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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 09:24

 

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Sixième partie)

 

ROBESPIERRE EST UN FRANC-MACON SANS TABLIER.

Théorie et pratique : Les francs-maçons délibèrent, font des planches, égrènent des idéaux au fil de conférences, et le tour est joué. En fait, ils croient s’en sortir en ayant « discuté de ces grands principes », alors qu’ils prennent l’engagement de « répandre au dehors du temple les vérités acquises ».

Les régimes politiques s’étaient succédés depuis 1789, avec une rapidité si vertigineuse, que l’art de renier ses opinions et de saluer le soleil levant était cultivé comme une nécessité de la lutte pour l’existence.

Chateaubriand s’étonne « Qu’il y ait des hommes, qui après avoir prêté serment à la république une et invisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, à l’Empire en une seule, à la première Restauration, à l’acte additionnel à la seconde Restauration, ont encore quelque chose à prêter à Louis-Philippe ».

« Hé, hé, disait Talleyrand, après avoir prêté serment à Louis-Philippe, Sire, c’est le treizième ! ».

Les inégalités sociales ont mis au monde deux égalités de belle venue : l’égalité du ciel, qui pour les chrétiens compense les inégalités de la société et l’égalité civile, cette très sublime conquête de la Révolution sert aux mêmes usages. Cette égalité civile, qui conserve aux Rothschild leurs millions et leurs parcs, et aux pauvres leurs haillons et leur poux.

Lors de la révolution, la contradiction principale oppose le féodalisme, et la bourgeoisie, classe montante, progressiste et révolutionnaire. Robespierre a su s’emparer de cette contradiction principale et la mener jusqu’au bout. En cela il a été un révolutionnaire conséquent et l’allié des clases populaires, sans-culottes et bras nus.

Pour une situation où émerge clairement la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie, où elle s’aggrave et mûrit, le féodalisme doit être balayé.

C’est la base de la raison pourquoi les ancêtres du prolétariat ont été les plus déterminés contre le féodalisme et ont lutté en première ligne. Parce que, plus le féodalisme est balayé par un combat paysan déterminé, plus émerge la contradiction entre bourgeoisie et prolétariat, et les conditions favorables apparaissent pour la lutte de classe du prolétariat pour le socialisme.

 

CHACUN JUGERA !

 

Il convient de bien distinguer deux étapes :

  1. De 1789 à 1792, où l’on tente de concilier la monarchie et la révolution ;
  2. De 1792 à 1795 : C’est l’instauration de la république bourgeoise. « La liberté ou la mort »

Avec le 9 Thermidor, il est mis fin à la révolution sociale et il faudra attendre la Commune de Paris de 1871 pour que le mouvement reprenne véritablement.

Aussi, lorsqu’un maçon clame : « Vive la République ! », il s’agit de la république égalitaire, fondée en 1792, complétée en 1871. Mais il reste du travail à accomplir pour instaurer cette république en France.

Concernant Robespierre, il convient de se méfier de la légende noire apparue dès son élimination ! On lui en prête beaucoup ! On a chargé sa personne, pour, à la fois, en finir avec la Terreur, et empêcher le développement vers une révolution plus sociale. La légende noire a bien fait son œuvre, puisque aujourd’hui, certaines personnes n’hésitent pas à comparer Robespierre avec Hitler, Pol Pot ou Staline. Selon cette légende noire, on prête à Robespierre les paroles suivantes : « Toi qui passe ici, ne t’apitoie pas sur mon sort, car si j’étais vivant, tu serais mort ».

Robespierre a contribué à ce coup d’arrêt :

  • Représentant de la bourgeoisie, il ne s’est pas préoccupé de l’aspect social : il a accepté le salaire maximum, la propriété bourgeoise,… Il a donc contribué à mettre en place un système économique capitaliste.
  • Il voulait instaurer une religion bourgeoise d’Etat, reprenant la théorie déiste de Rousseau.
  • En particulier, il a affaibli sa position en éliminant les Enragés, partisans, eux, d’un approfondissement social de la révolution.

Certains auteurs estiment le nombre de morts de la période de la Révolution à 1 000 000, dont environ 500 000 morts pour la seule guerre civile de Vendée, sur une population française total de 28 millions d’habitants. Pour la guerre de Vendée, certains historiens estiment le nombre de morts, du côté des Blancs à 170 000 victimes (femmes, enfants et vieillards inclus).

Dans cette mathématique funèbre, il convient de distinguer les morts des deux camps, et aussi de s’interroger de ce qu’il serait advenu des révolutionnaires en cas de victoire des contre-révolutionnaires, que ce soit les émigrés, ou les troupes étrangères. Le Duc de Brunswick avait menacé de raser Paris !

Le but de la révolution bourgeoise est d’abolir la propriété féodale et d’instaurer la propriété capitaliste.

En France, le prolétariat (représenté par les sans-culottes, puis Babeuf), s’est manifesté dans la révolution antiféodale, en agissant comme force de pression sur les partis bourgeois qu’il a aidé à se hisser au pouvoir, en poussant la radicalisation de ces différentes fractions, jusqu’à ce qu’un coup d’arrêt se produise le 9 Thermidor. Dans la mesure où les conditions d’une révolution prolétarienne n’étaient pas réunies, le prolétariat ne pouvait qu’être battu.

Dans la mesure où une partie de la bourgeoisie a peur du développement révolutionnaire (comme les Girondins), il revient au prolétariat d’accomplir les tâches de la révolution bourgeoise.

Dans cette perspective, Robespierre a tenté de mener le plus loin possible la révolution bourgeoise, tout au moins aussi loin que lui permettaient d’aller les conditions objectives.

Cependant il n’a jamais ni su ni osé poser la question de la propriété sociale. Dans ces conditions, les principes (égalité de tous, suffrage,…) ne pouvaient que demeurer bourgeois, hypocrites et bourgeois.

Du point de vue de la laïcité, s’il a participé activement à la lutte contre le christianisme et pour la reconnaissance des religions juive et protestante, il n’a pas su aller jusqu’à l’instauration d’une véritable laïcité et d’une séparation de l’Eglise et de l’Etat ; il a au contraire tenté d’instaurer une religion d’Etat, le culte de l’Etre suprême.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. La Commune de Paris de 1871

 

Chaque année, le 1° mai, les francs-maçons du Grand Orient de France rendent hommage aux martyrs de la Commune de Paris  chemin des Acacias, au Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, notamment à ceux qui se sont engagés le 29 avril 1871, pour que l’idéal de Liberté, d’Egalité et de Fraternité soit autre chose qu’une devise inerte, inscrite sur le fronton des édifices publics.

Cependant, tous les francs-maçons n’étaient pas « communards », ou ne soutenaient pas ce mouvement.

Marc Vieillard a écrit dans Le Temple de Prométhée – Franc-maçonnerie et engagement politique : «  La commune de Paris laisse les obédiences profondément divisées. Si les loges parisiennes se sont massivement ralliées en 1871 à l’insurrection de la capitale, la province, elle, s’est affichée comme défenderesse patentée de l’ordre établi. La maçonnerie des notables soutient Thiers dans sa répression inique des Communards. (…) » Le préfet Babaud-Larivière, Grand Maître, « a promis à Thiers une franc-maçonnerie respectueuse des lois, quelles que soient ces lois et la nature du régime dont elles découlent. » (…) « Les dirigeants du Grand Orient restent de marbre devant le massacre des trente mille Parisiens assassinés par les troupes versaillaises, comme une grande partie des frères au demeurant. »

 

LA MACONNERIE EN 1871 :

En 1870, on compte environ 18000 francs-maçons au Grand Orient de France et 6000 au rite écossais.

Il existe à l’époque deux obédiences maçonniques, le Grand Orient de France, qui regroupe un peu plus de 300 loges avec 15000 membres actifs environ, dont plus de 4000 à Paris, et le Suprême Conseil de France, qui réunit à peu près 5000 adhérents dont près de 2000 membres à Paris.

Les francs-maçons des loges de Paris et de la banlieue furent très actifs au cours de la Commune. Environ le quart des élus de la Commune sont francs-maçons.

Le 2 avril 1971, l’une des premières mesures est la séparation de l’Eglise et de l’Etat et la suppression du budget des cultes.

Le frère Raoul Rigault se montre particulièrement actif dans la laïcisation des services publics, notamment des hôpitaux.

Le frère Edouard Vaillant est le fondateur de l’école laïque, dont il jette les bases par son arrêté du 22 mai, instituant la gratuité, créant les premières écoles primaires de filles et les collèges professionnels.

Les frères Adolphe Assi et Benoît Malon proposent des coopératives de production. La solidarité envers les plus démunis trouve tout son sens dans l’interdiction des expulsions pour loyers impayés et le décret du frère Jourde daté du 7 mai, permettant aux débiteurs de retirer du Mont de piété les objets de petite valeur, vêtements, meubles, outils de travail.

Les exemples sont nombreux de mesures prises durant la Commune et qui seront abolies par l’ordre réactionnaire de Mac-Mahon. Certaines seront reprises des années plus tard par des maçons bourgeois, l’école laïque par le frère Jules Ferry ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat par le frère Emile combes.

 

Les frères parisiens des deux principales obédiences d’alors, le Grand Orient et le Suprême Conseil (d’où sera issue la Grande Loge de France en 1894) sont unis. Les frères Jules Vallès et Thirifocq par exemple, sont membres de loges du Suprême Conseil.

 

LES TROIS COMPOSANTES DE LA FRANC-MACONNERIE :

Depuis sa création au début du XVIII° siècle, la franc-maçonnerie a toujours représenté les composantes les plus aisées des sociétés au sein desquelles elle s’est développée.

Dans la France de 1871, les ouvriers et les artisans sont, du moins à Paris, représentés dans les loges. C’est ce qui explique que l’on trouve de nombreux francs-maçons parmi les responsables de la Commune : ils y sont, en gros, un tiers. Les instances maçonniques dirigeantes – Conseils de l’Ordre – s’opposent par contre à la Commune et dénoncent la participation des frères. Il y a beaucoup de francs-maçons hostiles au mouvement communard et certains d’entre eux sont engagés dans les rangs versaillais.

La Commune de Paris et la franc-maçonnerie partagent de nombreuses valeurs : la défense des principes républicains, la liberté politique et associative, la justice sociale, la laïcité, l’éducation, …

Outre les Communards et le Versaillais, une troisième tendance comporte des francs –maçons qui vont jouer un rôle de médiateurs entre la Commune et les Versaillais. Les conciliateurs vont se heurter à l’intransigeance de Thiers, ce qui va conduire finalement les frères parisiens à s’engager massivement aux côtés des communards pour combattre Versailles. Ils le payeront de leur sang.

D’une manière générale, les Conseils de l’Ordre, organes dirigeants des obédiences, sont très réticents à l’égard de la Commune et donnent aux frères des consignes de neutralité. Ces ordres ne seront pas suivis par la base.

En mars 1871 commence la Commune de Paris, dans laquelle les francs-maçons de la capitale s'impliqueront fortement. Le Frère Thirifocq, militant socialiste, membre de la loge « le libre Examen » du Suprême conseil de France demande que les bannières maçonniques soient plantées sur les remparts et qu'elles soient « vengées » dans le cas où elles seraient trouées par les balles des Versaillais. De nombreux francs-maçons figurent parmi les révolutionnaires, dont Jules Vallès ou Élisée Reclus. Le 29 avril 1871 eut lieu une grande manifestation rassemblant devant les forces versaillaises plusieurs milliers de francs-maçons des deux obédiences derrière des dizaines de bannières. Cette manifestation fut suivie de l'entrevue entre les deux émissaires de la Commune (dont Thirifocq) et Adolphe Thiers, qui se solda par un échec puis par l'écrasement de la Commune par les Versaillais. Contrairement à celles de Paris, les loges de province ne soutinrent pas la Commune et, dès la fin de celle-ci, le Grand Orient désavoua officiellement l'action des loges parisiennes pour se rallier à Thiers et à la Troisième République dans laquelle il fut amené à jouer un rôle de premier plan.

 

Les francs-maçons se rallient à la Commune :

Le 21 avril, quand ils avaient demandé l’armistice, les francs-maçons s’étaient plaints de la loi municipale récemment votée par l’Assemblée.

« Comment, leur avait répondu Thiers, mais c’est la plus libérale que nous ayons eue depuis 80 ans »

« Pardon, et nos institutions communales de 1791 ? »

« Ah ! Vous voulez revenir aux folies de nos pères ? »

« Mais enfin, vous êtes donc résolu à sacrifier Paris ? »

« Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi. »

Les francs-maçons avaient affiché dans Paris cette horrible réponse.

Le 26 avril, les francs-maçons avaient envoyé des deux orients de Paris, une délégation des vénérables et des députés des loges, conduite par Gabriel Ranvier, adhérer à la révolution. Cette délégation a été reçue dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville, par le frère Louis Thirifocq, de la loge Ecossaise La Justice n°133, qui déclare : « Si au début, les Francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre aucune conciliation. Ils sont prêts, aujourd’hui, à planter leurs bannières sur les remparts. Si une seule balle les touche, les Francs-maçons marcheront d’un même élan vers l’ennemi commun. ». Il avait été convenu que le 29, ils iraient en cortège sur les remparts.

Ils étaient là 6000, le 29 avril, à 9 heures, répondant à l’appel de 55 loges. Une loge féminine est tout particulièrement applaudie. Accueilli à l’Hôtel de Ville par le frère Félix Pyat, celui-ci déclare : « Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logiques que la Ligue des Droits de Paris, vous Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aujourd’hui, les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle ». Cette allocution est suivie d’applaudissements et de cris : « Vive la République ! Vive la Commune ! ».

Les bannières maçonniques sont plantées depuis la porte Maillot jusqu’à la porte Bineau, sous les obus que les Versaillais tirent du Mont Valérien.

Quelques jours après, un ballon, marqué des trois points symboliques, s’élève dans les airs, d’où il sème d’innombrables exemplaires du Manifeste maçonnique du Cinq Mai, appelant les frères de France et du monde entier à la lutte en faveur des communes de France fédérées avec celle de Paris.

Contrairement à celles de Paris, les loges de province ne soutinrent pas la Commune et, dès la fin de celle-ci, le Grand Orient de France désavoue officiellement l’action des loges parisiennes pour se rallier à Thiers et à la troisième République.

Au siège du Grand Orient de France, rue Cadet, transformé en hôpital pour blessés, s’alignent chaque jour un peu plus, des cercueils de communards sur lesquels sont posés leurs insignes maçonniques.

Après le Commune, de nombreux communards entreront en maçonnerie, à leur retour en France, ou à l’étranger. Parmi eux, Maxime Vuillaume, Gaston Da Costa, Paschal Grousset, Camélinat, Jean Baptiste Clément, Augustin Avrial, Assi…

Lors de chaque période cruciale de l’histoire de France, par exemple, la révolution de 1789, la Commune de 1871, la Résistance de 1940,…, la maçonnerie se scinde en deux ou trois parties :

  • Une première partie qui s’oppose à l’avancée de l’histoire et prend partie pour les classes rétrogrades et réactionnaires, la noblesse et le haut clergé en 1789, la grande bourgeoisie en 1871,…
  • Une seconde partie qui se range du côté de la classe montante résolument : la bourgeoisie triomphante en 1789, le prolétariat, en 1871,…
  • Une troisième partie se compose du « marais », et a tendance, au début du processus de changement de tenter de concilier les deux camps irrémédiablement opposés.

Il est regrettable que la franc-maçonnerie, hier comme aujourd’hui, n’intègre que des personnes de la classe moyenne et fasse l’impasse sur les classes populaires. Il en est ainsi notamment des ouvriers, ainsi que des femmes du peuple qui ont joué un rôle essentiel dans l’instauration de la Commune de Paris, mise à l’écart justifiée par des arguments financiers, la cherté de la cotisation.

 

FRANCS-MACONS FAVORABLES A LA COMMUNE :

Jules Henri Marius Bergeret (1830-1905) :

Charles Victor Beslay (1795-1878) :

Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) : Fondateur du journal Ni Dieu, ni maître, il est membre de plusieurs loges : les Amis de la Vérité, le Temple des Amis de l’Honneur Français et le Lien des Peuples.

Karl Marx déclare dans La guerre civile en France (la commune de Paris), 1871 : « Le véritable meurtrier de l’archevêque Darboy, c’est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d’échanger l’archevêque et tout un tas de prêtres pardessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu’avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune. »

Jean-Baptiste Clément (1836-1903) : Initié à la Loge « Les Rénovateurs » en 1898. Membre de la loge des Rénovateurs. Le Temps des Cerises est considéré comme l’hymne de la Commune, que les communards sifflaient sur les barricades.

Louis Gaston Isaac Crémieux (1836-1871) : Fusillais par les Versaillais pour sa participation à la Commune de Marseille. Ardent franc-maçon. C’est l’époque où des francs-maçons blanquistes et républicains (alors jugés d’extrême gauche) tentent d’entraîner leurs Frères dans la voie de la lutte révolutionnaire, au service des valeurs de la République, démocratique et sociale. Ceux des Amis choisis fondent le 11 février 1868 un comité central d’initiative des loges comprenant dix commissaires : Barne, Brochier, Carriol, Chappuis, Crémieux, Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe Royannez, Ainsi qu’une caisse centrale de secours.

Jaroslaw Dombrowski (1836-1871) :

Emile Eudes (1843-1888) : Initié à la loge l’Ecossaise 133

Gustave Flourens (1838-1871) : Initié le 12 juin 1866 à la loge l’Union d’Orient

Henry Fortuné (1821-1882) : Il participe le 29 avril à la manifestation des Francs-maçons demandant une trêve.

Guiseppe Garibaldi (1807-1882) : Garibaldi est Grand Maître de presque toutes les obédiences italiennes. Initié à la maçonnerie en 1844 dans la loge « Asilo de la Virtud », de Montevideo, Uruguay, il rejoint la loge du Grand Orient de France « Les amis de la patrie ».

François Jourde (1843-1893) :

Napoléon La Cécilia (1835-1878) :

Adolphe Gustave Lefrançais (1826-1901) : Initié le 27 octobre 1863 à la loge l’Ecossaise 133 et affilié en 1866 à l’Union Parfaite de la Persévérance.

Commune de Marseille : Elle dure quatorze jours, du 22 mars au 5 avril 1871. La Loge « La Réunion des Amis choisis » du Grand Orient, formée de républicains et de blanquistes, fonde, pour entraîner les autres loges, le 11 février 1868, un Comité central d’initiative des loges de dix membres : l’avocat Gaston Crémieux, Barne, Brochier, Chappuis, de Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe Royannez. Parallèlement voient le jour l’Association phocéenne de l’Enseignement, de l’Instruction et de l’Education des deux sexes et la Caisse Centrale de Secours.

Simon Mayer : Initié en 1867 à l’Union Parfaite de la Persévérance

Benoît Malon (1841-1893) : Militant ouvrier, communard, journaliste, écrivain.

Louise Michel (1830-1905) : Militante anarchiste, aux idées féministes et l’une des figures majeures de la Commune de Paris.

Eugène Pottier (1816-1887) : Créateur de l’Internationale.

Eugène Protot (1839-1921) : Initié le 3 mai 1866

Félix Aimé Pyat (1810-1889) :

Gabriel Ranvier (1828-1879) : Initié le 7 décembre 1863. Blanquiste. Peintre et décorateur sur porcelaine.

Elie Reclus (Jean-Pierre Michel Reclus) (1827-1904):

Elisée Reclus (Jean Jacques Elisée Reclus) (1830-1905) : Géographe, militant et penseur de l’anarchisme. Il participa à des congrès d’organisations ouvrières (notamment AIT, Ligue de la Paix et de la Liberté). En 1860, en compagnie d’Elie, Elisée est admis dans une loge maçonnique (Les Emules d’Hiram). Il n’y fut jamais actif et au bout d’un an, il quitte la franc-maçonnerie, ne supportant pas l’esprit qui y régnait.

Raoul Rigault :

Victor Henri de Rochefort, plus connu sous le nom d’Henri Rochefort (1831-1913) : Membre des Amis de la Renaissance. Au retour du bagne de Nouvelle-Calédonie, il se rapproche progressivement du boulangisme et de l’extrême droite. Lorsque éclate l’affaire Dreyfus, il laisse libre cours à son antisémitisme pour mener campagne avec les « anti ».

Emile Thirifocq (1824-1900) : Membre de la loge Le Libre Examen du Suprême Conseil. Militant socialiste. Il est initié le 9 janvier 1850 à la loge Jérusalem Ecossaise 99 du Suprême Conseil, en devient le secrétaire l’année suivante, l’orateur en 1854 et le vénérable en 1864. Il est déiste. En 1869, orateur de la première section de la Grande Loge Centrale, il défend vainement le maintien de la croyance en « une puissance infinie désignée sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. » En 1870, il rallie la loge naissante, Le Libre Examen, destinée à regrouper des déistes rationnels qui poursuivent avec l’Alliance religieuse universelle le chimérique espoir de réaliser une synthèse des religions.

Jules Vallès (1832-1885) : Nom de plume de Jules Louis Joseph Vallez. Journaliste, écrivain et homme politique d’extrême gauche.

Auguste-Jean-Marie Vermorel (1841-1871) :

Walery Wroblewski (1836-1908): Après la Commune, il siège au Conseil général de l’Association international des travailleurs.

 

MACONS OPPOSES À LA COMMUNE :

Léonide Babaud-Larivière (1819-1873) : Elu Grand-maître du Grand Orient de France en 1870. Il est par la suite nommé préfet des Pyrénées Orientales (1872-1873).

Louis Blanc : En 1870-1871, c’est un traître à la cause révolutionnaire, soutenant la cause de l’amnistie.

Isaac-Jacob Crémieux, plus connu sous le nom d’Adolphe Crémieux (1796-1880) : Membre du gouvernement de la Défense nationale, du 4 septembre 1870 au 17 février 1871, comme Ministre de la Justice. Initié en 1818, à la loge du Bienfait anonyme (à Nîmes), qui dépendait du Grand Orient de France. En 1860, il quitte le Grand Orient de France pour le Suprême Conseil de France, dont il devient le Souverain Grand Commandeur en 1869.

Jules Ferry (1832-1893) : Le 8 juillet 1875, les francs-maçons donnent une grande solennité à sa réception par le Grand Orient de France (Loge « La Clémente Amitié »). Il y est reçu en même temps que Littré et que Grégoire Wyrouboff. Par la suite, Ferry appartiendra à la Loge « Alsace-Lorraine ».

Léon Gambetta (1838-1882) : Initié en 1869 à la loge « La Réforme », à laquelle appartiennent également Gustave Naquet et Maurice Rouvier.

Ernest Hamel (1826-1898) : Ancien vénérable de l’Avenir.

 

Pierre-Antoine-Frédéric. Malapert (1815-1890) : Orateur du Suprême Conseil.

Jean-Baptiste Alexandre Montaudon (1818-1899) : Général du 1° corps d’armée de l’armée versaillaise. Ses opinions politiques étaient celles d’un conservateur-monarchiste. Mais il refusa de tirer sur ses frères.

Eugène Pelletan (1813-1884) : Initié franc-maçon en 1864 dans la loge l’Avenir, dont il devient vénérable, avant d’entrer au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

Jules Simon (1814-1896) : Ministre franc-maçon du gouvernement de Thiers.

Etienne Philippe Théodore Tenaille-Saligny (1830-1889) : Un tablier du 18° degré lui appartenant a été retrouvé et est actuellement conservé dans son ancien Château d’Achun (58).

 

FRANC-MACONS MEDIATEURS :

Charles Thomas Floquet (1828-1896) :

Edgar Quinet (1803-1875) : Membre du Grand Orient de France.

Victor Schœlcher (1804-1893) : Il adhère à la franc-maçonnerie à la loge « Les Amis de la Vérité » puis à « La Clémente Amitié ».

 

La Franc-maçonnerie a également joué un rôle dans les autres communes sur le territoire de la France.

Ainsi, à Saint-Etienne, le journal l’Eclaireur, organe radical, est fortement influencé par la franc-maçonnerie. Thiers y est traité de « roi des Capitulards ». Le clergé y est vivement pris à partie. Ainsi fa franc-maçonnerie organise une souscription pour aider les familles de mobilisés, geste de solidarité et de patriotisme.

A Rouen, dès avril 1871, les francs-maçons déclarèrent adhérer pleinement au manifeste officiel du conseil de l’ordre, qui porte inscrits sur son drapeau, les mots liberté, égalité, fraternité. – « Prêche la paix parmi les hommes, et au nom de l’humanité, proclame inviolable la vie humaine et maudit toutes les guerres, il veut arrêter l’effusion du sang et poser les bases d’une paix définitive, qui soit l’aurore d’un avenir nouveau.

Voilà ce que nous demandons énergiquement, et si notre voix n’est pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent. ».

Signataires :

Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise Desseaux

Le vénérable des Arts réunis, Hédiard

Le vénérable de la Constance éprouvée, Lorand

Le vénérable de la Persévérance couronnée, E. Vienot

Les T.°. S.°. des Arts réunis et de la Persévérance couronnée, Hédiard et Goudy

Le président du conseil philosophique, Dieutie

Par mandements des ateliers réunis et de l’Orient de Rouen, le secrétaire Jules Godefroy.

 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 10:36

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Cinquième partie)

 

POURQUOI LA CHUTE DE ROBESPIERRE ?

La symphonie continue, après l’élimination d’une fausse note.

Mort de Danton : Robespierre fut, en cette occasion, comme en tant d’autres, le porte-parole, l’agent d’exécution de la bourgeoisie révolutionnaire.

Les hommes des Comités, d’accord avec Robespierre sur le but général à atteindre, ne l’étaient pas avec lui sur les moyens. Robespierre voulait asseoir sa tentative de stabilisation sur deux piliers : d’une part, la restauration officielle de la religion, l’institution d’un culte d’Etat ; d’autre part, la recherche du compromis « honorable » avec l’ennemi du dehors.

La bourgeoise révolutionnaire voulait elle aussi rétablir l’ordre, mais par d’autres moyens. Elle ne fut d’accord avec Robespierre ni sur le culte de l’Etre suprême, ni sur la conduite de la guerre.

Le culte de l’Etre suprême rassurait l’Europe. Il était tourné à la fois contre les prêtres, contre l’Eglise et contre les déchristianisateurs.

Le culte de l’Etre suprême préfigure le Concordat de Napoléon Bonaparte.

Dans la Convention, les Montagnards robespierristes détiennent désormais tous les pouvoirs.

L’élan révolutionnaire est désormais contrôlé par le Comité de salut public, qui rappelle les représentants en mission trop indépendants, encadre les sections sans-culottes, supprime les tribunaux révolutionnaires extraordinaires des armées au profit du Tribunal de Paris.

Les sans-culottes sont associés au pouvoir, mais leurs exigences de contrôle des salaires et des prix sont abandonnées. La vision politique d’une Révolution morale, exigeante, utopique tente de s’imposer. Le décret du 7 mai 1794, qui stipule l’existence d’un Etre suprême, pour lequel une fête est instaurée, et l’immortalité de l’âme, en est l’exemple le plus éclatant. L’athéisme et la vague antireligieuse doivent faire place à une pédagogie civique.

L’école propose aux enfants des faits d’arme les plus récents, et les patriotes héroïques comme Joseph Agricol Viala – célébré par Chénier dans le Chant du départ – remplaçant les « martyrs de la Révolution » -- Marat, Chalier, Le Peletier – glorifiés par les sans-culottes.

L’idéal d’une organisation collective régie par l’égalité et la vertu est au cœur d’innombrables discours, qui touchent tous les domaines de la vie nationale.

Robespierre, entouré de Saint-Just et de Couthon, exerce véritablement le magistère national, même si d’autres personnalités, compétentes dans certains domaines (comme Carnot à la guerre), jouent un rôle important dans le Comité de salut public.

Dans cette révolution dans la Révolution, la tentation de la dictature est grande, pour établir par la violence le bonheur collectif à venir.

La Grande Terreur est instaurée par la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794). Les coupables de « défaitisme et de dilapidation », qui sont appelés « ennemis du peuple », sont désormais justiciables du Tribunal révolutionnaire. Edictée à la suite de tentatives d’assassinat sur des membres du Comité de salut, dont Robespierre, cette loi témoigne avant tout d’une volonté moraliste radicale.

Mais les rivalités internes aux groupes dirigeants ne cessent de croître. Les membres du Comité de sûreté générale, qui cherchent à rogner les attributions de leurs collègues – et rivaux – du Comité de salut public, trouvent de nouvelles raisons de s’opposer à Robespierre, en particulier lorsque celui-ci préside la fête de l’Etre suprême (8 juin 1794), cérémonie grandiose dans laquelle beaucoup de révolutionnaires voient un retour à une religion d’Etat. Le courant hostile se développe d’une manière diffuse dans la Convention et les Comités de gouvernement.

Au cours de l’été 1794, des rumeurs prêtent des intentions monarchiques à Robespierre ; elles insistent sur sa volonté de restaurer la religion et sur sa complicité avec une illuminée, Catherine Théot, qui se proclame « mère de Dieu ». Son absence temporaire de la Convention, en juillet – fatigue, écœurement ? --, si elle renforce les craintes des députés, qui redoutent d’être victimes de la Terreur, permet les manœuvres politiciennes des opposants, qui s’entendent pour faire chuter « l’Incorruptible ». Le 8 thermidor an II (26 juillet), dans un grand discours programmatique, Robespierre, revenant à la Convention, annonce de nouvelles mesures répressives contre des « conspirateurs », qu’il ne nomme pas. Le lendemain, 9 thermidor, les députés mettent Robespierre en minorité, décrètent son arrestation et celle de ses amis. Arrêté, puis libéré, Robespierre est repris et exécuté avec ses partisans le 10 thermidor (28 juillet 1794).

Le 9 Thermidor (27 juillet 1794), Robespierre fut renversé et ce jour inaugure une période de réaction qui débouche sur le premier Empire.

Il convient d’observer le 9 Thermidor dans la suite des diverses ruptures ou péripéties qui ont précédé ou suivi : Girondins, Brissotins, Hébertistes, Dantonistes, …Après les Robespierristes, les Babouvistes ?...

Le mot du conventionnel Baudot dans ses Notes historiques : « Dans la lutte du 9 thermidor, il ne fut pas question de principes, mais de tuer. La mort de Robespierre était devenue une nécessité. En cas de succès de son côté, je suis persuadé qu’il aurait peu tardé à être mis à mort au milieu des conflits d’une guerre civile. »

Pourtant la mort de Robespierre est un tournant majeur de la séquence révolutionnaire.

Le 9 thermidor ne signe ni la fin de la Montagne, ni celle du gouvernement révolutionnaire : un an encore, la révolution continue, avant de s’achever par une stabilisation qui renie en partie 1789 lorsque la convention, effrayée par la puissance des mots, gomme de sa déclaration des droits et des devoirs toute référence aux « droits naturels et imprescriptibles de l’homme. »

L’ancien conventionnel Levasseur (de la Sarthe) s’exprime ainsi dans ses Mémoires, trente-cinq ans après les événements : « La révolution perdit la vigueur de la jeunesse. Affaiblie par ses dissensions, la Montagne n’avait plus une majorité bien forte dans le sein de la Convention et encore cette majorité était-elle fractionnée en un grand nombre d’opinions qui toutes avaient à pleurer des victimes (…). Le gouvernement révolutionnaire (…) n’était fort qu’à cause des haines qui séparaient sans retour les amis de Danton des anciens partisans d’Hébert, et la Montagne des débris de la Gironde. »

L’attaque de thermidor vient des rangs de la Montagne, « gauche » de la première assemblée élue au suffrage universel.

Le 11 messidor une querelle survient au comité de salut public. Lorsque Levasseur (de la Sarthe) témoigne en fructidor en faveur des membres des comités contre Le Cointre, il déclare : « Je fus au comité de salut public, j’y fus témoin que ceux qu’on accuse aujourd’hui traitèrent Robespierre de dictateur. Robespierre se mit dans une fureur incroyable ; les autres membres du comité le regardèrent avec mépris. Saint-Just sortit avec lui. » Robespierre porta la contre-attaque aux Jacobins, le 13 messidor (1° juillet).

Les hostilités étaient donc ouvertes au comité de salut public et Robespierre attisait le feu en cessant de paraître aux séances. Le 8 thermidor, il déclare : « Depuis plus de six semaines, la nature et la force de la calomnie, l’impuissance de faire le bien et d’arrêter le mal, m’ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de membre du comité de salut public. »

Une difficulté pour comprendre la dernière séance de la convention à laquelle participe Robespierre, est que le Procès-Verbal officiel a été rédigé, non pas en l’an II, mais plus d’un an plus tard, en exécution d’une loi de brumaire an IV (octobre 1795).

Le déroulement des faits : Une coalition se forme contre Robespierre :

  • Lors de la séance du 7 thermidor, Barère présente un Rapport « tendant à éclairer les bons citoyens sur les circonstances actuelles, en présentant au peuple français un état comparatif de notre situation à l’époque du 31 mai 1793, et de notre situation le 7 thermidor ».
  • Le 8 thermidor, Robespierre entame son long discours « testament » par : « Que d’autres vous tracent des tableaux flatteurs ; je viens vous dire des vérités utiles. (…) On vous parle beaucoup de vos victoires avec une légèreté académique. » La conclusion revêt un caractère suicidaire : « Il existe une conspiration contre la liberté publique », une « coalition qui intrigue au sein même de la Convention », elle est dans le comité de sûreté générale, et « des membres du comité de salut public entrent dans ce complot ». « Quel est le remède à ce mal ? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de sûreté générale, épurer ce comité lui-même, et le subordonner au comité de salut public, épurer le comité de salut public lui-même, constituer l’unité du gouvernement sous l’autorité suprême de la convention nationale qui est le centre et le juge ».
  • La crise est engagée. Les accusés accusent le dénonciateur. Ainsi Cambon : « Il est temps de dire la vérité tout entière : un seul homme paralysait la volonté de la convention nationale ; cet homme est celui qui vient de faire le discours, c’est Robespierre ; ainsi jugez. »
  • La séance du club des Jacobins, le 8 au soir rompt les fils entre Robespierre et Couthon, d’une part, Billot-Varenne et Collot d’Herbois, d’autre part. Robespierre fait lecture de son discours prononcé à la convention dans l’après-midi ; il est accueilli par les applaudissements des tribunes. Puis il déclare : « Frères et amis, c’est mon testament de mort que vous venez d’entendre. (…) Héros du 31 mai, et toi surtout brave Hanriot, avez-vous oublié le chemin de la convention ? (…) Si vous m’abandonnez, vous verrez avec quel calme je sais boire la ciguë. »
  • Le 9 thermidor, an II (dimanche 27 juillet 1794), midi : Saint-Just commence le discours qui sera imprimé le 30 thermidor (17 août 1794). Il est interrompu par Tallien, puis Billaud. Robespierre s’élance à la tribune mais ce cri retentit : « A bas le tyran ! ».  Vers deux heures, Louis Louchet, député montagnard de l’Aveyron, propose enfin l’arrestation.
  • Le mouvement insurrectionnel de la Commune de Paris échoue.

Dans les jours suivants, on amalgame robespierrisme, terrorisme et Robespierre-roi.

La première république est la lutte de la bourgeoisie et du peuple contre la noblesse. L’Empire est le sacrifice du peuple armé au dehors et la domination de la bourgeoisie au-dedans. La Restauration est la tentative de restauration nobiliaire sous les Bourbons de la branche aînée. 1830 est le triomphe et le règne de la bourgeoisie.

L’une des raisons de la chute de Robespierre est, par exemple, le Cercle social, organisation fondée pendant les premières années de la révolution de 1789, de 1790 à l’an VIII qui a compté près de 8000 membres. Un des principaux idéologues du Cercle social fur Claude Fauchet qui demandait que la terre fut distribuée en parcelles égales, que la grande propriété fut limitée et que tous les bourgeois fussent mis au travail. Un des chefs du mouvement des enragés, Jacques Roux, alla beaucoup plus loin encore.

Les milliers d’auditeurs de l’abbé Fauchet, orateur du club radical du Cercle social, apprenaient de lui que tout homme avait droit, pour vivre, à la propriété de la terre.

Eté 1794 : le règne de la Terreur était arrivé et n’importe qui en France pouvait être arrêté la nuit, jugé à midi et guillotiné à quatre heures, sans même avoir pu ouvrir la bouche. Les députés n’osaient plus coucher dans leur lit ; se glissaient dans les immeubles à deux étages, pour dépister les espions. Barras, dans ses Mémoires, raconte qu’un député, ivre de fatigue, se tenait à sa place, le front appuyé sur sa main. Soudain, on le voit bondir sur son siège, comme piqué par un scorpion. Simplement parce que Robespierre l’a dévisagé. Tremblant, décomposé, il se tourne vers un de ses collègues et balbutie : « Il va se figurer que je pense à quelque chose ! ».

La victoire de Fleurus, le 26 juin, rendait la Terreur moins indispensable comme moyen gouvernemental d’exception.

Robespierre songe à épurer quelques députés, dont Fouché, qu’il fit chasser des jacobins, et qui commença à conspirer contre lui.

La Plaine, en échange de son appui, demande la fin de la politique de répression.

Des divisions étaient intervenues au sein de l’équipe dirigeante, division au sein du Comité de salut public entre :

  • Les administratifs : Lindet, Carnot, Prieur de la Côte d’Or ;
  • Les idéologues : Robespierre, Couthon, Saint-Just.

La dictature jacobine était devenue largement indépendante du mouvement populaire qui avait contribué à son établissement.

Pendant une certaine période, de 1789 à novembre 1793, Robespierre a su jouer un rôle de médiateur entre bourgeois et bras nus, qui l’a porté et en a fait une personnalité de pointe de la révolution française.

Mais quand il a fallu choisir son camp, il a rompu avec les enragés et les sans-culottes, se tournant contre les intérêts de ceux-ci. Il n’avait donc plus le soutien de cette partie du tiers-état.

Cependant, il allait trop loin par rapport aux intérêts immédiats de la classe bourgeoise, et son rôle antérieur inspirait la peur à beaucoup. En conséquence, il avait joué son rôle historique, et la bourgeoisie n’avait plus besoin de lui. Il pouvait donc disparaître, assumant les excès de la Terreur.

Aujourd’hui, la bourgeoisie règle les antagonismes en son sein, de manière pacifique, en ayant recours à la voie parlementaire et aux élections, pour choisir la fraction chargée temporairement de défendre ses intérêts au gouvernement.

Pendant la révolution, ce choix était fait en ayant recours à la guillotine !

Contre Jean-Jacques Rousseau qui la tenait pour nécessaire, Robespierre a combattu la peine de mort en matière pénale. A l’opposé des théoriciens de la démocratie politique qui la jugeait irréalisable dans un grand Etat, il a admis la possibilité d’une démocratie (en partie) représentative.

Hostile à la loi agraire des partageux, il n’hésita pas cependant à désacraliser la propriété privée au profit d’un solidarisme social, aussi éloigné de l’utopie communautariste d’un Morelly que du dogme libéral des Girondins, lequel faisait la part belle aux riches et aux puissants. Selon le mot de Jaurès, la révolution était indissociablement bourgeoise et populaire.

L’après 9 thermidor :

C’est d’abord l’élaboration du discours officiel. Dès le 9 thermidor, Collot d’Herbois donne le ton : « Voyez, citoyens, les hordes fugitives de vos ennemis, voyez leurs armées consternées se répandre au loin ; leur dernière ressource était la guerre civile au sein de la convention, afin de nous forcer d’accepter un tyran. Mais tous les Français périront avant de transiger avec la tyrannie. Jamais, non, jamais le peuple français n’aura de tyran. » Collot dévoile ainsi un ultime « complot de l’étranger » dont la convention, une fois encore appuyée sur le peuple français, doit triompher.

Il revient ensuite à Barère d’en parachever la version en deux Rapports : Le 10 thermidor, avant même l’exécution des 22 condamnés, Barère livre, au nom des comités de salut public et de sûreté générale, un « rapport relatif aux détails de la conspiration de Robespierre et de ses complices ».  Barère reproduit la fable du sceau à fleur de lys trouvé à la Maison-Commune et celle de la visite au Temple. Il reprend l’accusation lancée contre Danton : le nouveau tyran voulait s’ériger en « dominateur de l’opinion publique », en idole.

Va se répandre la fable de Robespierre-roi : Robespierre voulait régner et, pourquoi ne pas épouser « la fille Capet ». De ces textes qui véhiculent la fable dans les départements, on peut retenir :

  • La Relation de l’événement par le conventionnel Roux (de la Marne) ;
  • Les Faits recueillis aux derniers instants de Robespierre et de sa faction où se retrouvent les quolibets lancés dans l’anti-salle du comité de salut public : « Sire, votre Majesté souffre », « Ne v’là-t-il pas un beau roi ? », etc. ;
  • Le parallèle Capet et Robespierre rédigé par Merlin (de Thionville) ;
  • Sans compter les Vies secrètes qui se multiplient alors.

 

Le prestige de Robespierre avait été tel que pour le détruire, il fallait jeter sur sa mémoire beaucoup de boue.

Après le 9 Thermidor, un ministre prussien à Cologne, dira dans une dépêche à son souverain :

« Je reçois à l’instant la nouvelle de la chute et de l’arrestation de Robespierre et de ses principaux partisans. […] La principale accusation portée contre lui est d’avoir entrepris des pourparlers secrets avec une des puissances belligérantes en vue de la conclusion de la paix. »

Saint-Just : « Je demande qu’il {Robespierre] soit investi de la dictature, et que les deux Comités réunis en fassent dès demain la proposition à la Convention. »

Prieur : « Saint-Just proposa aux Comités de faire gouverner la France par des réputations patriotiques en attendant qu’il y eût des institutions républicaines. »

Saint-Just dans « Fragments d’Institutions républicaines » :

« Il faut dans toute Révolution un dictateur pour sauver l’Etat par la force, ou des censeurs pour le sauver par la vertu. »

La responsabilité de la liquidation d’Hébert et de Danton, les Carnot, les Barère, les Cambon la portaient tout autant que Robespierre. Mais ils réussirent à exploiter contre lui seul les rancœurs des survivants des deux factions.

Autres ennemis de Robespierre : Les représentants en mission comme Tallien (dantoniste, vénal), Carrier, Javogues (Hébertistes, coupables d’ « excès »), Fouché (hébertiste, puis modérantiste).

Robespierre a engagé la bataille sur le seul plan parlementaire. Il tempéra l’ardeur de ses partisans, les détournant de l’action de rue. Robespierre est légaliste. Il croit à la fiction de la Convention souveraine. Il a toujours enseigné le respect de la Convention, seule expression de la souveraineté populaire.

Etre mis hors la loi, c’était la fin de tout pour ces hommes qui toujours avaient prêché la soumission à la loi, habitué leurs partisans à leur obéir. Si définitivement la loi les rejetait, si la sacro-sainte Convention les reniait, ils n’étaient plus rien.

Facteurs objectifs : la bourgeoisie ne voulait plus de Robespierre, les faubourgs n’étaient plus disposés à soutenir Robespierre, Robespierre ne voulait plus s’appuyer sur les faubourgs.

Les sans-culottes ne marchent pas. Quoi ! Prendre les armes pour sauver l’homme qui avait désarmé la Révolution, l’hébertisme, domestiqué la Commune, dispersé les sociétés populaires des sections ? Se battre pour l’homme sous le règne duquel le maximum avait été « assoupli », la vie rendue plus chère, la hausse des salaires ouvriers contenue, les grèves brutalement réprimées !

 

LA REACTION :

La bourgeoisie n’avait jamais été capable d’intervenir dans la rue elle-même. Il lui fallait des hommes de main. Contre les aristocrates, elle avait dû recourir aux bras nus. Contre les bras nus, elle utilisa les jeunesses dorées royalistes. Elle fit appel aux gourdins des muscadins pour disperser les sociétés populaires.

Dans les jours qui suivent la chute de Robespierre, les clubs jacobins du reste du pays envoient des témoignages de satisfaction à l’annonce de la chute du « tyran ». Une légende noire naît, qui décrit Robespierre comme un révolutionnaire rêvant de guillotiner la France entière et d’accaparer tous les pouvoirs. Pendant les années qui suivent, le 9 thermidor devient une fête nationale.

La Convention « thermidorienne », épurée des Montagnards robespierristes, va régler ses comptes et tenter de sortir de la Terreur. La chasse aux « buveurs de sang » est ouverte. On mêle ainsi, dans une condamnation générale et imprécise, extrémistes sans-culottes et Montagnards. Certains révolutionnaires vont payer pour que Thermidor donne l’image d’une rupture.

Partout en France, la réaction contre les sans-culottes est vive. A Paris, la Convention refuse toutes leurs demandes sociales, et réprime brutalement leurs manifestations en avril et mai 1795, alors que les conditions économiques sont particulièrement difficiles. La vallée du Rhône est le lieu d’innombrables règlements de comptes que les autorités politiques laissent commettre par la « jeunesse dorée » des « muscadins » (ainsi nommés parce que le parfum du musc et celui de la muscade faisaient alors fureur) contre les sans-culottes. Ces derniers sont rassemblés et exécutés au cours d’une Contre-terreur, ou « Terreur blanche », qui touche des dizaines d’hommes à Aix, à Marseille et plus tard à Toulon, et plus d’une centaine à Lyon, en mai 1795.

Les députés thermidoriens, qui se réclament des idées de 1789, paraissent ainsi avoir triomphé de la gauche – les sans-culottes – comme de la droite – les royalistes --, et être en mesure de terminer la Révolution bourgeoise.

 

La France ne fut pas si aisément déjacobinisée et rien ne fut vraiment acquis avant la défaite des sans-culottes parisiens, l’élimination des terroristes, --évincés, désarmés, condamnés, voire victimes des massacres de la Terreur blanche en certains départements – et l’épuration de la convention en germinal-prairial an III par arrestation, déportation ou condamnation à mort de 65 députés montagnards.  Ce fut aussi la fermeture du club des Jacobins et la fin des réseaux des sociétés populaires. La convention décide de punir Carrier et de rappeler les Girondins qui avaient protesté contre le 2 juin 1793. Abrogeant le maximum général, le 4 nivôse an III (24 décembre 1794), la convention choisit la liberté du commerce contre le droit à l’existence. Enfin, après le coup d’Etat parlementaire de messidor-fructidor an III, au mépris du référendum de 1793, l’Assemblée adopte une nouvelle constitution.

En ce sens, l’été 1795 – et non juillet 1794 – marque la véritable césure, la fin de la révolution et, dans une certaine mesure, sa négation.

Insensiblement, Robespierre est passé de la méfiance envers les ennemis de la patrie à un fanatisme qui se défie de tous, son idéal de pureté et de vertu dévie vers l’intolérance et le sectarisme.

Robespierre, à la fin, ne supporte plus la contestation de ses idées, et son incorruptibilité évidente vire à une intransigeance qui deviendra de plus en plus impitoyable.

Son dernier discours : il est incantatoire. Robespierre est seul. Il parle de « fripons, », « calomniateurs », « contre-révolutionnaires », « criminels », « comploteurs », « aristocrates », tandis que lui-même se pare de vertu et de raison. A ses yeux, il est le seul qui détienne la vérité. Mystique révolutionnaire, voulant changer l’homme et le monde, il se prononce pour la révolution permanente.

Il est seul. Il se réclame du peuple, mais n’est plus en phase avec lui. Celui-ci est lassé de la Terreur, des victimes, qui ne cessent d’augmenter et qui sont pour la plupart de sa classe sociale, il vit une crise économique grave, il connaît plus ou moins la famine.

« Vive le Tiers Etat ! ». Le cri est aussi bien lancé par le bourgeois aisé, lecteur de Sieyès, que par le sans-culotte. Ce cri n’a certes pas le même contenu d’une bouche à l’autre.

Bonaparte pourra dire : « La Révolution est close, ses principes sont fixés dans ma personne. »

En la personne de Napoléon, la bourgeoisie libérale trouva encore une fois dressée contre elle la terreur ; sous les traits des Bourbons, de la restauration, elle trouva encore une fois en face d’elle la contre-révolution. C’est en 1830 qu’elle finit par réaliser ses désirs de 1789.

Le monde créé par la révolution française est celui dépeint par Balzac, dans sa Comédie humaine.

Contre l’arbitraire de l’Ancien Régime, la Révolution fut une œuvre de raison.

Ainsi, s’il y eut 391 personnes décapitées à Arras, c’est œuvre rationnelle : cela a permis sans doute d’éviter plus de morts (en cas de victoire des contre-révolutionnaires ou des émigrés).

La révolution de 1789 est le passage d’un monde ancien, marqué par la domination de l’agriculture, à celui de la « révolution industrielle ».

La révolution n’est pas terminée. Elle hante les esprits des hommes qui, ou bien l’exècrent (l’abbé Barruel), ou bien l’admirent.

Créer un musée à Arras, afin d’honorer l’enfant du pays qu’est Maximilien de Robespierre, ce serait une excellente chose ; mais encore faudra-t-il exposer de façon scientifique, le double aspect du personnage :

  • Un bourgeois révolutionnaire qui, de 1789 à 1793, a contribué à détruire le féodalisme et à instaurer un régime bourgeois ;
  • Le réactionnaire qui, de novembre 1793 à sa mort en 1794, a contribué à maintenir en servitude les classes laborieuses, bras nus hier, ouvriers et paysans aujourd’hui ?

Donc :

  • Salle blanche : Le rôle révolutionnaire de la bourgeoisie (et de Robespierre)
  • Salle noire : Le rôle réactionnaire de la bourgeoisie (et de Robespierre) contre les « bras nus ».

Robespierre, pour ma part, mérite une majorité de boules blanches : ses qualités furent énormes pour mettre en place un nouveau système, plus propre au développement de l’humanité.

Les limites de ce système reposent sur les conditions historiques objectives, et il ne pouvait pas aller plus loin et sortir du cadre qui lui était imposé. En conséquence, il ne pouvait créer qu’un système capitaliste et bourgeois, qui est celui du XIX° siècle. C’est à nous de poursuivre l’œuvre, si nous voulons aller plus loin.

Un révolutionnaire qui avait 20 ans en 1789 (Age de Napoléon 1°, né en 1769), a 30 ans en 1799, 45 ans en 1814, 61 ans en 1830 et 79 ans en 1848, date de la seconde République.

La bourgeoisie, quand elle a combattu le féodalisme, pour renforcer le capitalisme, n’a jamais triomphé en une seule nuit, ou en une seule bataille.

La Révolution a contribué à implanter la nation, l’Etat, la propriété, la famille, l’éducation,… bourgeoises.

Les frères et sœurs qui invoquent la république en fin de tenue devraient préciser de quelle république ils parlent. En effet :

  • La première république a régressé de façon réactionnaire après le 9 Thermidor, voyant l’instauration du Directoire, de la dictature napoléonienne, puis la Restauration ;
  • La seconde république de 1848 a fait tirer sur le peuple, conduisant à la victoire du plébiscite en faveur de Napoléon III ;
  • La naissance de la troisième république est née sur l’extermination de la Commune de Paris en 1871 (30 000 morts) ;
  • Les quatrième et cinquième républiques ont vu le développement des guerres coloniales (Indochine, Algérie,…) et la trahison du parti communiste français.

Il s’agit donc là de républiques bourgeoises. Les seules républiques ayant tenté d’instaurer des valeurs de fraternité et d’égalité sont les tentatives de 1792 à 1794 et de la Commune de Paris en 1871 !

Ma conclusion est donc mitigée : Historiquement, il ne pouvait en, être différemment. Oui, Robespierre a été un grand révolutionnaire, et il mérite beaucoup de respect. Cinq boules blanches. Mais cela a été un révolutionnaire bourgeois. Une boule noire. Et donc son œuvre doit être continuée et approfondie contre l’oppression politique, religieuse et militaire.

 

Concernant la plupart des francs-maçons (et des francs-maçonnes) du XVIII° siècle, leur origine sociologique est incontestablement la noblesse, le clergé et une partie de la haute-bourgeoisie. Cette maçonnerie n’a rien à voir ave la maçonnerie du milieu du XIX° siècle, qui est plutôt d’origine petite-bourgeoise. Sans aucun doute, la maçonnerie n’aurait pas accepté de côtoyer dans les mêmes loges ce public-là. C’est sans doute par réaction aux grands bourgeois, dont notamment les bourgeois de robe, ou les intellectuels, qu’ont été créés la « hauts-grades », dont les grades de chevalerie : un des objectifs cachés était de mettre une certaine distance entre la noblesse de sang et ce nouveau public dans les loges.

Néanmoins, comme beaucoup de mouvements révolutionnaires, ce sont les nantis qui ont amorcé le mouvement : par exemple les partisans d’une monarchie « éclairée », constitutionnelle, à l’image de celle que l’on supposait avoir été mise en œuvre en Angleterre. Ou bien encore certains nobles ayant combattu dans le cadre de la Révolution américaine, pour instaurer une société plus libérale. C’est donc notamment parmi une partie de la noblesse qui fréquente les loges maçonniques que l’on trouve les partisans de la R évolution française qui ont amorcé le mouvement, ensuite rapidement repris en main, et aussi amplement amplifié par la petite-bourgeoisie de province, tel Robespierre et Saint-Just, encore poussé plus loin par les « bras nus », poussé jusqu’à un point où les représentants de la classe bourgeoise ne voulaient pas aller : ceux-ci ont alors stoppé avec brusquerie le mouvement.

 

PARRALELE ENTRE LA SITUATION D’AVANT 1789 ET LA SITUATION D’AUJOURD’HUI :

  • Avant 1789 : La noblesse accepte de fréquenter la bourgeoisie dans les salons, mais elle la rejette de la direction de la cité et entend se réserver les meilleures places.
  • Aujourd’hui : La bourgeoisie gère la cité et rejette le peuple.

 

  • Avant 1789 : La crise intervient dans un pays qui, depuis un demi-siècle, s’est enrichi.
  • Aujourd’hui : après les 30 Glorieuses, la bourgeoisie a continué de s’enrichir, alors que le peuple connaît les 50 Piteuses.

 

  • Avant 1789 : La noblesse ne pouvait plus diriger, et la bourgeoisie avait le pouvoir réel, le pouvoir économique.
  • Aujourd’hui : La partie gauche et la partie droite de la bourgeoisie dominante jouent le rôle de l’alternance parlementaire, afin d’éviter l’expression de la démocratie directe. Le socialisme et la dictature du prolétariat n’a jamais été essayée, sauf pendant soixante douze jours lors de la Commune de Paris en 1871 : pourquoi ne pas essayer ?

 

Nécessité de la dictature sur les privilégiés, très minoritaires (1 % de la population) tout comme Robespierre a exercé une dictature sur la noblesse (300 000 personnes pour une population totale de 28 millions d’habitants). .

 

Quelque part, pour son époque, Robespierre a voulu réaliser l’idéal maçonnique dans la société du XVIII° siècle :

  • Contre la peine de mort, du point de vue social (crime,…) mais pour la peine de mort du point de vue politique ;
  • Dictature de la majorité sur la minorité, mais démocratie directe pour la majorité ;
  • La minorité de l’époque : les nobles. La minorité est opposée au changement. Puissance de l’ancien par rapport au nouveau ; Risques intérieurs et extérieurs ; nécessité de la Terreur pour consolider le nouveau. Marat : 300 000 sur 28 millions d’habitants.
  • Quelle mort ? La gorge tranchée.

 

Droit à l’existence : au-dessus des lois, au-dessus du droit de propriété. Aujourd’hui : ceux qui ont faim, ceux qui meurent de froid, parce que pas de logement.

 

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 08:50

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Quatrième partie)

 

MATERIALISME ET IDEALISME :

De cette conception de L’Etre suprême de Robespierre, résulte la double conception suivante, qui vise à maintenir la religion, tout en permettant la possibilité de la science :

  • Du point de vue de sa pratique, le savant est résolument matérialiste et athée (la raison seule, déterminisme, méthode expérimentale, observation et expérimentation,…)
  • Du point de vue de sa vie privée, le savant peut croire en une religion (la foi, Dieu, la création,…)

Cette conception du monde repose sur le cartésianisme (métaphysique idéaliste chrétienne, physique matérialiste athée), et la conception déiste de Voltaire : « Si Dieu n’existe pas, il faut l’inventer », car c’est une conception utile pour contenir les velléités de libération du peuple.

A la différence que Robespierre instaure une religion d’Etat. Ce sera un obstacle à la mise en œuvre du principe de laïcité, qui devra attendre 1905. A cette conception s’oppose la conception résolument matérialiste et athée des déchristianisateurs, des enragés, puis de Babeuf.

On a chez Rousseau (Profession de foi du vicaire savoyard) la base du culte de l’Etre suprême, un dieu statique réfutant les tendances religieuses, au nom du pur individualisme.

Ce culte de l’Etre suprême sera la base idéologique et culturelle de l’Etat bourgeois français, né de la révolution bourgeoise de 1789.

 

LA LUTTE CONTRE LES « BRAS NUS »

Robespierre et son groupe ont-ils été incapables de dresser un programme social cohérent ?

« Citoyens, déclarait Billaud le 1° floréal, nous avons promis d’honorer le malheur, il sera bien plus beau de le faire disparaître. ». Tel était déjà le projet social qu’annonçait Saint-Just le 8 ventôse dans son Rapport « Sur les personnes incarcérées » : « Abolissez la mendicité qui déshonore un état libre. », et le 13 ventôse, il lançait la proposition « d’indemniser tous les malheureux avec les biens des ennemis de la révolution. » En ce sens, le décret du 22 floréal complète le maximum général décrété en septembre 1793. Selon Saint-Just il s’agit de rallier les patriotes indigents pour lesquels on n’a encore rien fait, de montrer que le bonheur, « idée neuve en Europe », n’est pas une idée creuse. Ayant pour objectif, comme les décrets de ventôse, de « faire tourner la révolution au profit de ceux qui la soutiennent », elle inaugure aussi un nouveau lien social. Elle réalise les promesses de la Déclaration des droits, et fit des secours publics une « dette » de la société.

 

LA LUTTE CONTRE LES REPRESENTANTS DES BRAS NUS :

Selon Victor Hugo, dans les Reliquats de Quatre-vingt-Treize, « Le peuple qui suivait Robespierre, c’était le peuple, le peuple qui suivait Danton, c’était la nation […] Le peuple qui suivait Marat, c’était la populace. »

La lutte contre les bras nus a pour objectif d’asseoir la domination de la bourgeoisie.

Fondamentalement conservatrice, la première révolution n’avait ni allégé l’impôt, ni détruit le féodalisme. Elle avait, en revanche, coïncidé avec une paupérisation accrue des masses et un schisme religieux.

La Convention, au nom de la défense de la révolution, s’engagea de plus en plus dans la voie de l’extrémisme. Autour de Robespierre, certains commençaient à mettre en cause le libéralisme économique.

Grâce à l’appui ambigu des sans-culottes, les jacobins réussirent à imposer leur dictature.

Les bras nus se dressaient contre la révolution. Ils protestaient contre une révolution inachevée.

Les 730 élus de la Convention firent cependant une politique économique favorable à la propriété privée et à la liberté du commerce des grains, hostile aux émeutes de subsistances et aux troubles agraires. Aucun conventionnel, même à l’extrême gauche, ne s’identifia jamais aux aspirations populaires sur ce point.

La Commune de Paris : les militants parisiens obtinrent le 5 avril, un impôt forcé sur les riches, destiné à financer le pain des pauvres.

A  partir de novembre 1793, Robespierre va se poser sous un aspect nouveau, « en guillotinant l’anarchie ». C’est ainsi qu’il appelait les premiers socialistes, Jacques Roux, etc. Au cœur de Paris même, dans les noires et profondes rues ouvrières (les Arcis, Saint Michel) fermentait le socialisme, une révolution sous la révolution. Robespierre s’alarma, frappa, et se perdit…Dès cette heure, il était perdu.

Les enragés, les hébertistes et les babouvistes tentèrent de dépasser le cadre de la révolution bourgeoise. De 1789 à 1794, la révolution a progressé par bonds successifs. Ensuite, la bourgeoisie a empêché les sans-culottes de pousser plus loin.

Fin novembre 1793, puis le 9 thermidor (27 juillet) 1794 sont les points où la révolution atteint son apogée, et où le reflux commence.

Karl Marx : « La théorie devient une force matérielle lorsqu’elle s’empare des masses. » (Critique de la philosophie du droit de Hegel).

Karl Marx : « Des idées ne peuvent jamais mener au-delà d’un ancien état du monde, elles ne peuvent jamais que mener au-delà des idées de l’ancien état de choses. Généralement parlant, des idées ne peuvent rien mener à bonne fin. Pour mener à bonne fin des idées, il faut des hommes qui mettent en jeu une force pratique. » (La Sainte Famille)

Dans les fracas de l’écroulement d’une vieille société, en même temps qu’il faut se battre aux frontières, la contre-révolution est là, partout, avec ses traîtres avoués, issus de l’ancien règne des rois et des prêtres, ou cachés en faux révolutionnaires qui ont peur d’être entraînés au-delà de leurs intérêts nés de la révolution.

Ce qui distingue l’avant-garde des sans-culottes des Robespierristes et des Jacobins, c’est déjà une notion de classe, diffuse, certes, et que pour eux les mesures révolutionnaires ne sont pas de circonstance.

 

Hébert et les hébertistes :

Plébéiens : par plébéiens, j’entends des hommes issus du peuple ou proche du peuple, mais déjà élevés au-dessus du peuple, différenciés de celui-ci, et ayant, par conséquent, des intérêts particuliers distincts des siens. Qu’ils fussent d’origine populaire, comme Chaumette et Rossignol, où qu’ils fussent des bourgeois déclassés comme Hébert et Ronsin, ils n’étaient pas les interprètes directs et authentiques des bras nus.

Les mots d’ordre du mouvement « exagéré », en partie repris de ceux de Jacques Roux et des Enragés sont : répression contre les accapareurs, taxes sur les « riches », création d’armées révolutionnaires, etc. Mis en cause pour ses positions « extrémistes », et pour son soutien à la déchristianisation, Hébert est attaqué par les « Indulgents », mais aussi par Robespierre.  En ventôses an II, les Cordeliers dénoncent les « endormeurs » du Comité de salut public et en appellent à une nouvelle insurrection. Le 23 ventôse (13 mars 1794), Hébert et ses amis (Ronsin, Momoro, Vincent, etc.) sont arrêtés. Condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire, ils sont guillotinés le 4 germinal (24 mars), quelques jours avant les Indulgents. Avec ce « drame de germinal », le gouvernement révolutionnaire se coupe d’une partie de son soutien révolutionnaire.

Pour contenir les bras-nus, il fallait d’abord écraser l’hébertisme. Mais avant de frapper les hébertistes, il fallait, par une habile démagogie, les dissocier des masses.

Saint-Just : « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. La Révolution nous conduit à reconnaître ce principe que celui qui s’est montré l’ennemi de son pays n’y peut être propriétaire. […] Les propriétés des patriotes sont sacrées, mais les biens des conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les malheureux sont les puissances de la terre. Le gouvernement repose sur la liberté, l’état civil sur l’aristocratie. […] Pouvez-vous rester loin du peuple, votre unique ami ? […] Osez ! Ce mot renferme toute la politique de notre révolution. […] Ne souffrez point qu’il y ait un malheureux ni un pauvre dans l’Etat. »

Hébert était partagé entre deux sentiments contraires : d’une part, la crainte (crainte du mouvement des masses, crainte de la répression gouvernementale) ; d’autre part, l’envie qu’il avait d’entrer au ministère de l’Intérieur, et d’y remplacer Paré, qui, protégé par Danton et Robespierre, lui avait soufflé ce portefeuille l’été précédent.

Ecartelé entre la bourgeoisie et l’avant-garde populaire, Hébert n’avait eu que des velléités d’action, stimulées par l’ambition, refoulées par la peur.

La bourgeoisie montagnarde hésita. La guerre n’était pas finie et, dans une certaine mesure, elle avait encore besoin de ménager les sans-culottes.

Dans la nuit du 13 au 14 mars, Hébert et ses partisans se laissèrent prendre sans avoir tenté un geste de résistance. Le 24 mars (Hébert et 21 partisans guillotinés) sonna le glas de la démocratie populaire.

La bourgeoisie écrasa, à travers l’hébertisme, l’embryon de la démocratie populaire qui, tout au long de la Révolution, l’avait fait trembler.

Couthon, avec sa mauvaise foi coutumière, prononça : « Quarante-huit sociétés populaires dans Paris formaient le spectacle hideux du fédéralisme ; il est temps qu’il disparaisse de nos yeux. »

La Commune de Paris, depuis longtemps, portait ombrage au pouvoir central. A travers les hébertistes, c’était la Commune qui était visée.

Ainsi se termina le règne des plébéiens au ministère de la Guerre. Ainsi furent liquidés les hommes qui avaient réalisé l’œuvre peut-être la plus importante de la Révolution : la sans-cullotisation de l’armée.

Les hébertistes furent éliminés essentiellement parce qu’ils étaient devenus un obstacle à la réalisation des desseins de la bourgeoisie révolutionnaire.

Pendant quelques mois, le Montagne avait tendu un os à ronger aux sans-culottes. Ayant besoin d’eux pour vaincre la contre-révolution intérieure, et surtout, l’ennemi extérieur, elle leur avait fait un certain nombre de concessions ; elle avait tenté, dans une certaine mesure, d’atténuer les effets de l’inflation et de la vie chère ; elle avait agi, simultanément, sur la monnaie et sur les prix. L’heure du péril extrême était passée. Elle n’avait plus autant besoin des bras nus. Elle jugea le moment venu de commencer à leur reprendre ce qu’elle leur avait concédé.

Par eux-mêmes, les hébertistes ne constituaient pas un obstacle sérieux. L’obstacle véritable, c’était l’avant-garde populaire.

La liquidation des hébertistes laissa le mouvement des masses démoralisé, désarticulé, décapité, incapable d’opposer une résistance quelconque aux entreprises de l’adversaire.

La chute de l’hébertisme créa les conditions permettant l’abandon progressif de la taxation et de la contrainte, le retour progressif au libéralisme économique.

De plus en plus ouvertement la Terreur, détournée de son objet primitif, devenait une arme anti-ouvrière.

Le journal Le Messager du soir raconta que, tandis que les municipaux robespierristes étaient conduits à la place de la Révolution pour y être guillotinés, les ouvriers leur témoignaient « un peu d’humeur », en les appelant plaisamment : « foutu maximum ».

Sur la charrette qui l’emmène à la guillotine, Robespierre est insulté par des gens qui lui reprochent d’avoir institué la loi du maximum des salaires.

 

Les sans culottes

Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet. Les représentants principaux du mouvement révolutionnaire populaire.

 

L’hostilité à l’ancien régime s’affiche par un vêtement : le sans-culotte s’impose sur le pavé parisien avant d’être chassé en Thermidor par le muscadin, réhabilitant l’élégance et le parfum, rétablissant une différence visible entre le pauvre et le riche.

En 1789 et 1790, révolutionnaires et contre-révolutionnaires rêvent de régénérer le royaume.

Selon Gabriel Sénac de Meilhan (1736-1803), auteur « Des Principes  et des causes de la Révolution en France », l’ancien régime est un « ordre de choses qui a longtemps duré ». Une même question hante tous ceux qui regrettent cet ordre ancien. Comment une tradition millénaire a-t-elle pu disparaître en quelques séances de l’Assemblée nationale ?

« Dans six mois, dix siècles de respect et d’amour ont été effacés de la mémoire des cœurs », écrit Sénac à l’abbé Sabatier de Castres en 1792 et il reprend dans l’Emigré : « Je ne puis concevoir comment dans un si court espace des souvenirs gravés par la main des temps, pendant douze siècles, ont été effacés. ».

La plupart des témoins effarés de cet effacement cherchent une explication extérieure. Si le système était bon, sa disparition provient de causes externes.

En 1789, l’abbé Barruel écrit « Le Patriote véridique ou discours sur les vraies causes de la Révolution actuelle ». Le Comte Ferrand publie « Les Conspirateurs démasqués. ». L’abbé Jabineau écrit : « La vraie conspiration dévoilée ». Selon ces différents auteurs, développant la thèse du complot, les auteurs de la Révolution seraient : la franc-maçonnerie, les philosophes, les jésuites, les protestants, le duc d’Orléans,…

Selon Sénac de Meilhan, à propos de la Fronde : « Les plus soudaines révolutions ont presque toujours des causes éloignées, et lorsqu’une légère circonstance amène un prompt renversement d’un Etat, c’est que tout était depuis longtemps préparé pour une révolution. »

Montesquieu, dans Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) : « Si le hasard d’une bataille, c’est-à-dire, une cause particulière, a ruiné un Etat, il y avait une cause générale qui faisait que cet Etat devait périr par une bataille. »

Il y a une différence entre les Jacobins (dont Robespierre) et les enragés. L’idéal des enragés n’est pas une société où richesse et pauvreté – avec moins d’écarts – s’équilibreraient harmonieusement. Ils ont bien senti que la richesse, en soi, était contre-révolutionnaire par les pouvoirs économiques et politiques qu’elle réservait à une minorité. Ce qu’ils souhaitent – mais il faut se sortir d’abord de la guerre, de la famine latente – c’est un bien-être en progression.

Il y a donc des antagonismes entre les « hommes d’Etat », qui avaient à établir les armes à la main, la république bourgeoise, et les enragés qui, alors même que la république bourgeoise n’était pas assurée, tendaient vers une république populaire, sans avoir les moyens, eux, de faire de ce peuple – en immense majorité paysan – la classe dominante. Et ceci, en grande partie, à cause de la puissance de l’Eglise, objectivement alliée à la bourgeoisie possédante.

Dès avant l’ouverture des Etats généraux, de nombreux auteurs opposent le riche et le pauvre tiers-états et estiment à l’approche des élections, en ce début de 1789, que les pauvres ne seront représentés que par des gens qui sont en opposition d’intérêt avec eux. Ce qui sera effectivement le cas.

Exemple : le Chevalier de Moret, dans une lettre adressée à Necker en 1789 : « Cette classe du Tiers-État de la ville de Paris, dont les individus paient au-dessous de six livres de capitation… la dite-classe est sans contredit la plus nombreuse de la capitale, la plus utile et la plus précieuse à l’Etat. C’est elle en un mot, qui convertissant en or les matières les plus abjectes, est l’âme du commerce, donne l’existence et enrichit l’autre classe du Tiers-État. »

Les enragés, Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet furent en 1793, les interprètes directs et authentiques du mouvement des masses. Pour Karl Marx, ils furent « les représentants principaux du mouvement révolutionnaire ».

Saint-Just : « Les malheureux sont les puissances de la terre ; ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. »

Avec Gracchus Babeuf, tous quatre présentent un certain nombre de points communs. Ils avaient fait de bonnes études. Jacques Roux appartenait à une famille aisée. Il était fils d’un officier devenu magistrat. S’étant fait prêtre, il avait enseigné la philosophie et la physique expérimentale dans divers séminaires, pour exercer ensuite la fonction d’aumônier dans un château. Leclerc, fils d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, avait reçu une certaine instruction. Varlet, commis des postes, appartenait également à une « bonne famille ». Il possédait un revenu annuel de 5800 livres et avait été un brillant élève du collège d’Harcourt. Babeuf, fils d’un officier, et lui-même arpenteur-géomètre et spécialiste du droit féodal, était fort instruit.

Ils entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggravent la condition des bras nus ; ils aperçurent la grande escroquerie de l’inflation, source de profils inouïs pour le riche, ruineuse pour le pauvre.

Jacques Roux, le 25 juin 1793 : « La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme, quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. […]. Les riches […], depuis quatre ans, ont profité des avantages de la révolution. L’aristocratie marchande, plus terrible que l’aristocratie nobiliaire et sacerdotale, s’est fait un jeu cruel d’envahir les fortunes individuelles et les trésors de la république. […]. ». « Les biens du clergé et les domaines nationaux ont presque tous passé dans les mains de personnes enrichies du sang de la veuve et de l’orphelin. »

Ne pouvant sortir du cadre de la propriété privée, les enragés se contentèrent de réclamer des mesures destinées à limiter, et non à supprimer, les effets du système capitaliste alors naissant.

Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité – Séance du 5 août 1793 – Contre Jacques Roux et Leclerc.

Revenant sur la proposition de Danton à la Convention, le 1° août, d’ériger le Comité de salut public en gouvernement provisoire, Vincent, secrétaire général du ministère de la guerre, la considère « comme attentatoire à la souveraineté du peuple, comme émanée de conspirateurs ». La vivacité de ces attaques amena une riposte immédiate de Robespierre. Délaissant Vincent, dont il sait la forte position au ministère de la guerre, mais l’audience bien moindre auprès des sans-culottes, Robespierre attaque Jacques Roux et Leclerc, adversaires plus redoutables par le rayonnement de leurs journaux dans les sections et dont les attaques systématiques contre la politique gouvernementale risquaient d’entraîner la sans-culotterie.

Leclerc répliqua le 8 août, dans son Ami du peuple, en dénonçant le « système de calomnie dirigé contre les vrais amis de la liberté ». Dans son numéro suivant, il mettait Robespierre au défi de prouver ses accusations. Quant à Jacques Roux, il ne daigna pas répondre et poursuivit avec une vigueur accrue sa campagne contre les agioteurs et les accapareurs.

Robespierre : « …Ces deux hommes, dénoncés par Marat, comme des intrigants, deux émissaires de Cobourg ou de Pitt qui, pour mieux empoisonner les sources de la crédulité populaire, ont pris, pour séduire le nom de Marat. ».

 

Gracchus Babeuf et le communisme primitif :

« La révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution, bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière. » (Manifeste des Egaux, 1796).

La période de la chute des Girondins (31 mai 1793) à l’exécution de Babeuf (27 mai 1797) : c’est au cours de cette période que la lutte de classes entre bourgeois et sans-culottes, première manifestation de la lutte de classes modernes entre bourgeois et prolétaires, fait son apparition.

Babeuf représente les paysans pauvres. Or, la paysannerie pauvre avait sur la question de la propriété une position plus hardie que la sans-culotterie urbaine.

Babeuf : « Réveiller Robespierre… c’est réveiller tous les patriotes énergiques de la République et avec eux le peuple qui autrefois n’écoutait et ne suivait qu’eux… Le robespierrisme est la démocratie, et ces deux morts sont parfaitement identiques ; donc en relevant le robespierrisme vous êtes sûr de relever la démocratie.

Babeuf : « La révolution n’est pas finie, parce que les riches absorbent tous les biens et commandent exclusivement, tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l’Etat. »

La cause de l’échec de la Révolution, on la trouvait « en dernière analyse, écrit Buonarroti, dans la propriété individuelle, par laquelle les plus adroits ou les plus heureux dépouillèrent sans cesse la multitude. »

Babeuf : « Les gouvernants ne font des révolutions que pour toujours gouverner. Nous en voulons faire enfin une pour assurer à jamais le bonheur du peuple par la vraie démocratie. »

Solutions : les Egaux supprimaient le parlement bourgeois et confiaient tout le pouvoir à la Commune insurrectionnelle de Paris. Constitution de 1793 : « Un des plus impérieux devoirs de l’instituteur d’une république […] est de […] donner au peuple la possibilité d’être réellement souverain. »

Pas de démocratie vraie sans suppression des inégalités sociales, c’est-à-dire sans communisme.

Selon Marx, « les représentants principaux du mouvement révolutionnaire » sont Jacques Roux, Leclerc,…

A la Constitution de 1793, qui donnait trop de droits au peuple, la bourgeoisie révolutionnaire a substitué le gouvernement révolutionnaire, une dictature qui, en principe, ne devait servie qu’à mater la contre-révolution, mais qui, en fait, se montre souvent moins énergique à l’égard des contre-révolutionnaires qu’à l’égard de l’avant-garde populaire.

Les classes possédantes ne renonceront pas volontairement à leurs privilèges et il faudra les y contraindre.

La décapitation de la Commune de Paris, la destruction de la démocratie par en bas portaient un coup fatal à la Révolution.

La Révolution française est une guerre déclarée entre les politiciens et les plébéiens, entre les riches et les pauvres.

Tout ce que possèdent ceux qui ont au-delà de leur quote-part individuelle de ces biens de la société est vol et usurpation, il est donc juste de leur reprendre.

Dolivier, curé de Mauchamp, en 1790, voulait conférer la propriété du sol à la communauté : « La terre doit être considérée comme le grand communal de la nature. […] Les nations seules et, par sous-division, les communes, sont véritablement propriétaires de leur terrain. » A chaque individu serait reconnu « son droit de partage au grand communal », mais il ne cultiverait la terre qu’en possession viagère, la propriété du sol restant entre les mains de la communauté ». Babeuf fit sienne cette conception. La loi agraire, telle qu’il la comprenait, « cette loi que redoutent et sentent bien venir les riches », cette loi dans laquelle il voyait « le corollaire de toutes les lois », combinait le partage des terres avec la propriété commune de la terre et son inaliénabilité : collective, la propriété du sol, individuelle son exploitation.

En 1789, le tiers-état, l’emportant sur l’aristocratie, abolit les privilèges et l’autorité seigneuriale : la déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que, désormais, tous les Français étaient égaux devant la loi. Mais ceux qui, bientôt prirent le nom de sans-culotte, ne tardèrent pas à constater que l’ordre nouveau, conservant l’inégale répartition des richesses et procurant ainsi à la bourgeoisie la maîtrise politique et économique, ne les délivrait pas de l’assujettissement. Dans ce conflit de classe, Buonarroti et Babeuf embrassèrent la cause populaire.

Toutefois, aux prises avec les contre-révolutionnaires alliés à l’étranger, une partie de la bourgeoisie, Montagnards et Jacobins, eurent recours aux sans-culottes pour s’emparer du pouvoir, en sorte que la politique du gouvernement révolutionnaire qu’ils formèrent répondit dans une certaine mesure aux vœux de leurs alliés. Sans oublier de rappeler que le Comité de Salut public asura la victoire de la révolution, c’est sur la portée sociale de son œuvre que Buonarroti fixe son attention : non sans raison, il en attribue le mérite à Robespierre et à Saint-Just, et ainsi estime-t-il que le 9 Thermidor interrompit l’évolution démocratique de la république. Sa vénération pour la mémoire de l’Incorruptible est telle que dans ses écrits, il incite à imaginer que les robespierristes furent des communistes avant la lettre, mais il laisse ignorer qu’ils s’associèrent à leurs collègues pour proscrire les enragés et les chefs populaires qu’on a coutume d’appeler hébertistes, en quoi ils contribuèrent en partie à leur propre perte.

Entre Robespierre et Babeuf, il y a à la fois filiation, mais aussi dépassement.

Les robespierristes, et d’autres révolutionnaires avant eux, avaient rêvé de multiplier les propriétaires, parce qu’à leurs yeux la propriété garantissait la liberté de l’individu, comme aussi d’ailleurs la paix sociale et la tranquillité de la bourgeoisie. Depuis le 9 Thermidor, Buonarroti et Babeuf estimaient l’échec patent ; au surplus, accroître le nombre des propriétaires ne constituait qu’un palliatif : l’inégalité sociale résultait de l’appropriation individuelle et héréditaire des moyens de production ; le mal, plus profond, ne comportait d’autre remède que leur attribution à la communauté.

En tant que théoriciens, il s’en faut qu’ils fussent les premiers à la prôner. Au XVIII° siècle, Rousseau, Morelly, Mably, entre autres, en firent l’éloge et on leur découvre des prédécesseurs jusque dans l’antiquité.

Depuis 1789, la bourgeoisie redoutait la « loi agraire », expression empruntée à l’histoire romaine au cours de laquelle on partagea plusieurs fois, entre les citoyens et les citoyens pauvres, les terres que la conquête et les confiscations laissaient à la disposition de la république ; bien différente était la loi agraire qu’on dénonçait maintenant : elle aurait partagé les propriétés privées entre tous les citoyens. La Convention avait prononcé la peine capitale contre ceux qui la prêcheraient ; jusqu’en 1848, et plus tard, les socialistes se sont vus de ce chef affublés du surnom de « partageux ».

Sylvain Maréchal, dans un livre intitulé L’Homme sans Dieu : « Je n’aime pas les rois mais j’aime encore moins les riches… Vous décrétez l’abolition de la noblesse, mais vous conservez l’état respectif des pauvres et des riches, des maîtres et des valets ; vous défendez aux premiers les armoiries, vous déchargez les seconds de leurs livrées mais ces distinctions ne sont que des simulacres, vous ne touchez pas aux réalités… ».

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 20:12

 

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Troisième partie)

 

  1. La Révolution française :

 

La franc-maçonnerie se réclame d’idéaux révolutionnaires (« Liberté, Egalité, Fraternité », laïcité,…) ; aussi convient-il d’examiner le contexte de ces idéaux. Lorsque l’on parle de la révolution, de quoi parle-t-on ? Il y a eu plusieurs phases. Et les révolutionnaires eux-mêmes ont daté l’an I de la révolution, non de 1789, mais de 1792 !

En 1789, il y a très peu de républicains, mais il y a beaucoup d’opposants à la monarchie absolue.

Alors que pour certains, la Révolution aurait dérapée en 1791, il apparaît plutôt que l’an II reste un exemple de révolution égalitaire et fraternelle. Tant que la révolution n’est pas terminée, la violence est légitime.

 

La grande révolution fut une révolution bourgeoise et, dans ses résultats, elle ne pouvait être que bourgeoise.

Sous l’angle de ses résultats objectifs, la révolution française n’avait pu être, étant donné les conditions objectives matérielles de l’époque, que bourgeoise.

Mais la révolution bourgeoise sous-tendait un second mouvement, populaire, qui voulait aller plus loin.

Engels : « À côté de l’antagonisme de la féodalité et de la bourgeoisie, existait l’antagonisme universel des exploiteurs et des exploités, des riches paresseux et des pauvres laborieux. »

Engels a énoncé la loi suivante : « Tout parti bourgeois, un moment placé à la tête du mouvement, se voit déborder dans ce mouvement même par le parti plébéien ou prolétarien qu’il a derrière lui. »

Marx montra que le mouvement révolutionnaire en 1793 tenta (un moment) de dépasser les limites de la révolution bourgeoise ;

Les bras nus mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme.

La peur qu’inspire à la bourgeoise l’avant-garde populaire la fait renoncer à porter des coups trop rapides et trop brutaux à la contre-révolution. Elle hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non possédants. Cette pusillanimité la rend incapable d’accomplir jusqu’au bout les tâches historiques de la révolution bourgeoise. « Aucun des démocrates de la gauche la plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion, n’osèrent parler de l’expropriation sans indemnité. » (Lefebvre).

La révolution française est jusqu’en 1871 un horizon français indépassable.

La révolution française est une référence de la franc-maçonnerie, ne serait-ce que par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le mot d’ordre : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Si l’historien Michelet interrompt le courant révolutionnaire par la mort de Robespierre, la période qui suit étant un contre-courant réactionnaire, il est légitime de prendre en considération les périodes 1789 à 1799, et même au-delà, jusqu’en 1815, la période du consulat et de l’Empire étant une période de consolidation des acquis révolutionnaires.

Cependant, concernant la franc-maçonnerie, étant donné la très grande diversité au sein de ces périodes, il est juste de s’interroger sur le contenu exact des références que sont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la devise « Liberté, Egalité, Fraternité »/

Il est à noter que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

  • Appartient au début de la révolution, période qui n’a pas encore mis fin à la monarchie absolue, et qui correspond à la lutte pour la Liberté. Une seconde période de 1792 à 1794 correspond à la lutte pour l’Egalité et à un approfondissement des droits qui se manifestent dans la Déclaration des droits de 1793. L’an I de la Liberté est inauguré par le 14 juillet 1789, et l’an I de l’Egalité est ouvert par le 10 août 1792 ;
  • La déclaration de 1789 présente un aspect inachevé, puisqu’elle s’arrête sur l’article 17 relatif à la propriété ;
  • L’ensemble des déclarations des droits présentent un aspect bourgeois : ils sont à la fois formels, et accentuent la protection de la propriété bourgeoise ;
  1. Ces déclarations doivent être complétées par les acquis obtenus depuis la révolution, notamment par la Commune de Paris de 1781, le Front Populaire et la Résistance.

 

LA FRANC-MACONNERIE ET 1789 :

 

Mort du Roi :

Neuf francs-maçons refusent la mise en accusation et toute condamnation : Defermon, FoKedey, Le Maréchal, Le Maignan, L’Official, de Mazède, Morisson, Doulain de Grandpré, Dayre.

Trente-six députés francs-maçons votent la réclusion ou le bannissement. Parmi eux : Bobay, Bancal des Issarts, Barère de Vieuzac, Chaset, Collombel, Coupé de Kervenno, Duport, Gouly, Humbert, Mercier, Peries, Saurinve, Savary, de Pillery, etc.

Dix-sept conventionnels francs-maçons, absents au moment du vote, approuvent par procuration la condamnation à  la mort : Belmain, Blairel, Cherner, Comte de Fourcroy, l’abbé Grégoire, Merlin de Thionville, Mirande, etc.

Huit  autres conventionnels francs-maçons votent la mort avec sursis (sic) : Brissot, Duplantier, Fortuné, etc.

Quatre-vingt  délégués francs-maçons ont voté la mort, dont certains nobles comme Philippe Egalité, le marquis de Jonquière, Le Peletier de Saint-Fargeau,…

 

Composition des trois assemblées :

Constituante :

  • Députés francs-maçons du Tiers : 115
  • Députés francs-maçons de la Noblesse : 80
  • Députés francs-maçons du Clergé : 19
  • Députés francs-maçons suppléants ayant siégé :
    • Tiers : 4
    • Noblesse : 5
    • Clergé : 2

 

Législative :

  • Députés francs-maçons : 100
  • Députés francs-maçons suppléants ayant siégé : 8

 

Convention :

  • Députés francs-maçons : 164
  • Députés francs-maçons suppléants ayant siégé : 8

 

Composition des Etats généraux : plus de 500 francs-maçons y furent délégués sur 1600 membres, c’est-à-dire 30 %.

Le nombre de députés et députés suppléants francs-maçons, respectivement à la Constituante, puis à la Législative et enfin à la Convention, est estimé à environ 210 à 220, soit 30 % de la composition de ces assemblées.

En 1736, un édit royal interdisait les tenues de loges. En 1738, le pape Clément XII interdit la franc-maçonnerie. En France, la franc-maçonnerie était opposée à la fois à l’Eglise et à la monarchie.

En 1789, on compte plus de 600 loges, dont 39 dans les colonies d’outre-Atlantique, et 69 dans les régiments.

Il se fonda à Paris, par des maçons, une « Société des Amis des Noirs »prônant leur libération des chaînes de l’esclavage. Chevilles ouvrières : Brissot et Olympe de Gouges.

En 1789, déjà 30 000 aristocrates émigrent, chiffre énorme pour l’époque.

Il y avait tout un panel de francs-maçons, depuis la franc-maçonnerie de pacotille qui entoure Marie-Antoinette, jusqu’à la franc-maçonnerie la plus révolutionnaire.

 

Loges maçonniques: De 1727 à 1789, la France se couvre de 1000 loges civiles et 300 loges militaires, regroupant quelques 50 000 initiés.

 

Les idées philosophiques, par de nombreux supports, et de multiples intermédiaires, ont fini par toucher les milieux populaires. Se développe le droit de penser et de juger par soi-même. Les collèges, la gazette, la presse, les lieux de sociabilité (loges maçonnique, Académies,…) sont autant de moyens.

Les initiés n’ont pas provoqués la révolution française. Ils se sont même divisés sur la marche à suivre. Pour autant leurs valeurs se retrouveront dans les idées nouvelles : tolérance, liberté, abolition des privilèges…

Une légende impute aux francs-maçons une lourde responsabilité dans la révolution et la Terreur. Née dès 1792 sous la plume de l’abbé Lefranc (Le voile levé pour les curieux), popularisée en 1797 dans les milieux de la contre-révolution par l’abbé Barruel (Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme), poursuivi au XX° siècle par Augustin Cochin (La révolution et la libre-pensée) elle met en évidence le prétendu grand nombre de révolutionnaires maçons.

En 1789, les frères sont moins de 50000. Les maçons ont des réactions très variables face aux épisodes de la révolution : le duc de Luxembourg émigre dès 1789, Chaumette devient l’un des enragés les plus en vue pendant la Terreur, Buonarroti, le frère d’armes de Babeuf, est maçon, tout comme Joseph de Maistre, l’une des grandes voix de l’histoire contre-révolutionnaire du début du XIX° siècle. Cela s’explique par une maçonnerie très disparate – socialement, philosophiquement, politiquement.

Dans la Sociétés des amis des Noirs, œuvrent, à partir de 1788, nombre de frères autour de Condorcet et de Brissot.

Pendant les premières années de la révolution, les loges ralentissent leurs activités. D’autres espaces de sociabilité se sont ouverts : clubs, assemblées électorales, qui reprennent des pratiques fraternelles. Ainsi concurrencée, la maçonnerie perd de son intérêt. A Paris même ne subsiste, en 1794, que trois loges.

 

Du symbole à la réalité :

Comment expliquer la quasi disparition des loges maçonniques au cours de la Révolution ?

Si la maçonnerie a été une école pour répandre les Lumières, l’esprit de liberté » et d’égalité, la laïcité, par contre dès le départ de la révolution, la réalité l’emporte dur le symbole.

Ainsi pour couper court à toutes les spéculations entretenues sur ses intentions, Philippe d’Orléans fit publier cette lettre importante dans le Journal de Paris du 22 février 1793 :

« Dans un temps où personne, assurément, ne prévoyait notre Révolution, je m'étais attaché à la franc-maçonnerie qui offrait une image d'égalité, comme je m'étais attaché au parlement qui offrait une image de la liberté. J'ai, depuis, quitté ce fantôme pour la réalité. Au mois de décembre dernier, le secrétaire du Grand Orient s'étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand Maître, pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci, sous la date du 5 janvier : « Comme je ne connais pas la manière dont le Grand Orient est composé, et que, d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux me mêler en rien du Grand Orient ni des assemblées de francs-maçons ». Un « froid glacial » accueillit cette déclaration puis on procéda à la dégradation maçonnique du citoyen Égalité en le faisant démissionnaire, et on le dépouilla de son titre de Grand maître

Les maçons étaient présents dans de nombreuses couches de la société :

  • A la cour du Roi ;
  • Dans l’aristocratie, et en cela, la franc-maçonnerie a participé au « suicide de la noblesse » ;
  • Dans le Tiers Etat, et plus particulièrement dans la haute bourgeoisie et la bourgeoisie ;

Ainsi, certains maçons ont émigré, d’autres ont été tués et guillotinés. A chaque phase d’approfondissement de la révolution, de nouveaux maçons ont soit émigrés, soit été tués, notamment en 1792 et lors de la Terreur. Ces maçons ne voulaient pas aller jusqu’au bout de la logique révolutionnaire. Au fur et à mesure de la progression de la révolution, certains défenseurs de celle-ci veulent freiner son train, et l’arrêter. Mais il est trop tard. Pour certains, sans roi, pas de propriété. La propriété doit être préservée. Pour d’autres (tel Billaud Varenne), la répartition des biens entre les citoyens doit s’effectuer de la manière la plus égalitaire possible.

Le franc-maçon est, par définition, selon le rituel du 1° degré de l’époque, « également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ».

Robespierre n’était pas franc-maçon. Mais il avait toutes les caractéristiques d’un maçon sans tablier. Par contre son père et son grand père paternel l’étaient.

Dans un discours, daté du 5 décembre 1790, concernant les gardes nationales, Robespierre fait la proposition de dix-sept articles du décret et il insiste particulièrement sur l’article 16 : « Les gardes nationales porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, et au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux qui porteront les trois couleurs de la nation. »

Robespierre vient d’inventer la devise de la république, qui est aussi celle d’une partie de la franc-maçonnerie.

Alors qu’une grève a éclaté à l’Arsenal de Toulon, en décembre 1790, Robespierre intervient en faveur des grévistes. L’intervention est vite connue et imprimée à Toulon et le club patriotique de Toulon adresse au « frère Robespierre » une lettre :

« Robespierre, car votre nom vaut lui seul l’éloge le plus pompeux, La Société des Amis de la Constitution a reçu avec reconnaissance le nouveau discours que vous lui avez fait passer… Continuez, bon citoyen, à éclairer la Nation sur ses véritables droits. Bravez l’opinion de ces hommes vils et ignorants que l’aspect de la liberté effraye et dont l’âme pétrie de préjugés est insensible à la voix de la Raison et soyez sûr de l’estime de vos frères que vous aurez si bien méritée par votre dévouement à la chose publique. »

 

LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION RELIGIEUSE (LE PAPE)

LE CULTE DE L’ETRE SUPREME ET LA LAÏCITE :

LE TRONE ET L’AUTEL, L’UN SUPPORTANT L’AUTRE.

 

Le déisme de Robespierre n’est pas éloigné de la notion d’un dieu, Grand Architecte de l’Univers, selon Rousseau.

Robespierre se méfie du clergé, toujours en rapport avec les contre-révolutionnaires, alors que la France est en guerre contre eux, et il demande avec insistance que les prêtres réfractaires au serment à la Constitution et à la vente des biens du clergé soient arrêtés.

La création du calendrier républicain, les décadis, par Fabre d’Eglantine qui commence en vendémiaire, an II de la république, est faite dans une intention anticléricale pour que la vie des Français ne soit pas rythmée par les fêtes religieuses. La déchristianisation de la France est en marche, la fête de la déesse Raison a lieu à Notre-Dame. De nombreux prêtres se défroquent officiellement et font assaut de zèle révolutionnaire.

Robespierre, en disciple de Rousseau, est déiste. Il voit d’un mauvais œil cette politique s’accentuer sous la pression des Hébertiste et décide de lui donner un coup d’arrêt. Il le fait lors d’un discours prononcé à la Convention, le 1° frimaire, an II (21 novembre 1793). : « « Gardons-nous de blesser cet instinct sacré et ce sentiment universel des peuples. L’idée d’un Grand Etre qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime triomphant est toute populaire. »

Il prononce cette phrase : « Si Dieu n’existe pas, il faudrait l’inventer. »

Robespierre élève au niveau de divinités et souhaite que l’on fête la Liberté, l’Egalité, la République, la Vérité, la Justice, la Pudeur, l’Enfance, la Jeunesse, l’Age viril, le Bonheur, etc.

Sur la charrette qui l’emmène à la guillotine, Robespierre est insulté par des gens qui lui reprochent d’avoir institué la loi du maximum des salaires.

La fête de l’Unité sur la place de la Concorde le 10 août 1793)

C’est la fête de l’Unité et de l’indivisibilité, dont les cinq grandes étapes ont été soigneusement mises en scène par David. Elle inaugure les grandes cérémonies de la Convention montagnarde. Les épreuves de l’eau et du feu, qui scandent le parcours initiatique proposé, renvoient à des références maçonniques.

Robespierre a contribué à lutter contre le fanatisme religieux et contre le monopole de l’Eglise catholique, le haut clergé étant l’allié de la noblesse. Mais il n’a pas été conséquent dans cette lutte, n’allant pas jusqu’à l’athéisme, ni jusqu’à la laïcité et la séparation de l’église et de l’Etat. Il a préféré substituer au culte ancien le culte de l’Etre suprême.

Du point de vue religieux, je donnerai à Robespierre une boule noire : s’il a effectivement combattu avec détermination l’Eglise catholique, alors hégémonique, et alliée du féodalisme, contribuant à donner la liberté de croyance aux autres cultes (juif, protestants,…), il n’a pas été jusqu’au bout de la logique. Il a persécuté les déchristianisateurs, et a cherché à imposer le culte de l’Etre suprême, s’inspirant de la profession de foi du vicaire savoyard de Jean Jacques Rousseau.

Le catholicisme, et la religion en général, sont éminemment un reste féodal de très grande importance.

Importance du calendrier républicain, ou calendrier révolutionnaire français, afin de supprimer toute référence religieuse. Ce calendrier fut utilisé de 1792 à 1806, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris de 1871. Le calendrier fut réutilisé pendant 15 jours et uniquement dans le Journal Officiel de la Commune de Paris en 1871 (an 79 ou LXXIX)

 

LE CULTE DE L’ETRE SUPREME :

Robespierre : « Prêcher l’athéisme n’est qu’une manière d’absoudre la superstition et d’accuser la philosophie ; la guerre déclarée à la divinité n’est qu’une diversion en faveur de la royauté. »

« L’idée d’un Grand Etre qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime  triomphant est toute populaire. »

La déchristianisation, la laïcité. Joseph Fouché, déchristianisateur en chef.

La révolution est impuissante à détruire les fondements religieux de l’autorité monarchique. Michelet voit dans le christianisme et la révolution deux principes incompatibles. Edgar Quinet, pour sa part, affirme que, religieuse en son essence, la révolution procédait de l’inspiration du christianisme primitif.

Par la Terreur, les révolutionnaires « ont eu peur de la révolution ». (Edgar Quinet).

Marx : « Tout le terrorisme français ne fut qu’une manière plébéienne d’en finir avec les ennemis de la bourgeoisie, l’absolutisme, le féodalisme et l’esprit étriqué petit-bourgeois. »

Réinstaurer le culte de l’Etre Suprême. BABEUF.

Problème de la déchristianisation. Identification entre l’Eglise et la féodalité (Moyen-âge)

Le 6 mai 1794, l’Incorruptible monte à la tribune. Il a revêtu ses habits sacerdotaux, une redingote bleu ciel et des bas blancs.

Dans le silence de mort qui accueille à présent chacune de ses apparitions, il se dresse et dévisage d’abord longuement, sans parler, la figure de plusieurs députés présents. Puis il commence avec une voix étrange, à la fois exaltée et monocorde…

Il établit d’abord que les Français sont au comble du bonheur : « C’est dans la prospérité, dit-il, que les peuples doivent se recueillir pour écouter la voix de la sagesse… »

Par degrés, il demande aux députés de reconnaître l’existence d’un «  Etre suprême et l’immortalité comme puissance dirigeante de l’Univers. » Puis à la stupeur des uns, à l’enthousiasme des autres,… il veut donner à sa vibrante profession de foi la forme d’un … décret d’application immédiate !...

Le décret fabuleux qui institue en France une nouvelle religion et propose une fête dans le style des célébrations antiques est voté d’enthousiasme et sans discussion.

La fête de l’Etre suprême aurait empêché que le catholicisme français ne bascule entièrement du seul côté de la contre-révolution.

La fête du 8 juin 1794 : autels de l’Etre Suprême ;

Pour ramener dieu sur terre, Robespierre s’adjoint le plus doué des metteurs en scène, le peintre David. Il règle lui-même la musique des cérémonies et surveille de près l’élaboration des textes confiés à Marie-Joseph de Chénier, frère du grand poète, qui avait lui, encore deux mois à vivre.

Des statues cyclopéennes se dressent au-dessus des jardins à la française, devenus Jardin national. Elles symbolisent l’Athéisme, l’Ambition, la Discorde et voleront en éclats le jour de la cérémonie…

C’est le 20 prairial, an II, qu’elle aura lieu et, Robespierre a choisi le dimanche où, selon les anciens rites catholiques, devait se fêter la pentecôte.

Au Champ-de-Mars s’édifie la Sainte-Montagne.

Quand l’Incorruptible paraît ; les orchestres entament leurs symphonies sur fond de roulements de tambour. Lorsqu’il parvient à la plus haute place du théâtre, éclate une salve d’artillerie.

Robespierre : « Il est enfin arrivé, le jour à jamais fortuné que le peuple consacre à l’Etre Suprême ».

500 000 parisiens l’ovationnent.

Une femme hurle : « Tu es un dieu, Robespierre ! »

Eclate la Symphonie au père de l’univers.

La foule festoie et chante.

Certains députés maugréent : « Ce n’est pas assez d’être le maître…Ce bougre-là voudrait donc être un dieu ! »

Ce 8 juin 1794, fête de l’Etre Suprême, il reste à Robespierre cinquante jours à vivre.

Le sens et le but de cette fête étaient de remplacer le culte païen, desséché et matérialiste de la Raison, par une religion restaurant une transcendance, un dieu,…

Disciple de Rousseau, qu’il qualifie d’ « homme divin », Robespierre est persuadé que l’homme est un « animal religieux ».

John Locke, dans la Lettre sur la tolérance : « Ceux qui nient l’existence d’un Dieu, ne doivent pas être tolérés, parce que les promesses, les contrats, les serments et la bonne foi, qui sont les principaux liens de la société civile, ne sauraient engager un athée à tenir sa parole. »

Stefan Zweig : « On ne pardonne pas à un homme qui vous a fait tant peur. »

Le 10 thermidor, il est guillotiné avec son frère, Saint-Just, Couthon, et 17 de ses amis, soit 21 personnes au total.

Ce qui cause sa perte à l’origine c’est la certitude des députés (Fouché, Barras,…) qu’il veut instaurer une religion nouvelle dont il sera le grand prêtre. Ce n’est pas bien sûr, le dieu de la religion chrétienne qu’il voulait instaurer. Il voulait certainement en finir radicalement avec les institutions chrétiennes et abolir 2000 ans de christianisme « perverti » pour revenir à l’esprit et à la liturgie de la République romaine, à la religion de l’Antiquité.

Au début de 1793, l’aile la plus importante et la plus riche de la bourgeoisie (la Gironde), lâche pied par peur et par haine des sans-culottes. La Montagne, fraction la plus audacieuse de la bourgeoisie, va hésiter à son tour à pousser la lutte jusqu’au bout. La Montagne va donner un brusque coup de frein à la déchristianisation, parce que terrifiée par le torrent révolutionnaire. C’est précisément parce que la bourgeoisie fut sans cesse poussée en avant, harcelée par une avant-garde prolétarienne (enragés, hébertistes,..) que des coups décisifs purent être portés à la contre-révolution.

Marx : « La bourgeoisie, avec ses conceptions timorées et trop conciliants, n’eût pas eu assez de plusieurs dizaines d’années pour achever cette besogne. » Si elle l’accompagne en moins de 5 ans, ce fut grâce à « l’intervention sanglante du prolétariat ».

Engels : « Sans l’élément plébéien des villes, la bourgeoisie seule n’aurait jamais mené la bataille jusqu’à la décision. »

Nous verrons la Montagne donner un brusque coup de frein à la déchristianisation parce que, terrifiée par le torrent révolutionnaire, elle préféra, avec Robespierre, ne pas se priver complètement de l’appui que pouvait lui apporter l’Eglise et la religion, gardienne traditionnelle de l’ordre.

Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité – Séance du 1° frimaire an II (21 novembre 1793) – 2° intervention : Pour la liberté des cultes.

La déchristianisation s’était d’abord affirmée dans les départements, sous l’impulsion de certains représentants en mission, ainsi Fouché dans la Nièvre et l’Allier. Elle fut ensuite imposée du dehors à la Convention. Le 16 brumaire an II (6 novembre 1793), l’Assemblée décréta qu’une commune avait le droit de renoncer au culte catholique. La déchristianisation, dès lors, se précipita. Le 16 brumaire, aux Jacobins, Léonard Bourdon prononça un violent discours contre les prêtres, puis le Comité central des sociétés populaires, où s »’agitaient des extrémistes comme Desfieux, Pereira, Proli, donna lecture d’un projet de pétition pour la suppression du budget des cultes. Le 17 brumaire (7 novembre), sous la pression des promoteurs de cette pétition, soutenus par les représentants Anacharsis Cloots et Léonard Bourdon, Gobel, évêque de Paris, paraissait à la barre de la Convention, avec ses vicaires, et se démettait solennellement.

Le 20 brumaire (10 novembre) eut lieu, sur l’initiative de Chaumette et de la Commune, une fête de la Liberté dans la ci-devant église métropolitaine Notre-Dame. La Convention, qui avait assisté en corps à cette fête, décréta, à la requête de Chaumette, que Notre-Dame serait consacrée à la Raison. En quelques jours, la vague de déchristianisation  emporta les sections parisiennes. Le 3 frimaire (23 novembre), la Commune sanctionna un état de fait en décidant la fermeture des églises.

Le péril de l’athéisme militant fut dénoncé, dès le 17 brumaire, par Laveaux, dans l’officieux Journal de la Montagne. Son article suscita le lendemain, aux Jacobins, une première escarmouche entre partisans et adversaires de la déchristianisation. Hébert reprocha à Laveaux « d’avoir ouvert sur Dieu, un être inconnu, abstrait, des disputes qui ne convenaient qu’à un capucin en théologie ». Robespierre cependant, prenant l’offensive, aux Jacobins, rompit le courant et mit fin aux hésitations de la Convention. Le 19 brumaire, il fit l’apologie de la politique gouvernementale, attaqua les sociétés sectionnaires qui constituaient un des éléments les plus actifs de la déchristianisation, et dévoila les ambitions secrètes de Hébert et des siens : « Ils veulent nos places…Eh bien ! Qu’ils les prennent. » Le 27 brumaire, dans son rapport sur la situation extérieure de la république, il signale le danger de la déchristianisation : elle risque d’aliéner les neutres.

Le 1° frimaire, Robespierre revient à la charge, aux Jacobins, et se prononce avec force pour la liberté des cultes. Tout en dénonçant ceux qui « veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même », il prend soin, pour ne pas accentuer les divisions naissantes dans le parti de la Montagne, de ménager Hébert. Il réserve ses coups aux « agents de l’étranger », Desfieux, Dubuisson, Pereira, Proli, « ces hommes immoraux », qu’il fit exclure de la Société. Robespierre reconnaissait cependant la nécessité de surveiller le clergé, de dépouiller les églises pour alimenter le Trésor, mais il stigmatisait les violences. Toutes les propositions de Robespierre furent adoptées par la Société.

La Mère de Dieu :

Catherine Théot, née le 5 mars 1716 à Barenton, décédée le 1° septembre 1794 à la Petite Force à Paris, est une mystique et une visionnaire française, prophétesse autoproclamée de la fin de l’ancien régime et de l’époque de la révolution française.

En juin 1794, quelques semaines avant sa chute, les ennemis de Robespierre au Comité de sûreté générale, sans doute avec la complicité de certains membres du Comité de salut public, montent grâce à elle « une affaire »destinée à le ridiculiser ainsi que le culte de l’Etre suprême auquel il est associé.

En 1793, les « enragés », rassemblés autour de Hébert, ont résolu d’en finir avec l’Eglise. Leur porte-parole, Chaumette, un philanthrope, inventeur d’une guillotine à roulettes, qui facilite grandement la besogne des trancheurs, est saisi d’une véritable frénésie anticatholique.

Dans les cimetières, il fait remplacer les croix par des statues du Sommeil, puisque l’âme ne peut être immortelle, et aux évêques « jureurs », il demande de jeter la mitre, la crosse et l’anneau, et de proclamer : « Tous les titres du charlatanisme sont déposés à la tribune du peuple, nous sommes régénérés ! ».

Robespierre ne veut pas extirper du cœur des Français le sentiment religieux. Mais il veut qu’ils embrasent une religion nouvelle. Qu’ils remplacent l’adoration de Dieu de l’Eglise par le culte de l’Etre suprême, fondé sur la raison et la fraternité. Le 18 floréal an II, ou 7 mai 1794, il fait voter par la Convention, où nul désormais n’ose le contredire, l’acte de naissance d’une religion dont il sera le grand pontife. Pendant … un peu plus d’un mois ! C’est déjà beaucoup trop pour les partisans de l’athéisme absolu. Certes Hébert vient d’être coupé en deux, mais ses amis, aux Jacobins et même à la Convention, cherchent et s’agitent. Pendant que Robespierre établit avec David, le peintre, et Chénier, le poète, les rites et les cantiques de la nouvelle religion, ils cherchent comment jeter au bas de ses autels cet Etre là, et son pontife.

Ennemis de Robespierre, Vadier, député montagnard qui exècre tout autant Robespierre que sa divinité, et Barère, surnommé « l’Anacréon de la guillotine », montent de toute pièce l’affaire Catherine Théot, servante, illettrée, catéchèse, la Mère e Dieu.

La Mère enseigne que l’Incorruptible est le nouveau Messie, l’incarnation de l’Etre suprême, envoyé sur la terre pour faire de la France le Paradis.

Fête de l’Etre suprême. A la Convention, huit jours après, Barère fait éclater sa bombe : Robespierre était le disciple d’une vieille folle mystique ! C’est Catherine Théot, la Mère de Dieu, qui a inventé l’Etre suprême et qui a persuadé l’Incorruptible qu’il était le nouveau Messie !

La police trouve chez Catherine Théot une recette pour fabriquer une épée magique qui rend invisible, mais surtout de nombreux brouillons de lettres, toutes adressées à son « cher fils » Robespierre et dans lesquelles elle le gratifie du nom de « Guide des milices célestes » et d’ « ange du Seigneur ».

Rapport fait par Vadier le 27 prairial (15 juin 1794) : alors que Robespierre présidait la convention, Vadier prétendit dévoiler la conspiration de Catherine Théot – spirituellement rebaptisée Théos --, une vieille illuminée. Parmi ses adeptes se trouvait l’ancien constituant Dom Gerle, à qui Robespierre avait fait délivrer un certificat de civisme, et un médecin mesmérien Quesvremont Lamotte.

Deux manœuvres semblent avoir été dirigées pour ridiculiser Robespierre :

  • Le 15 juin 1794, Marc Vadier (1736-1828), membre du Comité de sûreté générale, lit un rapport prouvant que la fête de l’Etre Suprême a été organisée en liaison avec un groupe d’illuminés se réunissant rue de la Contrescarpe, comprenant le chartreux dom Gerle (1736-1801), les prophétesses Suzanne Labrousse (1747-1821) et Catherine Théot (1716, 1° septembre 1794). Ce groupe saluait Robespierre comme le Messie.
  • On exécute, revêtus de chemises rouges (tenue des condamnés pour parricide), une simple d’esprit, Cécile Renault (20 ans), accusée d’avoir voulu poignarder Robespierre le 23 mai, et 52 autres accusés considérés comme ses « complices ». L’opinion publique est choquée de la mégalomanie du « tyran » (qui n’a rien fait pour interdire la mascarade).

Lors de la fête du 20 prairial an II apparaissent les premières manifestations antirobespierristes, troublant l’étonnant cérémonial davidien : « Parmi ceux qui dirent beaucoup d’injures à Robespierre pendant la procession, confie Baudot, je distingue particulièrement Thirion, Ruamps, Montaut, Duhem, Le Cointre de Versailles. » Tous étaient de la Montagne et trois d’entre eux passaient pour proches de Danton, dont Le Cointre qui aurait alors déclaré : « Robespierre, j’aime ta fête, mais toi, je te déteste ! ».

Robespierre ne suit pas Rousseau dans sa rigueur lorsqu’il autorise le bannissement de l’incroyant « non comme impie, mais comme insociable ». Ainsi, lorsque le 26 floréal (15 mai) 1794, le jeune Julien (de Paris), agent du comité de salut public et commissaire à l’Instruction publique, propose aux Jacobins une adresse de félicitations à la convention où figure la proposition de bannir les athées de la république, Robespierre demande le retrait de ce paragraphe, sur le motif que « ce serait inspirer trop de frayeur à une grande multitude d’imbéciles ou d’hommes corrompus. ». Et de conclure : « Je crois qu’il faut laisser cette vérité dans les écrits de Rousseau, et ne pas la mettre en pratique. »  A la même séance, d’ailleurs, il prend la défense du Montagnard Lequinio ; accusé s’athéisme pour ses écrits Les préjugés détruits et Du bonheur : « Lorsque nous avons développé les principes immortels qui servent de base à la morale, di Robespierre, nous en avons parlé en hommes publics et sous le rapport de l’intérêt sacré de la liberté (…). Que nous importe ce que tel a dit, ce qu’il a écrit ? Ce qui nous intéresse est de savoir si tel est un conspirateur. »

On a souvent opposé Danton à Voltaire et Rousseau pour écrire que, pour Voltaire, il fallait un trône sans l’autel, pour Rousseau, un autel sans trône, tandis que pour Danton, il ne devait y avoir ni autel, ni trône.

Robespierre dans son Rapport dénonçait bien sûr l’Eglise et ses « prêtres ambitieux » qui avaient voulu légitimer les monarchies (le despotisme) et s’étaient érigés en autorités intermédiaires (tyranniques) entre l’homme et la Divinité : rien de très original, ici, en cette fin du XVIII° siècle.

 

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 22:03

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Deuxième partie)

                                              

2.3) Rôle historique lors des trois périodes envisagées :

 

  1. Révolution française, 1789-1794 :

Du début du XVIII° siècle à 1789, c’est une période de « cumul » des forces : les aristocrates et la haute bourgeoisie créent des loges et se réunissent autour de l’idéal maçonnique.

Mais il y a d’autres organes que les loges maçonniques qui expriment les Lumières et préparent la fin du féodalisme : ce sont les académies, les divers clubs, les salons, l’ « Encyclopédie », etc.

Les loges sont un lieu d’apprentissage du fonctionnement « démocratique » des assemblées.

Au moment de la Révolution, on trouve des francs-maçons dans les deux camps, le camp révolutionnaire et le camp réactionnaire. Un se divise en deux : il y a implosion et certains maçons choisissent leurs intérêts de classe et le maintien de leurs privilèges. Certains maçons choisissent l’émigration ; d’autres sont décapites. Enfin, les plus progressistes sont révolutionnaires. Lors des diverses étapes de la Révolution, plus celle-ci est « démocratique », plus certains francs-maçons reculent et cherchent à préserver leurs intérêts de classe. A un moment donné, les loges disparaissent et c’est toute la société qui devient le Temple.

Sur le plan de la sociologie, la franc-maçonnerie regroupe surtout l’aristocratie, dont le clergé de niveau supérieur. Lors de la Révolution, une partie des francs-maçons va renier ses origines sociales et rester fidèle à l’idéal maçonnique, en luttant pour plus de liberté et plus d’égalité ;

On peut distinguer :

  • Les francs-maçons non-mûrs, qui demeurent fidèles à leur origine sociale et trahissent l’idéal maçonnique. Une grande partie de ces francs-maçons va rejoindre la cohorte des émigrés ;
  • Les francs-maçons qui s’engageront dans les luttes révolutionnaires, mais déserteront ce camp, lorsqu’ils pensent que le mouvement social va trop loin. Une partie de ces francs-maçons seront guillotinés, ayant trahi l’idéal maçonnique ;
  • Beaucoup de maçons déserteront les loges, car ils estiment que la société dans son ensemble constitue le Temple.

Avec le concordat, les condamnations papales entrent en application en France. Alors, le clergé déserte les  loges.

En 1845, la noblesse perd la direction du Grand Orient de France : alors, le contenu sociologique de la franc-maçonnerie se modifie.

 

  1. La Commune de Paris de 1871 :

Au XIX° siècle, les loges sont des « lieux » républicains, opposés au second Empire. Il y a une période de gestation, les années 1860, suivie d’une période de rupture, la Commune de Paris. Au cours des années 1860, la franc-maçonnerie compte de nombreux blanquistes.

Encore une fois, un se divise en deux. Si la Commune comprend une forte représentation de francs-maçons, ceux-ci sont également présents parmi les Versaillais, et les hommes politiques de la bourgeoisie classique. En particulier, la plupart des responsables de l’obédience du Grand Orient de France sont résolument du côté de Thiers.

Plus tard, certains francs-maçons favorables à la Commune de Paris seront présents dans le camp du boulangisme et des dreyfusards.

La franc-maçonnerie, représentant sociologiquement la classe sociale dominante de l’époque, la bourgeoisie, s’est donc scindée, lors de la Commune de Paris, en deux camps diamétralement opposée :

  • D’une part, les francs-maçons qui demeurent fidèles à leur origine sociale, et trahissent l’idéal maçonnique : ce sont les francs-maçons non-mûrs. Ils rejoignent notamment les Versaillais et comprennent aussi les représentants officiels du Grand Orient de France.
  • D’autre part, les francs-maçons qui trahissent leur origine sociale et appliquent l’idéal maçonnique : ce sont les Communards, ou francs-maçons mûrs. Par la suite, une partie de ces maçons trahira l’idéal maçonnique, pour rejoindre divers courants, dont les républicains opportuniste, les anticapitalistes romantiques et antisémites ou le boulangisme.

 

  1. La Résistance, 1940-1945 :

Lors de cette période, on trouve également des francs-maçons présents dans le camp de la Résistance et d’autres favorables au régime de Vichy et à la Collaboration.

Par exemple, une partie des députés francs-maçons va refuser les pleins pouvoirs à Pétain, une autre partie va voter pour accorder ces pleins pouvoirs à Pétain.

Dès 1940, le général de Gaulle a montré, par ses actes, la seule position digne que l’on pouvait avoir alors : rebelle, c’est-à-dire lutter contre l’occupant nazi et les collaborateurs français. Le général de Gaulle représente alors la fraction indépendantiste et nationaliste de la bourgeoisie impérialiste française. Par contre la direction du Parti Communiste Français, avant-garde de la classe ouvrière, avait une position opportuniste, et n’a pas su élaborer une ligne idéologique et politique de guerre populaire jusqu’au socialisme. Le résultat de ce rapport de force sera la IV° République bourgeoise.

Les deux principales obédiences comptaient, en 1939, 45 000 frères : 29 000 frères répartis en 451 loges (dont 98 à Paris) pour le Grand Orient de France, et 16 000 frères répartis en 224 loges (dont 88 à Paris) pour la Grande Loge de France. Les autorités de Vichy ont établi 170 000 fiches de « suspects ». 18 000 francs-maçons virent leurs noms publiés au Journal Officiel ; la franc-maçonnerie déclarait quelque 500 morts en 1945 pour faits de résistance.

On peut donc en conclure que la résistance de la franc-maçonnerie relève du mythe : celle-ci représentait un danger dans l’imaginaire de quelques fasciste fanatique, mais on ne peut pas dire que la franc-maçonnerie ait constitué une force d’opposition à la hauteur de ses effectifs.

 

L’Histoire comprend donc une succession de trois étapes : l’ancien Temple, la destruction du Temple, la construction du nouveau Temple. Les francs-maçons qui n’adhèrent pas à cette évolution, qui par exemple, restent obstinément attachés à l’ancien Temple, comme les émigrés de 1789, les Versaillais de 1871 et les collaborateurs de 1940, deviennent des « non-mûrs », c’est-à-dire des obstacles à la réalisation de l’idéal maçonnique.

Il y a destruction de l’ancienne société, le féodalisme, par la révolution bourgeoise ; puis construction de la nouvelle société, le capitalisme. Enfin la destruction de l’ancienne société, le capitalisme, par la révolution prolétarienne, et la construction de la nouvelle société, le socialisme, suivi du communisme.

 

Troisième partie :

La mission de la franc-maçonnerie :

 

3.1) Les enseignements du passé :

Comme on peut le constater, dans l’avancée vers la fraternité universelle, la franc-maçonnerie ne résiste pas aux luttes de classes. Etant composé des classes privilégiées, immanquablement, en cas de rupture, après une période de gestation, la franc-maçonnerie se scinde en deux, une partie s’engage aux côtés des forces révolutionnaires, et une autre partie fait un retour vers les privilèges, et trahit l’idéal maçonnique.

L’alternative est donc la suivante pour les francs-maçons : soit trahison des intérêts de sa classe, la classe dirigeante, et fidélité à l’idéal maçonnique, soit fidélité aux privilèges de sa classe d’origine et trahison de l’idéal maçonnique.

Des trois exemples de rupture examinés, on peut déduire ce que peut être la démarche collective de la franc-maçonnerie aujourd’hui, en France.

L’obédience, et chaque Loge, doivent lutter résolument pour tout ce qui contribue à développer la solidarité, et tout ce qui va vers plus de liberté, d’égalité et de fraternité. L’obédience, et chaque Loge, doit lutter résolument contre tout ce qui divise le genre humain : les guerres injustes, les génocides, le racisme, … Individuellement, les francs-maçons non-mûrs ne sont pas à l’abri de ces maux : certains frères diffusent l’idéologie du Front national, les idées de Dieudonné, le révisionnisme et l’antisémitisme : ceci doit être combattu. Lors des périodes « pacifiées », il faut combattre contre ce qui concourt au retour de la barbarie, tout en maintenant l’union des francs-maçons très différents. En période de crise ouverte, de violence (révolution, guerre,…), il s’agit de prendre résolument parti, tant en ce qui concerne l’obédience, que chaque Loge, pour l’avenir, contre le passé, pour le nouveau, contre l’ancien. Ceci signifie, lors de la Révolution française, pour les révolutionnaires, contre les émigrés, lors de la Commune de Paris de 1871, pour les Communards, contre les Versaillais, lors de la résistance, pour les résistants, contre les collaborateurs et les fascistes. Alors, lorsque la franc-maçonnerie se scinde en deux, il convient d’être du bon côté, celui de l’idéal, de la fraternité, du progrès, et non du côté des privilégiés et des réactionnaires. La démarche individuelle rejoint la démarche collective : lorsque les conditions sont « normales », c’est-à-dire pacifiées, il n’y a aucune différence entre les maçons « de surface » et les maçons « de profondeur », les maçons « non-mûrs » et les maçons « mûrs ». Lorsqu’il y a crise, les maçons « de surface » répudient l’idéal maçonnique, font retour à leurs privilèges, et deviennent les ennemis des maçons « de profondeur ». Lorsque la société tout entière devient le Temple, alors les francs-maçons se divisent en deux, les maçons « de surface » deviennent les profanateurs du Temple, et les maçons « de profondeur » sont les garants de l’idéal maçonnique.

 

3.2) Désormais, qu’il en soit ainsi :

Tenant compte des éléments du passé, que peut-on prévoir de ce que fera la franc-maçonnerie dans l’avenir ?

Les constats :

  • La formation sociale actuelle est en bout de course : c’est l’impérialisme français pourrissant. L’avenir, c’est soit le socialisme, soit la barbarie ;
  • La classe sociale d’avenir, chargée historiquement de diriger la société, sous la direction de son état-major, le parti communiste, est la classe ouvrière, unie au peuple ; l’objectif est une dictature du prolétariat, à savoir la démocratie réelle la plus totale pour le peuple, et la dictature pour les ennemis du socialisme ;
  • Pour défendre le système ancien, de plus en ^plus les classes conservatrices, la bourgeoisie la plus rétrograde, va se coaguler autour d’un nouveau fascisme, d’une extrême droite réactionnaire ;
  • Les risques à la fois de guerre mondiale pour se répartir les néo-colonies vont grandissant ; parallèlement, se développent les facteurs subjectifs et objectifs de guerre civile ;
  • En raison de son caractère progressif, « Liberté, Egalité, Fraternité », la franc-maçonnerie, en tant que collectivité, au niveau de son idéal, sera perçue, de toute façon, comme un ennemi irréductible du nouveau fascisme, qui va à nouveau reprendre la vieille lune de « complot judéo maçonnique » ;
  • En conséquence, l’intérêt de la franc-maçonnerie est de combattre pour le socialisme aux côtés de l’avant-garde communiste. Bien évidemment, comme par le passé, les francs-maçons vont se scinder en deux camps : d’un côté ceux qui choisissent la réalisation pratique de leur idéal, qui se traduit dans un socialisme réel. De l’autre côté, ceux qui renient leur idéal maçonnique, pour se tourner vers leurs intérêts de classe privilégiée, la bourgeoise rétrograde.

Aujourd’hui, dans la société française, l’obstacle à une véritable fraternité, c’est l’existence de la bourgeoisie, et de ses intérêts de classe égoïste. Comme par le passé, ce serait irréaliste d’espérer que la classe bourgeoisie, dans son ensemble, va renoncer à ses privilèges de façon volontaire, sans y être obligée par une action violente.

Si une lutte s’engage entre la barbarie et le socialisme, quel camp choisiront : l’obédience, les loges, les francs-maçons individuellement ?

L’avenir, c’est la République sociale. Il ne peut y avoir fermeture aux problèmes sociaux : classes sociales, salariat, écologie,…

Nécessité, non pas d’être élitiste, mais d’avant-garde, en anticipant sur la réalité de demain. Cela ne peut être qu’une minorité.

Sans doute d’abord une minorité à chaque fois.

L’étape politique et sociale est, en France, au début du XXI° siècle le choix entre deux types de société : le socialisme ou le fascisme. Il n’y a plus qu’une seule alternative : la révolution prolétarienne ou la révolution nationale.

L’étude de la franc-maçonnerie, du point de vue du logos, comporte symboliquement trois étapes : l’ancien Temple, la destruction du Temple et la construction du nouveau Temple. En d’autres termes : l’ancienne société, le féodalisme. La destruction du féodalisme par la révolution bourgeoise. La construction de la nouvelle société, le capitalisme. La destruction de l’ancienne société, par la révolution prolétarienne. La construction de la nouvelle société, le socialisme, suivi du communisme.

 

3.3) La loge :

Qu’en est-il si on applique cette grille de lecture à une loge ?

La participation aux Hauts grades, ou bien l’exercice d’une fonction dans la loge, comme vénérable maître, ne donnent aucune supériorité et n’apportent pas l’acquisition de nouveaux pouvoirs, occultes ou non, ni de nouveaux secrets. Affirmer le contraire est une mystification. En effet, le grade de maître donne la plénitude au franc-maçon, et il y a égalité parfaite entre tous les maîtres. Lors de l’initiation, ce n’est pas l’ego qui est exalté, mais le contraire : la mort de l’ego conduit à exalter le Soi. Le maçon doit ciseler sa pierre cubique, et non rester à la surface de la pierre brute. Le travail à faire, ce n‘est pas un gonflement de l’ego, mais un travail sur Soi. Pour supprimer les métaux (le pouvoir, le sexe, l’argent,…) et non les faire entrer dans le Temple. L’égalité maçonnique, c’est l’égalité acquise par le travail sur Soi, pour faire émerger l’être réel et véritable, la pierre cubique, en passant ou non par les Hauts grades et en exerçant ou non des fonctions au sein de la loge.

La fraternité repose sur les deux piliers que sont la liberté et l’égalité. L’égalité s’acquière par l’initiation au grade de maître. L’égalité est un des fondamentaux de la franc-maçonnerie. Il n’y a aucun « privilège » supplémentaire, autre que ceux qui s’acquièrent par l’initiation. La liberté est obtenue par la Règle, que ce soit la Règle nationale ou la Règle que se donne la loge à elle-même (le règlement intérieur). La liberté est fondée sur la Règle. Pas de liberté sans loi, mais la loi peut être modifiée.

La crise actuelle de la loge provient de la présence de trop de métaux dans le temple, à savoir des ego surdimensionnés, qui répandent des idées fausses :

  • Par exemple, une supposée supériorité des membres qui occupent (ou ont occupés par le passé)  une fonction dans la loge ;
  • Une supériorité des frères participant aux Hauts grades ; une telle croyance est source d’illusions.
  • La démocratie serait contraire à l’initiation… Dans ce cas, la désignation aux diverses fonctions s’effectue par une opération du saint-esprit ? Quelle mystification.

Ce sont là des erreurs. Il y a égalité totale de tous les maîtres de la loge : tous ont vécu une initiation qui a conduit à la mort de l’ego. Tous cheminent sur la voie royale. Il n’y a aucune supériorité de ceux qui auraient occupés le trône de Salomon.

Les diverses fonctions sont des responsabilités de service, transitoires, qui ne donnent accès à aucune supériorité. Il en est de même des divers Hauts grades. Etre au 33° grade n’est pas une garantie d’être/de rester un bon maçon. Etre 33° n’est pas la garantie d’avoir véritablement progressé sur la voie maçonnique.

La démocratie est indispensable dans le fonctionnement des loges, surtout à une période où se développe l’idéologie fasciste. S’il la démocratie n’est pas mise en œuvre, alors sur quoi repose la désignation des frères aux divers postes ? La magouille ? Le favoritisme ?

Si une Règle peut être modifiée et adaptée, par contre, il est indispensable que la loge dispose d’une Règle et l’applique, surtout en cas de défaillance de la fraternité. Il convient en particulier d’appliquer la règle que l’on se donne à soi même, le règlement intérieur. Si ce n’est pas le cas, on peut s’interroger sur la valeur du serment, mais aussi sur le caractère sérieux que l’on donne à toutes les autres valeurs, comme la laïcité. Sinon, c’est le règne du chaos et de l’arbitraire. La Règle représente les repères, comme les étoiles dans le ciel. Mais bien sûr, il est toujours possible de faire varier cette règle.

Le fait de s’affranchir de la Règle, ou de l’appliquer de façon « aléatoire », conduit au désordre, au chaos et à l’absence de repères. La création d’un pseudo grade supplémentaire, celui de « trône de Salomon », rompt l’égalité entre les frères maîtres : sans liberté (« un maçon libre, dans une loge libre ») et sans égalité, il ne peut y avoir de fraternité : la loge devient une association profane.

Ainsi, il y a la franc-maçonnerie mûre, qui travaille en profondeur, et la franc-maçonnerie non mûre, qui reste en surface. Les francs-maçons non mûrs clament comme des perroquets le leitmotiv « Liberté-Egalité-Fraternité », mais ne font aucun effort pour effectuer un début de mise en œuvre de ces valeurs dans leur vie quotidienne, de même que la République française aujourd’hui, fait inscrire sur les murs, notamment des mairies, cette formule, sans qu’il n’y ait le début d’exécution de celle-ci : au contraire, les inégalités augmentent et les libertés se réduisent. Or sans égalité et sans liberté, la fraternité est impossible !

 

Conclusion :

Ce qui est essentiel, c’est la pratique de l’idéal maçonnique. Vous êtes ce que vous faites : ce qui prime, c’est la réalisation et l’expérimentation. Lorsque l’origine sociale du franc-maçon est l’appartenance à la classe dominante, à la classe privilégiée, la pratique de l’idéal maçonnique conduit à la trahison de sa classe d’origine. Comme pour la Résistance de 1940-1945, « Obéir, c’est trahir, désobéir, c’est servir ».

Quelles sont les relations du franc-maçon avec les autorités dominantes du moment ? La soumission, le respect ou la lutte et l’opposition ?

Quelles sont nos références aujourd’hui ? Pour la période de 1789-1794, ce sont les francs-maçons qui ont lutté pour la Révolution. Pour la période de la Commune de Paris de 1871, ce sont les francs-maçons qui ont lutté au côté des Communards contre les Versaillais. Pour la période de la Résistance de 1940-1945, ce sont les francs-maçons résistants qui ont lutté contre le nazisme et le régime de Vichy. Aujourd’hui, ce sont les francs-maçons qui luttent contre un système injuste, contre la barbarie, pour le socialisme.

Nos références sont internationalistes, contre le nationalisme et les barrières : les francs-maçons sont pour le mélange, le métissage (« Une seule race, la race humaine »), et pour la partage : ami des riches et des pauvres, mais les francs-maçons sont sûrement les ennemis des très riches, des exploiteurs et des accapareurs.

Quelles sont les relations du franc-maçon avec les religions ? De 1789 à aujourd’hui, les francs-maçons ont été les partisans de la laïcité et de la liberté absolue de conscience. C’est pourquoi ils combattent toutes formes de fanatisme, de fondamentalisme et de communautarisme. « Dieu » n’a pas de religion. Dans la mesure où il n’y a qu’une seule humanité, il ne peut y avoir qu’une seule religion. Il y a un seul « Dieu », sous des noms différents. Tout le reste est humain.

Selon les « Constitutions » d’Anderson, un franc-maçon n’est ni un athée stupide, ni un libertin. Depuis 1789, l’histoire de la franc-maçonnerie est une lutte constante pour la déchristianisation et la lutte contre l’Eglise notamment, avec les étapes suivantes :

  • Evolution française : culte de l’Etre suprême, la Raison ; refus des religion qui font appel à la « révélation » et religions rationalistes ;
  • Avec le Concordat, qui est la fin du gallicanisme, le clergé (évêques et abbés) déserte les loges ;
  • XIX° siècle : d’abord croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme, puis fin de la référence au Grand Architecte de l’Univers en 1877, et possibilité pour les francs-maçons d’être libre-penseur et athée ;
  • XX° siècle : séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Il faut choisir son camp : Révolutionnaires ou émigrés nobles en 1789 ? Communards ou Versaillais en 1871 ? Résistants ou collaborateurs en 1940-1945 ? Socialisme ou barbarie en 2014 et demain ?

 

 

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 10:39

La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle. (Première partie)

 

Introduction :

La méthode.

 

Il s’agit de répondre aux questions : « D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? », en tant que collectivité de francs-maçons.

Il y a plusieurs façons d’appréhender la franc-maçonnerie. Nous en distinguerons au moins deux : mythos et logos.

On peut étudier la franc-maçonnerie d’un point de vue légendaire, le mythe, ou mythos. C’est la façon de la concevoir que l’on trouve dans les « Constitutions » d’Anderson de 1723. On disposait alors de peu d’éléments historiques et on n’avait pas connaissance de faits relatifs à la franc-maçonnerie. Ceci explique le recours à la mythologie et à l’allégorie. Par exemple, l’affirmation que la franc-maçonnerie « existe » depuis l’origine du monde, élément qui est représenté par le fait d’ajouter quatre mille années au millésime de l’année (an 6014 pour 2014), a un aspect symbolique. De même, on évoque différents personnages « fondateurs » légendaires de la franc-maçonnerie : Adam, Noé, Salomon, Pythagore, etc.

Les « mythographes » se basent sur les mythes pour expliquer l’origine et le devenir de la franc-maçonnerie. Tout mythe comporte une part de vérité et une part de fable. Le mythe repose à la fois sur l’imaginaire et sur l    a raison. La part de fable que contient le mythe informe non sur les faitseux-mêmes, mais sur les valeurs de la société qui a inventé ce mythe. Les mythes nous apprennent beaucoup sur ce que les francs-maçons pensent d’eux-mêmes, et également sur ce que les autres, dont les antimaçons, pensent de la franc-maçonnerie. En ce sens, les mythes, ensemble de vérités et de contrevérités, font aussi partie de l’histoire. Mais on ne peut prendre comme argent comptant ce que les francs-maçons disent d’eux-mêmes.

Mais aujourd’hui, on dispose d’une connaissance de faits historiques relatifs à la franc-maçonnerie :

  • De 1717 à aujourd’hui, il y a une histoire de la maçonnerie, soit près de trois siècles de faits connus et de documents écrits ;
  • De même, dès sa naissance, la franc-maçonnerie a suscité l’apparition de mouvements dirigés contre elle, avec également l’existence de publications diverses : Barruel, Léo Taxil, le régime de Vichy…
  • Enfin, depuis plusieurs dizaines d’années, la franc-maçonnerie fait l’objet d’une branche spécifique de l’histoire scientifique, la « maçonnologie ».

En conséquence, la méthode retenue est le rationalisme (logos), l’histoire scientifique de la franc-maçonnerie, le recours à la raison pure et dure, en éliminant toute référence à la sentimentalité, à l’émotion, à l’allégorie.

Quels éléments fiables peut-on retenir de l’histoire de trois siècles de la franc-maçonnerie ? L’objectif est de tenter de définir ce qu’est la franc-maçonnerie et d’en donner une définition. Egalement, il s’agit de s’interroger sur ce que l’histoire passée de la franc-maçonnerie nous apprend sur la mission de la franc-maçonnerie, aujourd’hui, au XXI° siècle, en France.

 

Première partie :

Définition de la franc-maçonnerie.

 

L’idéal maçonnique est la fraternité universelle.

 

  1. La franc-maçonnerie dans l’histoire :

S’il ne s’agit pas d’exposer une conception de l’histoire, on peut néanmoins accepter les axiomes suivants :

  • L’histoire a un sens : elle a un développement nécessaire et déterminé.
  • L’évolution historique n’est pas une ligne droite, ni un cercle fermé, avec le retour du même, mais l’histoire peut être représentée par une spirale, avec des avancées et des retours en arrière.

Ceci posé, la franc-maçonnerie, au sein de l’histoire française, peut être partagée en deux périodes bien distinctes :

  • Des « pages blanches », des périodes « pacifiées », ou de gestation : la vie maçonnique suit son cours, avec toutefois des crises et des périodes de « glaciation », mais toujours une certaine continuité ;
  • Et puis des périodes de rupture, des coups de tonnerre et des éclairs.

Le symbole pourrait être le changement d’état de l’eau : l’eau chauffée reste liquide de 0 à 100 degrés. Puis à 100 degrés, il y a un saut qualitatif et l’eau liquide se transforme en vapeur d’eau. Inversement, si l’on baisse la température de l’eau, pour la faire passer en dessous de 0 degré, elle va geler et se transformer en glace solide.

Il en est de même de la franc-maçonnerie :

  • Il y a des périodes de « calme » relatif, par exemples :
    • De sa « création » en 1717 à la Révolution française de 1789 ;
    • Lors du consulat et de premier Empire, ou lors du second Empire ;
    • Ou encore depuis la fin de la guerre de 1945 à aujourd’hui.
  • Puis, il y a des périodes de ruptures. Nous prendrons à titre d’exemples, trois périodes de ruptures :
  • La Révolution française, de 1789 à 1794 ;
  • La Commune de Paris de 1871 ;
  • La Résistance française de 1940 à 1945.

La franc-maçonnerie est un phénomène urbain, élitiste, dont le mode de sélection des adhérents est l’argent et la culture. La franc-maçonnerie crée de la sociabilité, mais dans les classes aisées, ou les classes moyennes. Au XVIII° siècle, ces classes sont l’aristocratie et la haute bourgeoisie. Au XIX° siècle, ces classes sont la bourgeoisie, la petite bourgeoisie et l’aristocratie ouvrière.

L’Autre a toujours été exclu : les pauvres, les femmes, les hommes de couleur, les juifs, les handicapés, les personnes laides, difformes, homosexuelles, libertines, athées, saltimbanques, artistes et comédiens, musulmans,,…

Il y a une contradiction entre ce qui est affirmé en tenue : l’égalité, l’universalisme, la « République universelle », etc. et complètement nié par la réalité : c’est un phénomène masculin, urbain, « république chrétienne », élitisme, blanc, culture bourgeoise,…L’argument donné pour n’accepter que les personnes ayant un certain niveau de richesse est qu’il faut pouvoir participer aux « œuvres de bienfaisance ».

Le mur de l’argent est un obstacle suffisant pour écarter les catégories sociales modestes. Derrière des discours maçonniques généreux, le poids du réel demeure prégnant.

Le Règlement (1779) de la loge toulousaine de Clermont précisait : « Nul ne pourra être reçu ni affilié qu’il n’ait 25 ans accomplis, qu’il ne soit noble ou officier de Cour souveraine. Quoi que la maçonnerie égale tous les états, il est cependant vrai que l’on doit plus attendre des hommes qui occupent tous un état distingué dans la société civile que l’on ne doit attendre du plébéien ».

Les classes populaires, urbaines et rurales, sont donc absentes des loges, à l’exception des frères servants, dont la situation est précisée dans une Circulaire du Grand Orient de France : « Un domestique quel qu’il soit, ne sera admis qu’au titre de frère servant ». (Concierge, factotum, cuisinier, …). Le grade de maître (et parfois même de compagnon), leur était refusé ! Le recrutement des loges d’adoption était encore plus inégalitaire.

 

  1. Les valeurs maçonniques :

Depuis son « origine », la franc-maçonnerie a une certaine idée d’elle-même. Si on lui tend un miroir, quelles sont les valeurs dont la franc-maçonnerie se réclame ?

Ces éléments se trouvent dans la « Constitution » du Grand Orient de France. La franc-maçonnerie se définit elle-même comme le « centre de l’union ». Elle vise donc à réunir toutes les personnes, sans condition de race de sexe, de genre, de classe, de religion, quelles que soient les différences (beau-laid, bonne santé-malade, riche-pauvre,…). Ce sont notamment les valeurs suivantes :

  • La fraternité universelle (Tous frères/sœurs) ;
  • La tolérance :
  • Les diverses libertés (de réunion, d’expression, etc.)
  • La laïcité.

Pour résumer ce panel de valeurs, on peut utiliser le mot d’ordre : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Il est à noter que cet « idéal » a lui-même une histoire, et il ne s’est pas imposé en une seule fois. Des obstacles ont empêché l’affirmation de cet idéal, dont diverses exclusion : exclusion des femmes, etc.

A ce socle de valeurs communes se sont opposées d’autres valeurs contraires : le fanatisme, l’ignorance, l’intolérance, les privilèges, etc. On peut symboliser ces valeurs contraires à celles de la franc-maçonnerie, par le terme de « barbarie ». Cette barbarie s’est manifestée, selon les périodes, par les aspirations religieuses, fanatiques et dogmatiques, notamment de l’Eglise catholique et du communautarisme, ou les aspirations politiques, tels le fascisme et le nazisme.

Il y a donc, d’une part, l’idéal maçonnique « Liberté, Egalité, Fraternité », et d’autre part, divers obstacles à cet idéal, à savoir tout ce qui divise et sépare les humains et les êtres vivants : privilèges, classes sociales, nations, races, sexes (patriarcat),...

 

  1. La « machinerie » maçonnique :

La franc-maçonnerie se vit à trois niveaux :

  • Au niveau individuel : transformer sa pierre brute en pierre cubique, transformer le plomb en or ;
  • Au niveau de la Loge : un maçon libre dans une Loge libre ;
  • Au niveau de l’obédience, qui est un Ordre et un regroupement administratif.

Pour réaliser l’idéal maçonnique, il y a un ensemble de procédures et de moyens : l’initiation, les rituels, les tenues en loge, l’occupation des diverses fonctions et responsabilités en loge, les agapes, la chaîne d’union, les hauts grades, l’étude des symboles, etc.

La franc-maçonnerie regroupe des personnes très différentes, d’où l’absence en Loge des discussions sur certains sujets qui divisent. Tout peut se dire en Loge, mais de façon fraternelle, d’où l’importance du secret et de la discrétion, afin de permettre l’expression de tous les points de vue.

La franc-maçonnerie peut être appréhendée de deux points de vue : c’est à la fois une démarche individuelle et une démarche collective.

La démarche individuelle est bien sûr personnelle. En quoi consiste-t-elle ? C’est une voie qui a un début et une fin : le début, c’est l’initiation et la fin, c’est l’Orient éternel. C’est, de manière imagée, escalader une montagne, partir du multiple pour parvenir à l’Un. L’objectif est d’atteindre le sommet de la montagne, où le point de vue est unique. Ceci suppose que la franc-maçonnerie est une voie initiatique et traditionnelle parmi d’autres. Il y a une multitude de voies qui mènent au même objectif : l’Un, le sommet de la montagne. Quel est le travail du franc-maçon ? C’est, en partant de la pierre brute, de transformer celle-ci en pierre cubique. A noter que cette pierre cubique existe depuis toujours au sein de la pierre brute, tout comme la statue est présente au cœur du bloc de marbre que va travailler le sculpteur. En franc-maçonnerie, le maçon est, à la fois, le sculpteur et la statue qu’il façonne ; il est son propre chef-d’œuvre, contrairement aux religions révélées et dogmatiques.  Il y a deux façons de travailler cette pierre brute. La première façon, c’est de travailler « en profondeur », d’aller au fond de soi. Il s’agit, sur le chemin de la vie, de perdre des choses, c’est le « ni-ni ». La seconde façon, c’est de travailler « en superficie ». Dans ce second cas, on enrobe la pierre brute, en la falsifiant, et en lui donnant l’apparence d’une pierre cubique. C’est créer un « super-ego » ? C’est donner de l’importance au paraître et non à l’être. Dans le premier cas, il s’agit du maçon « mûr ». Dans le second cas, il s’agit du maçon « non-mûr ». Quelle expérience a-t-on de la pierre cubique ? Tout être dispose de cette « pierre cubique ». D’autres traditions appellent cette pierre cubique le Soi, le « fond », l’ « écran blanc », … La pierre cubique est ce qui est éternel, immuable, infini. Le franc-maçon peut en faire l’expérience lors de l’initiation : alors est levé le voile pour la faire apparaître. La pierre cubique est ce qui fait que les hommes peuvent communier les uns avec les autres. Chacun doit en faire l’expérience individuellement. La seule chose que peut faire la franc-maçonnerie, c’est de donner les poteaux indicateurs, les outils, les symboles.

Le franc-maçon « mûr » est le maître qui a parcouru le sentier, passant de l’arbre sec à l’arbre fleuri, en passant par les 33 étapes.

Quelle est la relation entre l’initiation individuelle et l’universalité (l’humanité, la nature, le cosmos, l’univers) ? L’initiation individuelle a justement pour objectif d’intégrer l’individu dans la totalité, de lui faire redécouvrir le sens de l’universel, en levant le voile d’Isis, en démasquant Mâyâ… Si le franc-maçon échoue sur ce point, il devient « non-mûr ».

La franc-maçonnerie est aussi une démarche collective : qu’avons-nous à faire ensemble ? Quel est le but collectif ? Trois réponses sont possibles :

  • La Loge doit créer les conditions permettant de se réaliser soi-même, d’aller vers l’Un, la sagesse,…
  • Au niveau de l’obédience, il s’agit de créer, avec d’autres traditions, les conditions permettant l’émergence d’une société libre, égale, fraternelle, qui favorise la réalisation de tous.
  • Enfin, il s’agit d’aller vers la fraternité universelle (suppression des nations, des classes sociales, des guerres et des conflits…

 

  1. Praxis et théorie :

Chaque franc-maçon, individuellement, mais aussi chaque Loge et chaque obédience, doivent aussi appliquer à l’extérieur du Temple les vérités apprises. Chaque franc-maçon est aussi un citoyen. Cela signifie que la franc-maçonnerie refuse l’entre soi et le sectarisme. La franc-maçonnerie a la volonté d’agir sur et dans la Cité, sur la réalité, que ce soit individuellement ou collectivement.

La contradiction à surmonter est la suivante :

  • La franc-maçonnerie regroupe des personnalités très différentes, opposées même :
    • Du point de vue politique : gauche/droite,…
    • Du point de vue religieux : athée, catholique, musulman,…
    • Du point de vue économique : riche/pauvre,…

De ce point de vue, la franc-maçonnerie est le « centre de l’union », qui regroupe des personnes qui, sans la franc-maçonnerie, ne se seraient jamais rencontrées.

  • Afin de pacifier les débats en Loge, et de permettre cette fraternité entre personnes (très) différentes, les discussions sur des thèmes qui divisent, comme la politique et la religion, sont interdites.
  • Mais chaque franc-maçon s’engage aussi à appliquer à l’extérieur du Temple les vérités acquises dans le Temple. Dans son ensemble, comme l’affirme la Constitution du Grand Orient de France, la franc-maçonnerie s’engage à améliorer l’état moral et matériel de l’humanité, et à combattre pour une humanité où existe la fraternité universelle. Ceci suppose une lutte intransigeante contre les obstacles qui s’opposent à cet idéal : fascisme, racisme, antisémitisme, nationalisme, sectarisme, individualisme,…

Il y a d’une part, la théorie maçonnique (l’idéal), et d’autre part la pratique maçonnique. Le critère de vérité est la pratique, qui doit être en liaison cohérente et en résonance avec la théorie.

A partir de ce critère, on peut distinguer le franc-maçon « mûr » et le franc-maçon « non-mûr ». Les maçons mûrs sont les maçons qui réalisent effectivement ce dont ils parlent. Les maçons non-mûrs ne font que parler, et restent sur le plan théorique, sans passer à l’action. Les maçons non-mûrs répètent en Loge les principes maçonniques, l’idéal maçonnique, mais refusent de mettre en œuvre cet idéal. Pour eux, il s’agit d’un idéal qui demeure sur le plan mental et sentimental.

 

Deuxième partie :

Les obstacles à l’universalité maçonnique et à l’application de la fraternité universelle.

 

2.1) Le levain maçonnique :

La voie maçonnique est une voie progressive parmi d’autres voies. Un premier obstacle relève d’une mauvaise perception de ce qu’est réellement la franc-maçonnerie du point de vue organisationnel. En effet, la franc-maçonnerie n’a jamais représentée toute la société, mais elle représente une catégorie sociale, plutôt aisée économiquement et financièrement et participant à un haut niveau culturel. Ainsi, au XVIII° siècle, elle regroupait essentiellement l’aristocratie et la haute bourgeoisie, au XIX° siècle, elle regroupait la bourgeoisie et au XX° siècle, la petite-bourgeoisie, dite « classe moyenne ».

Les francs-maçons ont donc représentés une partie de la classe dominante, partie progressive, qui a trahi l’intérêt de sa classe d’origine, pour se ^placer du côté des classes progressistes, aidant celles-ci à aller vers plus de démocratie, plus d’égalité, plus de libertés, et donc plus de fraternité.

Pour faire partie de la franc-maçonnerie, à chaque période, il ne faut sous-estimer ni les contraintes financières (cotisations diverses,…), ni les contraintes culturelles.

Ceci est un constat : la franc-maçonnerie regroupe une partie de la population, plutôt aisée, et progressive. Individuellement, la franc-maçonnerie est une voie initiatique, parmi une multitude d’autres voies. C’est un levain dans la pâte. Et il faut peu de levain pour faire lever une grande quantité de pâte.

 

2.2) Le « complot maçonnique » :

Le complotisme affirme qu’il existe une sorte de « centre » occulte qui manipule les foules et mène l’histoire. C’est une idée qui existe depuis l’origine de la franc-maçonnerie, au XVIII° siècle, et qui a prospéré, s’est nourrie et développée en « complot judéo maçonnique », notamment au sein de l’extrême droite.

Paradoxalement, c’est aussi une théorie reprise par certains francs-maçons, selon lesquels les maçons seraient « à l’origine » de divers mouvements historiques : la Révolution française de 1789, la III° République, diverses lois,…

Du point de vue de l’histoire, du logos, il n’y a pas eu de « complot maçonnique », mais les francs-maçons ont joué un/leur rôle dans l’histoire.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 20:11

 

Troisième Partie : Compte-rendu de la séance plénière du conseil régional de Lorraine des 26 et 27 juin 2014.

A bas la démocratie représentative, déni de la démocratie !

Vive la démocratie populaire !

 

Le mariage Alsace/Lorraine et Champagne-Ardenne : quelques élus heureux et des Alsaciens/Lorrains/Champenois/Ardennais cocus !

Les électeurs veulent, quant à l’organisation territoriale, de la clarté et de l’efficacité, une gestion à bon marché, moins coûteuse en argent et en temps.

Les élus parlent beaucoup de proximité, mais de quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit surtout de la proximité entre les divers services de la collectivité territoriale et les usagers. Il est certain que les divers services, dont notamment les guichets, sont en contact direct avec les citoyens. Mais il n’en est pas du tout ainsi entre les élus et les citoyens. En effet, les élus, notamment les conseillers régionaux, sont pour la plupart coupés de la réalité quotidienne du peuple : une fois élus, ils se considèrent au-dessus des masses et du commun des mortels. Sinon, s’ils étaient véritablement au contact de la réalité populaire (chômage, logements indécents, transports, etc. ?), ils s’ingénieraient à régler véritablement les vrais problèmes de la vie quotidienne. Ainsi, pour la proximité, on peut dire tout à fait qu’il en est de même des différents guichets ou services des diverses administrations, que ce soient ceux de la préfecture (par exemple délivrance des cartes grises,…), de la CAF ou de la CPAM : il n’est nul besoin de faire gérer ces services par une classe d’élus pour instiller de la proximité ! Elle existe en soi par la nature même des services.

Si l’on devait supprimer les diverses catégories d’élus (conseillers régionaux et départementaux, maires,…), cela ne nuirait aucunement ni à la proximité de ces services par rapport aux usagers, ni au fonctionnement de ces services. Il suffirait d’accoler à ces services un simple comité d’usagers pour rendre la proximité plus effective.

Le regroupement des régions est une fausse réforme, qui ne pose pas le seul  problème, celui du pouvoir de décision. C’est instaurer la démocratie populaire qui constitue la seule réforme en rupture avec la bureaucratie coûteuse et tatillonne. Après avoir prôné le rapprochement de l’Alsace et de la Lorraine, voilà que les députés ajoutent la Champagne-Ardenne. Cela démontre que ce projet est mis anarchiquement en œuvre, par les énarques parisiens, sans aucune consultation de terrain. C’est une procédure technocratique et bureaucratique, sûrement pas démocratique. Faut-il regrouper l’Alsace-Lorraine ou bien ajouter à ce couple la Champagne Ardenne ? Ou bien la Lorraine unie à la Champagne Ardenne d’une part, et l’Alsace d’autre part ? Quelle doit être la capitale régionale ? Evidemment toutes ces péripéties n’apporteront aucune réponse aux problèmes des gens, et ne posent pas la question de « qui détient le pouvoir de décision », fausse démocratie participative ou démocratie populaire. Par contre, la solution apportée à ce tripatouillage institutionnel permettra de jauger, à instant t, quel est le rapport de force entre les diverses fractions de la bourgeoisie ! Depuis 2008, les inégalités de toute nature se sont accrues, et les régions, selon l’aveu même du président Masseret, se sont révélées impuissantes sur les vrais problèmes de la vie des gens : l’emploi, les transports, la formation,... On peut se demander en quoi l’addition de deux ou trois impuissances va créer une organisation plus efficace et moins coûteuse ? Une réforme des institutions nécessite un minimum d’adhésion populaire. L’un des  buts est en fin de compte de détourner l’attention des citoyens des sujets importants, comme le chômage de masse. Le fond du problème des institutions françaises, comme les régions, c’est de savoir qui détient la réalité du pouvoir, et d’instiller un minimum de démocratie populaire. Un autre but est de gagner du temps, d’éloigner les responsabilités, ceci alors qu’il n’y a pas de croissance, et que la suppression d’emplois se poursuit en Lorraine comme ailleurs. Il n’y a aucune transparence, les décisions étant occultées et cachées : elles se prennent en catimini, dans des instances fermées au public, comme la commission permanente, les divers commissions,…. Il faut en finir avec la démocratie représentative, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, qui est un déni de démocratie.

Les socialiste du parti socialiste cumulent tous les pouvoirs, nationaux et locaux, et la vie quotidienne des gens ne s’améliore pas : ceci devrait ouvrir les yeux des derniers votants du PS, car cela démontre que les élus ne jouent aucun rôle actif au service des citoyens.

Les élus défendent leur pré carré : ils sont entre eux. Ils ne s’adressent pas aux Lorrains : à preuves, le peu de publicité des débats de l’assemblée régionale, et les débats ne sont pas retransmis sur le site officiel de la région Lorraine. Le citoyen n’est pas considéré comme acteur et ne participe à aucune décision.

La confiance dans les élus est nulle et le système de démocratie représentative est à bout de souffle. L’éloignement réel des citoyens exaspère. En quoi les citoyens influent-ils sur les décisions prises ? Quand les avis des citoyens sont-ils pris en compte ?

Le véritable éloignement entre les diverses institutions (Etat, régions, départements, villes,…), c’est en réalité le fait qu’une caste d’élus s’est emparée du pouvoir de décision et a instauré un système de « démocratie » représentative, fondée sur le suffrage universel, qui lui attribue le monopole de la décision.

Il est d’ailleurs légitime de s’interroger pour quelle raison les élus n’ont pas pensé plus tôt à mettre un terme à un mille-feuille territorial dispendieux ? Pourquoi avoir maintenu par exemple la clause de « compétence générale », source de tant de doublons ? C’est que ces élus y trouvaient leur compte et cela leur permettait de faire fortune en se répartissant de larges rémunérations, à l’abri des regards et de tout contrôle.

 

Seule la démocratie populaire sera à même de mettre en place une organisation rationnelle et à bon marché, dont les conditions sont :

  • Une association des citoyens aux décisions et une proximité des électeurs ;
  • Les élus doivent s’habituer à rendre compte et à présenter périodiquement leur bilan, dans un langage clair et limpide ;
  • Mise en œuvre de la transparence et l’absence des décisions secrètes, prises en vase clos et en petits comités cachés.

 

Tant que ces diverses préconisations de démocratie populaire ne sont pas appliquées, les électeurs ont raison de prôner l’abstention et la lutte contre le système actuel, antidémocratique en fait, de soi-disant « démocratie représentative ».

 

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 20:09

 

Deuxième Partie : Compte-rendu de la séance plénière du conseil régional de Lorraine des 26 et 27 juin 2014.

A bas la démocratie représentative, déni de la démocratie !

Vive la démocratie populaire !

 

Qui sont les élus ?

La plupart des élus sont des cumulards : ils cumulent les postes les plus divers et rémunérateurs : député européen, député national, conseillers municipaux et divers, etc.

Les élus du front national sont-ils véritablement hors système, ainsi qu’ils se prétendent ? Pas du tout. Ils cumulent mandats et rémunérations, que ce soit Françoise Grolet  ou bien Thierry Gourlot. Comme les responsables du parti, la famille Le Pen, cela ne les dérange pas de cumuler « en famille ». Ainsi, Dominique Bilde Pierron cumule les fonctions de député européen, secrétaire départemental du front national de la Marne (depuis 2014), conseillère régionale de Lorraine (depuis 2010), membre du bureau politique du front national, et de plus, elle est déclarée comme commerçante : où prend-elle le temps de faire tout cela convenablement ? De plus, elle est la maman de Bruno Bilde, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais depuis 2010, chef de cabinet de Marine Le Pen. Parti fasciste, sans doute dernier rempart de l’impérialisme français, avec le constat de l’activité de ce parti depuis quarante années, il est certain que les électeurs auront très vite de moins en moins de justifications valables pour donner leurs suffrages à de tels individus.

Les conseillers régionaux du P »C »F apparaissent comme des révisionnistes, qui cherchent encore à valoriser un faux-nez de « communistes ». En réalité, ce sont des apparatchiks, membre de la petite-bourgeoise et de l’aristocratie ouvrière. Il est certain que le peu d’électeurs qui leur accordent encore leur suffrage ne peuvent se tromper sur leur nature réelle : voilà plus de cinquante années (deux générations tout de même !) qu’ils ont renoncé aux principes socialistes et communistes. Après l’ère social-impérialisme russe, le règne de Georges Marchais jusqu’à Pierre Laurent, mai 1968 et le renoncement à la dictature du prolétariat, leurs mensonges ont fait long feu : leurs électeurs, ou bien sont sots et incultes historiquement, ou bien sont complices de leur déviation révisionniste. Je connais deux types de membres du P »C »F, et ils se reconnaîtront eux-mêmes : d’abord ceux qui ne craignent pas de dire aux éventuels adhérents et sympathisants : « Rejoignez-nous, vous aurez de bons postes, bien rémunérés, et vous ferez de belles carrières ; », et ensuite ceux qui justifient leur suivisme par : « Je suis trop vieux pour changer de crémerie ! ». Ces derniers restent donc au P « C » F par habitude. Mais les uns et les autres cumulent sans vergogne les postes d’élus et les rémunérations qui vont avec. L’un est devenu collaborateur proche de Dominique Gros. Le second occupe un poste au comité économique, social et environnemental de Lorraine.

Lors de la réunion du conseil régional, un représentant du P « C » F a fait part de son attachement aux 36 000 communes et aux 620 000 élus locaux, dont 95 % seraient « bénévoles ». C’est là un argument éculé destiné à maintenir un système éculé, que l’on veut à la rigueur « moderniser », en passant d’une V° République, à une VI° République plus « démocratique ». Ce socle de 620 000 élus est un garant du système bourgeois, sûrement pas une garantie de démocratie populaire.

Pour les élus, la « démocratie », est mise en œuvre une fois toutes les cinq ou six années, lors de leur désignation comme représentants par les électeurs. La « participation », c’est ensuite la participation des seuls élus aux processus de concertation. Les électeurs sont censés avoir délégué leur pouvoir, et donc s’être démis de leur souveraineté.

 

La démocratie populaire doit établir les règles suivantes :

  • Une femme ou un homme, un seul mandat. Principe du mandat unique, limité dans le temps, et non indéfiniment reconductible. Refus de la transmission du mandat automatiquement à un membre de la famille.
  • Une rémunération suffisante, correspondant à la moyenne des salaires de la clase ouvrière, conformément au principe établi par la Commune de Paris de 1871.

 

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 20:08

Première Partie : Compte-rendu de la séance plénière du conseil régional de Lorraine des 26 et 27 juin 2014.

A bas la démocratie représentative, déni de la démocratie !

Vive la démocratie populaire !

 

J’ai assisté à la séance plénière du conseil régional de Lorraine les 26 et 27 juin 2014, et voici les divers enseignements que j’ai pu en tirer.

 

Une instance qui n’a aucune légitimité :

Le corps électoral des Lorraines et Lorrains en âge de voter représentait en 2010, au second tour des élections régionales, 1 621 470 électeurs. Or seuls 942 751 suffrages se sont valablement exprimés. Seuls donc 6 Lorrains sur 10 sont véritablement représentés. Or ce chiffre est loin de représenter toutes les personnes vivant, par exemple, plus de cinq années sur le sol lorrain ! Une grande partie de ces personnes, qui vivent et travaillent en Lorraine, sont donc considérées comme inexistantes politiquement.

La composition de l’assemblée territoriale, composée de 73 élus, est la suivante :

  • Gauche : 45 élus, représentant 456 416 électeurs, soit 28,1 % des électeurs exprimés et 10 143 électeurs pour un élu ;
  • Droite : 19 élus, représentant 322 550 électeurs, soit 19,9 % des électeurs exprimés et 16 976 électeurs pour un élu ;
  • Le Front National : 9 élus, représentant 163785 électeurs, soit 10,1 % des électeurs exprimés et 18 198 électeurs pour un élu.

En conséquence, le principe « un homme, une voix » n’est pas respecté, puisqu’un électeur de gauche pèse autant que 1,7 électeur de droite, et 1,8 électeur du Front National.

De plus, la gauche (PS, PCF, Les Verts) considère être « majoritaire », et prend toute les décisions pour le compte de l’ensemble des Lorrains.

Une démocratie populaire a pour tâche de rétablir les éléments suivants :

  • Constituer un corps électoral comprenant tous les habitants, quelle que soit la nationalité, présents sur le sol lorrain ;
  • Faire en sorte qu’un homme représente effectivement une voix ;
  • Faire en sorte que l’adoption des décisions les plus importantes par l’assemblée délibérante (budget, fiscalité,…) soit effectuée par la majorité réelle de l’assemblée (50 % des voix plus une), représentant une majorité d’électeurs.

 

Une instance qui n’a aucune efficacité :

Le conseil régional n’a aucune influence sur la vie quotidienne, notamment l’emploi des Lorrains. Les élus reconnaissent leur impuissance de toujours : le chômage augmente constamment !

 

Le président Masseret a déclaré, lors de la séance : « Nous élus avons été désignés comme représentants des citoyens ». C’est là un discours incantatoire, qui vise à donner une légitimité à l’assemblée régionale. Or la démocratie représentative, telle qu’elle est pratiquée est un déni de démocratie :

La salle où se réunit le conseil régional comporte près du double de places par rapport au nombre d’élus, à savoir plus de 150 places pour un total de 73 élus. Au cours de la session, les élus présents sont au maximum, moins d’une soixantaine, les absents étant excusés ou non. Lors des débats, les élus se lèvent, sortent de la salle, discutent, etc., ce qui démontre un intérêt très relatif pour le travail de la session.

Il y a très peu de publicité, à la fois sur la date de réunion de l’assemblée plénière, et sur le bilan des décisions prises : la séance, si elle est filmée, ne se trouve pas en consultation sur le site du conseil régional. On y trouve seulement un compte rendu succinct, sans les commentaires de l’opposition. Si la presse est bien présente, le compte-rendu au public sera très limité, dans les journaux.

Le public présent est de 22 personnes en début de séance, puis deux ou trois personnes au cours de la session.

Le conseil régional se réunit pour la seconde fois au cours de l’année 2014, ce qui est bien peu par rapport à l’ampleur des problèmes lorrains. Beaucoup de décisions sont préparées dans des instances secrètes, qui se réunissent à huis clos (commission permanent, diverses commissions, bureau, …).

Une fois élus, les élus se considèrent comme déliés par rapport à leurs électeurs.

En conséquence, les élus prennent des décisions, sans que celles-ci soient prévues dans un programme, et sans qu’un compte rendu précis et sincère soit fait à leurs mandants.

Lors de la présentation de divers points, les conseillers régionaux font la confusion entre l’aide aux entreprises lorraines et l’aide aux salariés de ces entreprises. En réalité, il s’agit d’aides au capitalisme néo-libéral, et de la collaboration de classes, y compris des élus soi-disant communistes.

L’aide aux associations concerne des décisions prises en « aveugle », sans aucun moyen d’apprécier le retour de l’action effectuée par ces associations vers le public. C’est une oligarchie qui décide, avec des élus qui se considèrent investis de la souveraineté populaire, et qui délèguent tous les pouvoirs au président de région, qui en fin de compte règne seul en despote. Ce pouvoir d’un seul remplace le compte rendu de ses actions à ses commettants par de la communication, c’est-à-dire de la publicité et de la propagande.

Par ailleurs, les élus ont pris l’habitude de se placer au-dessus des lois : ainsi, sans que cela ne choque personne, la délibération relative aux mises en non-valeur n’a pas été prise à huis clos, donc en l’absence du public et de la presse : il s’agit donc d’une délibération illégale !

 

Une démocratie populaire doit mettre en œuvre les principes suivants :

  • Les mandats doivent être impératifs ;
  • Les élus doivent rendre compte aussi souvent que de besoin, de leurs activités, auprès de leurs commettants par tous moyens (Internet, réunions publiques, etc.) ;
  • Les électeurs doivent pouvoir démettre leurs élus pour divers motifs (incompétence, malversations, etc.). Les crimes et délits commis dans le domaine public doivent être punis plus sévèrement que ceux commis dans le domaine privé, car il s’agit de l’intérêt général et des biens communs. De toute évidence, ces activités illicites doivent se traduire automatiquement par une inéligibilité intégrale. C’est donc la possibilité de révoquer les élus, à tout moment, qui doit prévaloir.

 

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 14:33

 

  1. La laïcité

Dominique Grauche écrit dans « Le Chardon » : « Encore une « pastille rouge », c’est-à-dire un point déjà validé ailleurs, qui ne se discute pas, et qui est adopté à la Panurge : à l’unanimité : Le point 26 relatif à la garantie d’emprunt accordée à l’œuvre sociale protestante Foyer de la jeune fille, réaménagement d’emprunts.

Cela aurait pourtant valu une bonne discussion de principe sur la laïcité et les relations avec les diverses religions de Metz. Mais il était déjà tard et nos digne représentants, fatigués, étaient pressés de se retrouver dans les bras de Morphée !

Que font sur les travées du conseil municipal représentants de la libre-pensée, présents dans tous les groupes ? Pourtant, les messins sont intéressés par la relation entre la mairie et les diverses religions : comment sont utilisés les impôts dans ce cadre ?

Pour le prédécesseur, les choses étaient simples : il cumulait tous les pouvoirs, outre le sabre, il s’était allié au goupillon (en « recrutant dans les rangs des élus, fait validé par les « électeurs », la petite sœur de l’évêque), avec le seul média qui comptait alors (le « Républicain lorrain » de Madame Puhl-Demange) et le FC Metz (avec le président Molinari). Il semble que Dominique Grausch poursuive dans les mêmes « orientations ». On ne peut pas dire que toutes les religions soient traitées sur un pied d’égalité : participation du maire ès qualité à diverses cérémonies catholiques, présence de croix dans les salles de classe du grand séminaire, pourtant intégré dans l’université publique dans le cadre d’un diplôme de théologie, etc. Que penser de l’aide indirecte versée à l’évêché pour l’entretien par les services de la ville du parc qui enserre le grand séminaire ? Le même dispositif est dans les cartons pour ouvrir le parc de l’évêché aux habitants en échange d’un entretien de ce parc. ».

Y a-t-il traitement identique et égalitaire de toutes les religions sur le ban de Metz ? Une étude des montants budgétaires consacrés à chaque religion, y compris aux libres-penseurs, permettrait de répondre. Ne pas traiter de la même façon, par exemple les messins musulmans serait une faute conduisant à favoriser le développement de l’intégrisme et du fanatisme.

Pour être précis, si la religion musulmane sert de chiffon rouge lors des périodes électorales à la « gauche », pour faire voter front national et affaiblir la droite républicaine, c’est là un bien mauvais calcul, qui va se tourner contre les véritables laïcs, et dans ce cas, les messins musulmans peuvent se sentir humiliés.

Etant dans une république laïque, même dans le cadre du concordat d’Alsace Moselle, il serait de bon ton que les autorités municipales appliquent la plus stricte neutralité par rapport aux croyants et aux non-croyants.

 

  1. La « démocratie participative »

Dominique Grauche écrit dans « Le Chardon » : « Avec cette absence de désir démocratique, que ce soit avec l’opposition ou avec sa propre majorité, face à une opposition atone, qui ne sait que constater, mais nullement s’oppose, le budget participatif de un million d’euros, pour soi disant créer de la « démocratie participative », est vraiment la cerise sur le gâteau ! Un million d’euros, par rapport à un budget primitif 2014 de 203 millions d’euros, c’est donc de la démocratie à 0,5 %. Thomas Scudéri, en charge de la citoyenneté et de la démocratie participative n’a pas honte de présenter un tel programme ? C’est une sorte d’attrape-mouche qui consiste à faire croire à quelques citoyens qu’ils décident de leur vie quotidienne. Mais pour la plupart des projets, il s’agit d’opérations qui se réaliseront d toute façon. Prenons l’exemple d’installation dans les quartiers de bancs publics. C’est à ce genre de détail que l’on se rend véritablement compte dans l’intérêt de qui le vivre ensemble est organisé dans la ville. Les bancs installés interdisent de pouvoir s’allonger : sont donc exclus les SDF et autres pauvres. Face à un comité qui souhaite installés des bancs publics sur un lieu précis, le simple appel téléphonique d’un commerçant influent, ennuyé par la proximité de ces bancs, les fera enlever par les services de la ville. Peut-être que ces bancs étaient occupés par des travailleurs pauvres, ou des sans emplois, qui de plus, ne « sentaient pas bon », et pouvaient donc importuner la clientèle ! »

 

Conclusion :

Dominique Gros, manœuvrier de l’antidémocratie : en fin de compte pour faire « démocratie », sa suffisance, et les présidents de groupe, c’est largement suffisant ! Quel spectacle déplorable ! Et quel renforcement de la tendance « abstention » dans l’opinion publique !

Avec moi, la démocratie entre à l’hôtel de ville, disait Dominique Gros en 2008, au bas de l’escabeau. Le constat est imparable : loin de toute transparence et du développement de la démocratie, la mairie est devenue opaque : c’est le lieu de l’entre soi et des petits comités secrets.

Voilà encore de quoi agrandir le fossé entre les électeurs et les divers élus, complices de cette mascarade de démocratie ! Aucune transparence, que du secret : qu’y a-t-il donc à cacher ? Voilà des élus, qui une fois élus, se considèrent au-dessus des électeurs, à part, et refusent de rendre compte de leur action à leurs mandants. Il est sûr que Dominique Gros compte sur la complicité des « présidents de groupes », son message subliminale étant : aujourd’hui, c’est moi qui ait la place, demain ce sera vous, et vous serez à votre tour, les caïds ! Son argument massue : « Les présidents se sont mis d’accord ! », ou encore « Pastille rouge » : motus et bouches cousues ! Parfois, menaçant, il fait appel aux réflexes de clan des élus de tout bord par un : « L’opinion met tout le monde dans le même sac ! ». Ce n’est pas faux ! En tout cas si on en juge par l’extension du taux d’abstention ! Démocratique, le fait d’attribuer une subvention à un club sportif professionnel, en contradiction avec la légalité bourgeoise ? Démocratique, la création d’une structure d’adoption des délibérations, la réunion des présidents de groupes, structure non élue et non prévue par les textes législatifs et réglementaires ? Avec cette absence de contrôle effectif, si aujourd’hui Dominique Gros n’a plus l’âge d’être un maire autocrate, qu’en sera-t-il demain, avec l’effet de l’habitude, si un maire autocrate (du front national par exemple) prend le pouvoir ?

L’effet doublement négatif de ce second mandat est facile à prévoir : une montée en puissance, comme dans les années 1930, du fascisme, à Metz comme ailleurs, et un taux d’abstention jamais égalé !

Le Front national, c’est le faux nez fasciste de la bourgeoisie. Le Front national est poussé en avant par la fraction la plus barbare et la plus agressive de la bourgeoisie. Sa montée en puissance face aux vieux appareils UMPS est plutôt positif : il s’agit de se saisir de l’épine, dans le corps national que constitue le Front national, pour extraire l’épine UMPS, puis jeter les deux épines. Quelque soit la fraction bourgeoise qui l’emporte, cela constitue l’antichambre de la révolution prolétarienne et de l’instauration d’un Etat socialiste. Que l’on passe par la case fascisme, ou guerre, l’issue est inévitable : après la guerre populaire, ce sera le triomphe du socialisme. A suivre de près les alliances entre le « socialisme » national et le national « socialisme », qui étaient frères jumeaux dans les années 1930. Traiter les élus du front national de « partenaires «  est un début de collusion.

L’aspect positif de cette situation est l’émergence inévitable d’un contre-courant démocratique, y compris dans l’électorat actuel du front national. Qui a intérêt à développer une véritable démocratie ?

  • D’une part les démocrates ont intérêt à s’emparer du pouvoir pour gérer leurs affaires. Cela commence par les démocrates présents au conseil municipal que ce soit ceux de la majorité ou de l’opposition. Ces représentants élus, s’ils veulent un avenir, ont tout intérêt à mettre un terme à cette politique de l’opacité et du secret, et à instaurer de la transparence et du dialogue.
  • D’autre part, l’écologie ne peut se développer que dans un environnement démocratique, hors des petits comités secrets. Outre Aurélie Filippetti, qui représente visiblement un danger pour l’avenir du maire, un autre élu est tenu à l’écart. C’est un vert, Philippe Casin : visiblement, il est free, et il a tout compris. Donc pas d’indemnité et pas de fonction extravagante pour lui. L’écologie ne peut donner toute sa mesure qu’en mobilisant effectivement les plus grandes masses. La lutte contre le nucléaire et contre l’aéroport de Nantes en sont deux exemples.

 

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