esprit de classe, éduquées dans l’esprit de la vraie conception marxiste.

Il convient de distinguer deux types de contradictions au sein du mouvement ouvrier. Pour comprendre cela il n’y a qu’à considérer le mouvement ouvrier comme un ensemble d’hommes vivants : il y a un développement inégal de la prise de conscience, ce sont là des contradictions non antagoniques. Certains viennent d’arriver au mouvement ouvrier, d’autres ont déjà une riche expérience de nombreuses années de lutte de classe, d’autres quittent le mouvement.

Mais entre le révisionnisme, fraction de la bourgeoisie, et le mouvement ouvrier, il y a contradiction antagonique, qui se manifeste par une lutte à mort entre les deux.

Le capitalisme sécrète de par son existence même, de nombreuses illusions dont sont victimes une partie des masses laborieuses : certaines d’entre elles, qui freinent les luttes des masses exploitées, sont le démocratisme, le légalisme, l’électoralisme, le parlementarisme et le réformisme.

Sans doute les masses laborieuses et le mouvement ouvrier en général, commettent des erreurs et ont des insuffisances.

Par exemple les masses populaires partagent des idées rétrogrades : le mari opprime sa femme, le jeune instruit est considéré « supérieur » au paysan. La cause fondamentale de ceci est le poids de l’idéologie réactionnaire. Mais la cause directe est la ligne révisionniste qui a renforcé vieilles idées et vieilles pratiques au lieu de les détruire. C’est cette ligne qu’il faut abattre avec l’appui des masses populaires, qui sont les plus audacieuses pour rompre avec les conceptions traditionnelles.

Le but du prolétariat révolutionnaire est la révolution prolétarienne. Le révisionnisme est l’obstacle principal, le dernier rempart de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier ; aussi le prolétariat révolutionnaire doit-il porter tous ses efforts pour le détruire. La lutte politique contre lui est inséparable de la lutte idéologique. Critiquer le révisionnisme, pratiquer le marxisme-léninisme, dans les conditions de la dictature du prolétariat et avant, ce n’est pas l’affaire du seul parti communiste ; c’est l’affaire des ouvriers et paysans et alliés de classe. Eux tous constituent la force principale du mouvement : « ce sont les masses qui créent l’histoire », ce sont elles qui ouvrent la voie du nouveau.

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:49

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 40)

 

Le problème du pouvoir politique se présente dans des circonstances concrètes : l’analyse objective de celles-ci a pour but d’indiquer quel moment est le plus favorable à une prise de pouvoir. En tout cas, que ce moment soit très proche ou lointain, il s’agit de se préparer en vue de cet objectif. Ainsi, soumettant la société à une analyse approfondie, à la lumière marxiste et du point de vue de la conception marxiste du monde, Lénine a, en 1916, caractérisé son époque comme celle de « l’impérialisme et de la révolution prolétarienne ». Il a montré comment aux alentours de 1880 le capitalisme est entré dans une phase nouvelle de développement, son stade ultime, le capitalisme monopoliste, qui est l’essence économique de l’impérialisme :

« Monopoles, oligarchies, tendances à la domination au lieu des tendances à la liberté, exploitation d’un nombre croissant de nations petites ou faibles par une poignée de nations extrêmement riches ou puissantes ; tout cela a donné naissance aux traits distinctifs de l’impérialisme qui le font caractériser comme un capitalisme pourrissant. » (183)

La question se pose de savoir quels sont les rapports entre l’ « internationalisation du capital », les « firmes multinationales » et les Etats nationaux, ou encore quels sont les rapports entre l’impérialisme d’Etat et la nation. Ce point sera traité dans le Chapitre VII.

 

La classe ouvrière a pour tâche de réaliser la dictature du prolétariat et le contrôle ouvrier, c’est-à-dire un pouvoir qui soit réellement un POUVOIR DU PEUPLE. Il s’agit de savoir comment ces aspirations seront réalisées, ou plus généralement, qu’est-ce que la dictature du prolétariat. Ce point sera traité dans le Chapitre VIII.

 

  1. CONCEPTION IDEALISTE DU POUVOIR

 

Cette façon de concevoir le pouvoir est une mystification qui vise à conserver ce pouvoir en fait à la classe bourgeoise. C’est une façon de traiter le problème du pouvoir politique, qui repose en dernière analyse, sur la négation des classes, des contradictions de classes et des luttes de classes. En général, pour cette conception du pouvoir, le moteur de l’histoire, ce sont les idées, ou bien les grands hommes (théorie du génie), ou encore les forces productives, et non la lutte de classes.

Les révisionnistes appartiennent à cette école, car, s’ils « reconnaissent » l’existence des clases, des contradictions de classes et des luttes de classes en paroles, ils refusent d’en tirer les conséquences pratiques, c’est-à-dire la reconnaissance de fait de la dictature du prolétariat.

Un exemple de la conception idéaliste du pouvoir est l’ouvrage de Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir.

Une des choses les plus étonnantes est la distinction entre « pouvoir politique » et pouvoir d’Etat. Ainsi, par exemple, on aurait d’un côté, « le pouvoir des travailleurs » exercé dans l’entreprise, et à différents niveaux de la société, un pouvoir morcelé en différents « centres », et de l’autre côté, l’Etat. D’une part, les organes du « pouvoir des travailleurs », de l’autre l’appareil d’Etat. Nous rejoignons ici un vieux débat que Lénine expose dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, au chapitre « Défense aux soviets de se transformer en organisation d’Etat » ; c’est là un cheval de bataille de Kautsky, représentant le plus éminent du révisionnisme ancien. A ce sujet, Lénine déclare :

« …il s’agit de savoir si les soviets doivent s’efforcer de devenir des organisations d’Etat…OU BIEN les soviets ne doivent pas s’y efforcer, ne doivent pas prendre le pouvoir, ne doivent pas devenir des organisations d’Etat. (…) C’est en fait passer du côté de la bourgeoisie disposée à admettre tout ce que l’on veut, sauf la transformation des classes qu’elle opprime en organisations d’Etat…Dire aux soviets : luttez mais ne prenez pas en main tout le pouvoir d’Etat, ne devenez pas des organisations d’Etat, c’est prêcher la collaboration des classes et la « paix sociale » entre le prolétariat et la bourgeoisie. » (184)

Les soviets, organisation d’Etat, reprenaient et enrichissaient l’expérience de la Commune. Dans sa tentative d’édification d’un nouvel Etat, la Commune fit des assemblés des organes d’Etat. En refusant la destruction de l’Etat capitaliste, le révisionnisme ancien et moderne se trouve devant la situation suivante : il proclame en paroles le « socialisme » pouvoir des travailleurs, mais maintien un Etat étranger et antagonique à ce « pouvoir », l’Etat bourgeois. Dans de telles conditions, il est clair que les révisionnistes ne sont pas, ne veulent pas, et ne peuvent pas être des représentants du pouvoir des travailleurs, du socialisme. La supercherie consiste à hypostasier la notion de pouvoir politique de façon métaphysique, et à élaborer sur elle des spéculations abstraites. Or, on ne saurait séparer la question du pouvoir des conditions concrètes de sa manifestation : l’Etat. Agir ainsi vise en fait à maintenir le pouvoir au profit de la classe dominante, et à obscurcir le problème. En réalité, on ne peut diviser, séparer le pouvoir politique ainsi. Le « pouvoir du peuple en général », le « pouvoir en soi » n’ont en réalité aucune existence, sinon celle d’être des « êtres de pensée », des notions idéologiques. Seules existent les classes, les contradictions de classes et les luttes de classes : donc on ne saurait penser un pouvoir au-dessus de ces existences. Dans une société de classes, il ne saurait exister un « pouvoir » qui ne soit un pouvoir de classe.

Une des conséquences, est que le pouvoir est un tout et ne se divise pas. Aussi, la théorie du « grignotage » est-elle complètement fausse. Voici comment elle présente la prise du pouvoir par les travailleurs : de grignotage en grignotage, le pouvoir des patrons et de l’Etat se rétréciraient …Cette théorie est une forme de réformisme qui se présente sous couleur « subversive » : elle prétend que l’on peut gagner le pouvoir morceau par morceau, le rogner.

« Le peuple constate par l’expérience que la représentation populaire n’est rien si elle n’est pas investie de pleins pouvoirs, si elle a été convoquée par le pouvoir en place, si celui-ci est toujours là intact, à ses côtés. (185)

 

  1. POUVOIR D’ETAT ET APPAREILS D’ETAT

 

Qu’est-ce que les appareils, notamment les appareils et branches d’Etat ? Quel est leur rapport aux classes sociales ?

On peut énumérer ces appareils. Ils comprennent :

    • D’une part l’appareil répressif au sens strict et ses branches (armée, police, magistrature, administration) ;
    • D’autre part les appareils idéologiques d’Etat (l’appareil scolaire, l’appareil religieux – les Eglises --, l’appareil d’information – radio, télévision, presse --, l’appareil culturel – cinéma, théâtre, édition --, l’appareil syndical de collaboration de classe, les partis politiques bourgeois et petits bourgeois, etc.) – sous un certain aspect, dans le mode de production capitaliste, la famille.

 

Outre les appareils d’Etat, on trouve également l’appareil économique au sens strict, l’ « entreprise » ou l’ « usine ». Comme centre d’appropriation de la nature, l’appareil d’Etat matérialise et incarne les rapports économiques dans leur articulation aux rapports politico-idéologiques.

Les appareils ont pour rôle principal de maintenir l’unité et la cohésion d’une formation sociale en concentrant et en consacrant la domination de classe. Ils reproduisent ainsi les rapports sociaux c’est-à-dire les rapports de classe. Dans les appareils d’Etat, les rapports politiques et idéologiques se matérialisent et s’incarnent comme pratiques matérielles.

Dans la mesure où la détermination des classes fait appel aux rapports politiques, et où ceux-ci n’existent que matérialisés dans des appareils, une analyse des clases sociales (des luttes de classes) ne peut être entreprise que dans leurs relations aux appareils et notamment aux appareils d’Etat. Les classes sociales et leur reproduction n’existent que par la relation entre d’une part les classes sociales et d’autre part les appareils d’Etat et appareils économiques. Ces appareils ne se « surajoutent » pas simplement, comme des appendices, à la lutte des classes, mais y détiennent un rôle constitutif.

Quel est le rapport et la distinction entre pouvoir d’Etat et appareils d’Etat ?

Les appareils d’Etat ne possèdent pas de « pouvoir » propre, mais matérialisent et concentrent les rapports de classes, rapports que recouvre précisément le concept de « pouvoir ».

L’Etat est lui-même un rapport, la condensation d’un rapport de classe. Cela signifie que les diverses fonctions économiques, politiques et idéologiques, remplies par les appareils d’Etat dans la reproduction des rapports sociaux ne sont pas des fonctions « neutres » et en soi, existant d’abord comme telles pour être simplement détournées par la suite par les classes dominantes ; ces fonctions dépendent du pouvoir d’Etat inscrit dans la structure même de ces appareils d’Etat, à savoir des classes et fractions de classes qui occupent le terrain de la domination politique. Cette domination politique elle-même est solidaire de l’existence et du fonctionnement des appareils d’Etat.

Il s’ensuit qu’une transformation radicale des rapports sociaux ne peut se limiter à un changement de pouvoir d’Etat, mais doit aussi « révolutionnariser » les appareils d’Etat eux-mêmes. La classe ouvrière ne peut se contenter, dans le procès de la révolution socialiste, de prendre la place de la bourgeoisie au niveau du pouvoir d’Etat, mais doit également transformer radicalement (« briser ») les appareils d’Etat bourgeois et les remplacer par des appareils d’Etat prolétariens. Mais c’est le pouvoir d’Etat, directement articulé à la lutte des classes, qui détermine le rôle et le fonctionnement des appareils d’Etat. Cela s’exprime, du point de vue de la révolutionnarisation des appareils d’Etat, par le fait que la classe ouvrière et les masses populaires ne peuvent « briser » les appareils d’Etat qu’en s’emparant du pouvoir d’Etat. Cela signifie que le rôle de tel ou tel appareil ou branche d’Etat (école, armée, partis, etc.) dans la cohésion de la formation sociale, la représentation des intérêts de classe et la reproduction des rapports sociaux, ne tient pas à leur nature intrinsèque, mais dépend du pouvoir d’Etat. Plus généralement, toute analyse d’une formation sociale doit prendre en considération à la fois directement les rapports de lutte de classe, les rapports de pouvoir, et les appareils d’Etat, qui matérialisent, concentrent et réfléchissent ces rapports. Mais dans la relation entre lutte des classes et appareils, c’est la lutte des classes qui a le rôle fondamental.

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:46

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 39)

CHAPITRE V

 

NATURE DE CLASSE DU POUVOIR POLITIQUE

 

 

« La question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute révolution. Quelle classe détient le pouvoir ? Tel est le fond du problème… la question du pouvoir ne saurait être ni éludée ni reléguée à l’arrière-plan… c’est la question fondamentale, celle qui détermine tout le développement de la révolution, sa politique extérieure et intérieure. » Lénine

 

« Le pouvoir politique à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. » (176)

Pour le marxisme-léninisme, la question du pouvoir se pose en termes de classe. Quelle est la classe qui détient le pouvoir ? C’est là la question essentielle pour déterminer la nature d’un régime. Dans une société de classes, il y a toujours une classe dominante. En régime capitaliste, c’est la bourgeoisie. En régime socialiste, c’est le prolétariat. En effet, les classes sociales ne disparaissent pas dans un régime socialiste. La bourgeoisie ne se volatilise pas et le prolétariat continue d’exister. Le socialisme est une société de classes où règne la lutte de classes sur tous les plans.

Dans une société de classes, de deux choses l’une : ou bien le pouvoir est entre les mains de la bourgeoisie, ou bien il est entre les mains du prolétariat et de ses alliés. Mais en tout cas, il ne saurait être entre les mains de l’ « ensemble des individus » ou être « également diffusé entre tous les êtres humains ». Cela ne peut que recouvrir le maintien au pouvoir de la classe bourgeoise que de soutenir de telles théories. Aussi convient-il, dans un premier paragraphe, de dénoncer cette conception idéaliste du pouvoir politique.

 

Dans la société socialiste, peut-il y avoir égalité entre exploités et exploiteurs ? A cette question Lénine répondait :

« L’exploiteur ne peut être l’égal de l’exploité. Cette vérité fait le fond même du socialisme. »

Il est illusoire de penser que les capitalistes laisseront les travailleurs prendre le pouvoir sans réagir. Ils chercheront à imposer leur maintien au besoin par la force. Prétendre assurer l’ « égalité » entre exploités et exploiteurs, c’est en fait assurer à la bourgeoisie toutes les possibilités lui permettant de maintenir sa domination ; c’est créer les conditions pour que se perpétue l’ « inégalité » au profit de la bourgeoisie :

« Il ne saurait y avoir d’égalité entre les exploiteurs qui, durant de longues générations, s’étaient distingués par leur instruction, par leur train de vie et par les habitudes acquises, et les exploités dont la masse, même dans les républiques bourgeoises les plus avancées et les plus démocratiques, reste accablée, inculte, ignorante, craintive, divisée. Longtemps après la révolution, les exploiteurs conservent nécessairement une série de réels et notables avantages… Jamais les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer – dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles -- leur avantage. » (177)

On ne peut donc amener le pouvoir du prolétariat et conserver l’Etat capitaliste : c’est-à-dire le pouvoir de la bourgeoisie. Car l’Etat capitaliste est la matérialisation du pouvoir politique de la bourgeoisie. Prendre le pouvoir signifie pour le prolétariat, briser cet Etat bourgeois et édifier un Etat prolétarien. La destruction de l’Etat bourgeois et l’édification d’un Etat prolétarien sont deux processus dialectiquement liés. Ils sont en pratique indissociés et indissociables : c’est pour la clarté de l’exposé que nous sommes amenés à distinguer les deux questions :

« Nous estimons que la social-démocratie est tenue d’appuyer tout mouvement révolutionnaire dirigé contre le régime politique existant, et nous considérons que son but est la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière, l’expropriation des expropriateurs et l’édification d’une société socialiste. »

« La véritable tâche d’un parti est (…) d’organiser la lutte de la classe du prolétariat et de diriger cette lutte dont le but final est la conquête du pouvoir politique et l’organisation de la société socialiste. » (178)

Aussi, dans un second paragraphe, sera soulevé le problème du pouvoir d’Etat et des appareils d’Etat, car :

« Le problème fondamental de toute révolution est celui du pouvoir. Tant que ce problème n’est pas élucidé, il ne saurait être question de jouer consciemment son rôle dans la révolution, et encore moins de la diriger. » (179)

 

Pour le marxisme-léninisme, l’Etat est avant tout la machine de domination d’une classe sur une autre. Dans une société de classe, l’Etat ne saurait être « au-dessus des classes ». Ce n’est pas un instrument « neutre », émanation de la société de classes, qui pourrait être utilisé par telle ou telle classe. Mais l’Etat est une émanation des classes dominantes : à telle classe dominante correspond tel Etat. A la classe bourgeoise correspond un Etat capitaliste ; à la classe ouvrière correspond un Etat socialiste. On ne peut prendre l’appareil d’Etat (comme s’il était neutre) et le faire fonctionner « différemment », selon que c’est la classe bourgeoise ou la classe ouvrière qui détient le pouvoir politique. Mais il faut le détruire pour en construire un nouveau. Le marxisme-léninisme ne saurait envisager la question de l’Etat en termes de « conquête » mais en termes de « destruction » (par la violence révolutionnaire). L’illusion réformiste consiste à croire qu’il est possible de « conquérir » le vieil appareil bourgeois pour le faire fonctionner conformément aux intérêts des travailleurs. C’est ce que démontre de façon évidente l’expérience de la Commune de Paris en 1871. Dans la Guerre civile en France, MARX, analysant la portée historique de la Commune, déclare :

« La classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l’appareil d’Etat et de le faire fonctionner pour son propre compte. » (180)

La Commune (et historiquement il ne pouvait en aller autrement) croyait en effet pouvoir utiliser le vieil appareil d’Etat. Le Comité central déclarait le 18 mars 1871 :

« Le prolétariat a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. »

La Commune ne fit qu’engager la destruction de l’Etat bourgeois et l’édification d’un nouvel Etat. Les illusions régnant sur la question de l’Etat furent une autre des causes de la défaite de la Commune, à côté de la division des partis au pouvoir face à l’ennemi commun. Il reviendra à Lénine de remettre à jour et de développer cette leçon essentielle de la Commune, qui fut passée sous silence, ou dénaturée par les opportunistes de la Deuxième Internationale. Dans l’Etat et la Révolution, Lénine résume ainsi le point de vue de Marx, fondé sur l’expérience de la Commune :

« L’idée de Marx est que la classe ouvrière doit briser, démolir la « machine d’Etat toute prête », et ne pas se contenter à en prendre possession… « Briser la machine bureaucratique et militaire », en ces quelques mots on trouve brièvement exprimée la principale leçon du marxisme sur les tâches du prolétariat à l’égard de l’Etat au cours de la révolution. » (181)

Dans le processus de la révolution prolétarienne, du passage au socialisme, la question de l’Etat est primordiale, essentielle. Conserver le vieil appareil d’Etat, c’est en fait maintenir la bourgeoisie au pouvoir, maintenir l’appareil de sa domination. On ne peut sérieusement prétendre vouloir le socialisme et se refuser à détruire l’Etat capitaliste. C’est là un fait vérifié par plus d’un siècle d’expérience révolutionnaire.

L’attitude vis-à-vis de l’Etat est une ligne de démarcation. D’un côté, ceux qui prônent le « socialisme » tout en se refusant à détruire l’Etat capitaliste : c’est là le propre du réformisme et du révisionnisme. De l’autre coté, ceux qui déclarent qu’il ne peut y avoir de socialisme sans destruction préalable de l’appareil d’Etat bourgeois : c’est là ce qui caractérise le marxisme-léninisme. Et dans ce second cas, il est logique de se demander quel est le rôle de la violence pendant la période révolutionnaire (briser l’Etat bourgeois et édifier l’Etat socialiste) et à l’époque de la dictature du prolétariat. Nous répondrons à cette question dans le Chapitre VI, à la suite de Lénine :

« L’Etat est le domaine de la contrainte. Ce serait folie de renoncer à la contrainte, surtout à l’époque de la dictature du prolétariat. » (182)

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:42

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 38)

 

« Le parti est l’avant-garde du prolétariat, l’avant-garde qui gouverne directement, c’est le dirigeant. Le moyen spécifique d’action sur l’avant-garde, pour l’épurer et l’aguerrir, c’est l’exclusion du parti et non la contrainte. » (173)

La conception théorique du parti de type nouveau, développée à partir de l’expérience historique concrète du mouvement révolutionnaire, avait ainsi atteint un niveau supérieur. Elle allait devoir affronter de nouvelles expériences pour s’enrichir encore grâce aux enseignements positifs et négatifs de la pratique à travers l’affrontement incessant entre deux lignes, deux voies, deux idéologies.

 

    1. LES ENSEIGNEMENTS DE L’EXPERIENCE SPECIFIQUE DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS A LA QUESTION DE L’EDIFICATION DU PARTI

 

Nous allons voir l’apport de Mao Tsetoung, de la révolution chinoise et de la première Grande Révolution culturelle prolétarienne en Chine au développement de la doctrine du parti marxiste-léniniste. Mao Tsetoung a souligné :

« La révolution chinoise est le prolongement de la Révolution d’Octobre ; elle est une partie de la révolution mondiale socialiste prolétarienne. »

L’expérience particulière du deuxième parti marxiste-léniniste apporte, entre autres, la confirmation de la justesse des principes élaborés par Lénine dans la question du parti de type nouveau. Au surplus, elle enrichit ces principes de nouveaux développements créateurs. Cette expérience concrète s’identifie à la pensée de Mao Tsetoung, qui fait désormais partie intégrante de la doctrine du socialisme scientifique, fondée et expérimentée antérieurement par Marx, Engels, Lénine et Staline.

Le Parti communiste chinois, né le 1° juillet 1921 à Shanghai, comptait 28 000 000 militants à l’heure de son X° Congrès. Sa fondation fut décidée par 12 délégués, représentants 56 militants.

La naissance de ce parti apporte un premier enseignement : ce qui importe avant tout, au moment de la création d’un parti marxiste-léniniste, n’est nullement le nombre de ses adhérents ou leur proportion quantitative par rapport à l’ensemble du peuple. Ce qui importe au moment de la naissance d’un tel parti révolutionnaire c’est avant tout sa ligne. Si cette ligne est juste et s’appuie sur les forces montantes, les forces qui portent en elles le progrès et l’avenir, le développement du jeune parti est irréversible. Le développement postérieur du Parti communiste chinois l’atteste, par les immenses victoires révolutionnaires remportées par le peuple sous sa direction. La ligne juste indispensable pour édifier un parti marxiste-léniniste n’apparaît jamais spontanément. En témoigne encore toute l’histoire du Parti communiste chinois, qui n’est autre que l’histoire d’une lutte de classes acharnée opposant la ligne marxiste-léniniste de Mao Tsetoung aux lignes de droite et de « gauche » à l’intérieur du parti.

Comme pour le Parti communiste (bolchevik) de Russie, nous exposerons seulement les principes valables universellement que l’on peut tirer de l’expérience historique spécifique du Parti communiste chinois dans tous les domaines.

Il s’agit de distinguer parmi ces enseignements ceux qui ont valeur de principes universels et ceux qui ne se rattachent qu’à la révolution chinoise. Il convient d’établir la distinction entre ce qui présente un intérêt général, universel et ce qui est particulier à la Chine ; le général est essentiellement constitué par les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, le particulier relève des conditions spécifiques de la révolution chinoise.

L’édification du Parti communiste chinois et la révolution chinoise témoignent d’emblée du souci constant de Mao Tsetoung d’éviter toute transposition dogmatique de l’expérience antérieure réalisée par le Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S. et par la Révolution d’Octobre. Seule les principes marxistes-léninistes fondamentaux ont été retenus et justement appliqués à la réalité chinoise, différente de celle de la Russie.

« Il serait ridicule de prétendre que notre révolution est une sorte d’idéal pour tous les pays, d’imaginer qu’elle a fait toute une série de découvertes géniales et introduit un tas d’innovations socialistes. Nous avons l’expérience des premiers pas de la destruction du capitalisme dans un pays où le rapport entre le prolétariat et la paysannerie est particulier. Il n’y a rien de plus. » (174)

Dans l’éditorial de Pékin information en date du 1° juillet 1971 furent énumérés huit points apparaissant comme le bilan historique accumulé au cours d’un demi-siècle par le Parti communiste chinois :

1) Il faut s’en tenir au « principe idéologique suivi avec conséquence par notre Parti », à savoir, l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise. Pour cela, il faut s’en tenir « à la conception du monde matérialiste dialectique et matérialiste historique ». Aussi est-il indispensable de bien posséder le vrai marxisme et de rejeter le faux marxisme.

2) « Il faut mener correctement la lutte au sein du Parti (…) Pour cela, il convient d’appliquer la méthode de résolution des contradictions avec tout camarade dans l’erreur basée sur le principe « unité-critique-unité » et « tirer la leçon des erreurs passées pour en éviter le retour et guérir la maladie pour sauver l’homme. »

3) « Il faut se garder d’être orgueilleux. »

4) Il faut s’en tenir « à la théorie des deux points et non à celle d’un seul ». Tout phénomène présente non point un seul aspect, mais deux aspects, sa face et son revers, son contraire. Il convient d’en tenir compte.

5) « Il faut s’en tenir à la ligne de masse. » Appliquer correctement le principe donné par le président Mao : « Partir des masses pour retourner aux masses », « concentrer les idées des masses et les leur retransmettre pour qu’elles soient mises résolument en pratique. »

Il convient d’adhérer fermement au principe « indépendance et autonomie, compter sur ses propres forces », car nous avons la certitude que « le peuple, le peuple seul, est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle. »

6) « Il faut s’en tenir au centralisme démocratique. »

7) « Il faut édifier une puissante armée populaire ». « Sans armée populaire, le peuple n’a rien. » Dans toute situation donnée il importe de considérer la pire éventualité, et de se préparer à lui faire face. Si cette éventualité ne se produit pas tant mieux, si elle se produit, alors on disposera de la meilleure préparation pour en triompher.

8) « Il faut s’en tenir à l’internationalisme prolétarien. »

 

Cependant, l’enseignement fondamental de l’histoire du Parti communiste chinois est qu’il faut un parti :

« La plus importante expérience du mouvement communiste international, c’est que le développement et la victoire de la révolution dépendent de l’existence d’un parti prolétaire révolutionnaire. » (175)

 

 

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:38

 

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 37)

 

QUELLES FURENT LES GRANDES LIGNES DU TRAVAIL D’EDIFICATION DU PARTI PAR LENINE ?

 

  1. Dans Que faire ? (mars 1902), Lénine développa les principes idéologiques du parti marxiste.

Le parti doit fonder sa ligne et son activité sur les principes idéologiques et organisationnels élaborés et défendus par Lénine à partir des enseignements de Marx et Engels, la thèse de la dictature du prolétariat et l’importance historique de la paysannerie comme alliée de la classe ouvrière.

Lénine proclame la nécessité d’un parti qui mène une lutte pratique et ne limite pas son action à des débats académiques. Il affirme que le parti devait « formuler dans son programme de la façon la plus claire son accusation à l’égard du capitalisme russe, déclarer la guerre au capitalisme russe. » Il défend le principe de l’internationalisme prolétarien, en soutenant la position marxiste concernant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Il fit adopter un programme minimum (pour la période de la révolution démocratique bourgeoise) et un programme maximum (prévoyant la victoire ultérieure de la révolution socialiste).

 

  1. Dans Un pas en avant, deux pas en arrière (mai 1904), Lénine développa les principes d’organisation du parti marxiste.

La lutte menée par Lénine fut acharnée à propos des principes d’organisation du parti. Ses adversaires, les mencheviks (« minoritaires »), ne rêvaient que d’un parti réformiste, conciliateur, sans structures d’organisation clairement définies, à l’image des partis opportunistes de la Deuxième Internationale. Leur opposition à la lutte révolutionnaire, ayant pour but final la dictature du prolétariat, s’accompagnait fort logiquement de leur refus d’un parti centralisé et discipliné. Lénine les fustigea sans faiblesse ; il expliqua avec fermeté la conception qu’il entendait voir appliquer à la qualité de « membre du parti », pour les dirigeants comme pour les adhérents de la base. Dans sa thèse figurait la formulation « que chaque membre du parti est responsable de tout le parti, et que le parti est responsable de chacun de ses membres ». Il proclama indispensable de « veiller à la fermeté, à la maîtrise et à la pureté de notre parti », ajoutant : « Nous devons nous efforcer d’élever toujours plus haut le titre et l’importance de membre du parti… »

A l’intense lutte de classes qui s’était déchaînée sur la question de la création du parti, lutte entre deux lignes, deux voies, deux idéologies contraires, celles de la bourgeoisie et celles du prolétariat, succéda une lutte de classes non moins aiguë pendant toute la période d’édification du parti, période marquée par l’essor et l’échec de la Révolution de 1905.

Aussitôt après les assises du 2° Congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (P.O.S.D.R.) réuni le 30 juillet 1903, Lénine se mit à étudier soigneusement tous les éléments de ce Congrès : procès- verbaux des séances, résolutions, interventions de chaque délégué, regroupements politiques intervenus, documents du Comité central et du Conseil du Parti. Il rédigea à cette occasion l’ouvrage Un pas en avant, deux pas en arrière sous-titré : « La crise dans notre Parti » ; Lénine y traitait essentiellement des principes du parti marxiste en matière d’organisation et traçait à ce sujet une ligne de démarcation fondamentale avec les fantaisies et le libéralisme des spontanéistes et autres opportunistes.

 

  1. Dans Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution prolétarienne (juillet 1905) Lénine développa les principes tactiques du parti marxiste.

En 1905, année de l’échec de la première tentative de révolution démocratique, l’affrontement de classes dans le parti déboucha sur une scission de fait : après les journées révolutionnaires de janvier seuls les bolcheviks participèrent en mai 1905 au 3° Congrès convoqué à Londres, tandis que les mencheviks se réunissaient avec Trotski, dans une conférence séparée à Genève. Une telle situation n’était pas fortuite : elle traduisait deux orientations fondamentalement contraires du Parti ouvrier social-démocrate de Russie : l’orientation révolutionnaire de Lénine et des bolcheviks, l’orientation opportuniste et contre-révolutionnaire des mencheviks. Les premiers s’appuyaient sur les travailleurs et les masses populaires ; les seconds défendaient des positions de la bourgeoisie libérale désireuse de confisquer à son profit tout succès éventuel des forces révolutionnaires. Ils se refusaient ouvertement à « pousser plus loin » la révolution.

 

  1. Dans Matérialisme et empiriocriticisme (octobre 1908), Lénine développa les principes théoriques du parti marxiste.

 

Ainsi, de 1902 à 1908, Lénine, continuateur de l’œuvre entreprise par Marx et Engels, édifia-t-il un authentique parti marxiste, arme révolutionnaire qui allait permettre de conduire le prolétariat et les masses révolutionnaires de Russie à la victoire. Il a développé les principes idéologiques, organisationnels, tactiques et théoriques du parti marxiste. C’est ce que Staline résume dans l’Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S. :

« Les bolcheviks (…) ont mené une lutte intransigeante contre les opportunistes ; ils ont épuré le parti prolétarien de la souillure de l’opportunisme et sont parvenus à créer un parti d’un type nouveau, un parti léniniste, le parti qui, plus tard, allait conquérir la dictature du prolétariat… » (171).

 

    1. L’ESSOR DU PARTI BOLCHEVIK

 

Lorsqu’ éclate la première guerre impérialiste mondiale, seul le parti bolchevik de Russie resta fidèle aux principes marxistes, à la cause de l’internationalisme prolétarien et du socialisme. Au cours des deux années qui avaient précédé l’événement, il avait connu un développement important, en alliant sans cesse le travail illégal à l’action légale. La situation créée par le déclenchement de la guerre modifia de nouveau temporairement les conditions de l’action légale du Parti ouvrier social-démocrate (bolchevik) de Russie. Aussi durant les premières années du conflit entre les grandes puissances impérialistes, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires (nouvelle mouture plus ou moins gauchiste formée par des éléments de la petite bourgeoisie) parvinrent à reconquérir une influence et occupèrent une place dominante dans les soviets. Cependant, la situation du peuple ne cessait d’empirer, et l’activité des bolcheviks portait ses fruits. A tel point que les 26 et 27 février 1917, après une semaine de grèves, de manifestations ouvrières violentes et d’affrontements sanglants avec les troupes de la police ou de l’armée chargée de la répression, triompha la révolution bourgeoise. Les bolcheviks avaient assumé la direction des combats populaires et révolutionnaires, tandis que les mencheviks s’occupaient à gagner des sièges de députés dans les soviets.

Au point de vue de notre propos – l’édification du parti – le 6° Congrès tenu du 26 juillet au 3 août 1917, adopta une décision d’une portée considérable : il vota de nouveaux statuts du parti, instituant un fonctionnement basé sur le principe du « centralisme démocratique ». Cette mesure reposait sur une idéologie et une organisation comportant les dispositions suivantes :

  1. Election de tous les organismes dirigeants du parti ;
  2. Comptes-rendus périodiques des organismes dirigeants du parti devant leurs organisations de base respectives ;
  3. Discipline rigoureuse dans le parti et soumission de la minorité à la majorité ;
  4. Obligation pour les organismes inférieurs et pour tous les adhérents du parti de respecter et appliquer les décisions des organismes supérieurs.

 

En fait ce fut le dernier Congrès avant la victoire de la révolution prolétarienne qui fut acquise le 25 octobre 1917, sous la direction du parti créé et édifié par Lénine, avec le soutien de Staline. Analysant les raisons du triomphe de la révolution socialiste, Staline indiqua :

« …A la tête de la classe ouvrière se trouvait ce parti rompu à la lutte politique qu’est le parti bolchevik. Seul un parti comme le parti bolchevik, suffisamment hardi pour mener le peuple à l’assaut décisif et suffisamment circonspect pour éviter les écueils de tout genre sur le chemin du succès, seul un tel parti pouvait fondre d’une façon aussi judicieuse, en un seul flot révolutionnaire, des mouvements révolutionnaires aussi divers qu’étaient le mouvement démocratique général pour la paix, le mouvement démocratique paysan pour la mainmise sur les terres seigneuriales, le mouvement de libération nationale des peuples opprimés en lutte pour l’égalité nationale et le mouvement socialiste du prolétariat pour le renversement de la bourgeoisie, pour l’instauration de la dictature du prolétariat.

Il est évident que c’est la fusion de ces divers courants révolutionnaires en un flot révolutionnaire unique et puissant qui a décidé du sort du capitalisme en Russie. » (170)

 

    1. STALINE DRESSE LE BILAN DE L’ŒUVRE DE LENINE ET FORMULE LES PRINCIPES DU PARTI DE TYPE NOUVEAU

 

Le 7° Congrès, le 6 mars 1918, décida de modifier le nom du parti et, sur proposition de Lénine, l’appela « Parti communiste (bolchevik) de Russie » (P.C. (b.) R.). Pourquoi ? Simplement parce que le parti avait pour but de réaliser le communisme.

Mais bientôt les pays impérialistes de l’Entente, victorieux de l’impérialisme allemand, déclenchèrent une agression militaire contre le pays des soviets, en collusion avec tous les contre-révolutionnaires russes qui avaient été dépouillés de leurs avantages et de leur pouvoir par la révolution. Pendant trois années, les peuples soviétiques eurent à repousser leurs assauts violents. Mais finalement, l’Armée Rouge parvint à sauver le pays et la révolution. A la question : « Comment fut remportée la victoire ? », Staline répondit entre autres explications :

« L’Armée Rouge a vaincu parce que son noyau dirigeant, à l’arrière et au front, était le Parti Bolchevik, soudé par sa cohésion et sa discipline, puissant par son esprit révolutionnaire et sa volonté de consentir tous les sacrifices pour faire triompher la cause commune, insurpassé par sa capacité à organiser les multitudes et à les diriger de façon judicieuse, dans une situation complexe. » (172)

Aussitôt après la mort de Lénine (le 21 janvier 1924), Staline entreprit une série de conférences pour exposer les principes du léninisme. La huitième séance fut consacrée au sujet « Le Parti ». Staline y dressa le bilan des principes léninistes du parti du prolétariat, du parti marxiste conçu et expérimenté par Lénine. Il souligna d’abord que le nouveau parti révolutionnaire prolétarien ne pouvait s’identifier en rien avec les vieux partis sociaux-démocrates. Il démontra que le parti léniniste répondait à la nécessité d’un nouveau parti, puis énuméra les particularités de ce nouveau parti :

  1. Le parti doit être un détachement d’avant-garde de la classe ouvrière ;
  2. Le parti doit être un détachement organisé de la classe ouvrière ;
  3. Le parti doit être la forme suprême de l’organisation de classe du prolétariat ;
  4. Le parti doit être l’instrument de la dictature du prolétariat ;
  5. Le parti doit se fonder sur une unité de volonté incompatible avec l’existence de fractions ;
  6. Le parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes.

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:34

SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 36)

 

CHAPITRE IV

 

LE PARTI LENINISTE

 

« Le prolétariat n’a d’autre arme dans sa lutte pour le pouvoir que l’organisation. » Lénine

 

Arme principale et indispensable de la révolution prolétarienne, le Parti marxiste-léniniste est né de la lutte des classes. Aussi pour qu’à la lumière du matérialisme historique et dialectique, soit plus claire sa conception est-il indispensable d’en connaître et d’en étudier la genèse ; c’est-à-dire sa formation progressive. Cette formation n’échappe pas à la loi du matérialisme dialectique.

« Nier la nécessité du parti et de la discipline du parti (…) cela équivaut à désarmer entièrement le prolétariat au profit de la bourgeoisie. Cela équivaut, précisément à faire sien ces défauts de la petite bourgeoisie que sont la dispersion, l’instabilité, l’inaptitude à la fermeté, à l’union, à l’action conjuguée, défauts qui causeront inévitablement la perte de tout mouvement du prolétariat révolutionnaire, pour peu qu’on l’encourage. » (164)

 

    1. LES APPORTS FONDAMENTAUX DE MARX ET ENGELS : LE PREMIER CONCEPT DE « PARTI COMMUNISTE »

 

Les débuts de la grande industrialisation capitaliste dans les pays occidentaux, en France notamment, se situent entre 1830 et 1850. Aussi trouve-t-on dans le Manifeste du parti communiste la première description et la première analyse du phénomène social et économique qui accompagne et caractérise fondamentalement le développement du capitalisme dès sa première phase. Dans ce document, Marx et Engels écrivaient :

« A mesure que grandit la bourgeoisie, c’est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital… » (165)

Dans ce document, Marx et Engels décrivent le processus de développement de cette nouvelle classe produite par le capitalisme : le prolétariat. Quelles furent les conditions historiques dans lesquelles surgit le premier concept de « parti communiste » ?

« Le progrès de l’industrie, dont la bourgeoisie est le véhicule passif et inconscient, remplace peu à peu l’isolement des travailleurs, né de la concurrence, par leur union révolutionnaire par l’association. » (166)

Marx et Engels exposaient également le programme du « parti communiste » non sans avoir préalablement précisé leur conception de ce « parti » par rapport à l’ensemble des prolétaires :

« …Les communistes ne forment pas un parti distinct, opposé aux autres partis ouvriers. (…) Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

  1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tous les prolétaires.
  2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. » (167)

Ainsi étaient formulés pour la première fois les premiers fondements de la doctrine du parti de la classe ouvrière. En effet, si Marx et Engels n’abordaient alors que la première démarche participant à l’élaboration théorique et à la construction pratique du parti du prolétariat, ils n’en proclamaient pas moins d’emblée, quatre principes fondamentaux :

  1. Le parti est internationaliste ;
  2. Le parti a pour but le renversement de la bourgeoisie, c’est-à-dire la révolution ;
  3. Le parti constitue l’avant-garde du prolétariat : « Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres. »
  4. Le parti est armé de la théorie révolutionnaire : « Théoriquement, (les communistes) ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

« Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les autres partis prolétariens : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination de la bourgeoisie, conquête du pouvoir politique par le prolétariat. » (168)

 

L’échec de la Commune de Paris apporta ses enseignements « par la négative ». Il permit à Marx et Engels de dégager les principes que l’on a vus sur la question de l’Etat et de la dictature du prolétariat. Il permit aussi de déterminer des progrès dans la conception marxiste du parti du prolétariat.

L’une des raisons de cet échec est l’absence d’un solide parti prolétarien, la division des différentes organisations existantes et dans l’absence d’une direction exclusive de la classe ouvrière en France. Lors d’une réunion, du 17 au 23 septembre 1871, l’ « Association Internationale des Travailleurs » (A.I.T. dite depuis « Première Internationale ») adopta une résolution capitale sur la nécessité de créer dans chaque pays un « parti politique prolétarien » indépendant des formations bourgeoises et petites bourgeoises :

« Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes possédantes le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct opposé à tous les anciens partis formés par les clases possédantes. Cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême : l’abolition des classes. (…) Les seigneurs de la terre et du capital se servant toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leurs monopoles économiques et asservir le travail, la conquête du pouvoir politique devient le grand devoir du prolétariat. » (169)

De la conception des « communistes ne formant pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers » (1848) à celle de la « constitution du prolétariat en parti politique opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes » (1871) avait été parcouru à travers les luttes entre deux classes, le long et difficile chemin de la première élaboration du « parti du prolétariat », du « parti marxiste ». Mais une grande pratique restait encore indispensable pour consolider et enrichir, à travers de nouvelles épreuves et dans l’affrontement continuel des idéologies prolétariennes et bourgeoises, cette théorie marxiste du parti, sans laquelle n’aurait pu naître le parti « léniniste » de type nouveau qui dirigea 45 ans plus tard la première révolution prolétarienne victorieuse de l’histoire, la révolution d’Octobre.

 

    1. LENINE, FONDATEUR DU PARTI DE TYPE NOUVEAU. LE PREMIER PARTI MARXISTE-LENINISTE DE L’HISTOIRE, LE PARTI BOLCHEVIQUE

 

L’expérience de la révolution prolétarienne d’Octobre 1917 en Russie a été décisive pour faire avancer la théorie du « parti du prolétariat, du parti de type nouveau ». Lénine a formulé les principes de cette théorie applicable à la création comme à l’édification du parti avant et pendant la révolution prolétarienne :

« Certes, presque tout le monde voit aujourd’hui que les bolcheviques ne se seraient pas maintenus au pouvoir, je ne dis pas deux années et demi, mais même deux mois et demi, sans la discipline la plus rigoureuse, une véritable discipline de fer dans notre parti, sans l’appui total et indéfectible accordé à ce dernier par la masse de la classe ouvrière, c’est-à-dire par tout ce qu’elle possède de réfléchi, d’honnête, de dévoué jusqu’à l’abnégation, de lié aux masses, d’apte à conduire derrière soi ou à entraîner les couches arriérées. » (170)

Pour ce qui concerne l’édification et le rôle du parti après la victoire de la révolution, dans la phase de construction du socialisme, la riche expérience pratique et théorique de Lénine a été d’une durée relativement courte, mais elle a été recueillie et développée par Staline. Par la suite, après avoir tiré les enseignements positifs et négatifs de l’histoire du Parti communiste d’Union Soviétique tant à l’époque où il fut dirigé par Staline qu’à celle où il dégénéra du fait du révisionnisme moderne, Mao Tsétoung, en déclenchant la première Grande Révolution culturelle prolétarienne en Chine, a encore enrichi la théorie du parti de type nouveau en l’envisageant essentiellement dans la phase postérieure à la victoire de la révolution, sous la dictature du prolétariat. Au préalable, Mao Tsétoung avait déjà pratiqué une application créatrice des principes d’édification du parti marxiste-léniniste aux conditions spécifiques de la révolution chinoise.

 

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